Ils ont choisi d’agir pour la nature

Dans un contexte de prise de conscience climatique et environnementale, trois agriculteurs ont fait le choix d’une agriculture pour le futur. Ils s’appellent Julie, Jonathan et Mathias, et nous ont ouvert les portes de leur exploitation, où les pratiques écoresponsables ont remplacé les pesticides.

Julie Gaudillat

Après avoir fait des études de journalisme et exercé dans plusieurs médias de presse écrite et radio, elle décide de changer complètement de vie. Désormais maraîchère bio, elle exerce en périphérie de Seysses (31).

Jonathan Kirchner

Âgé de 32 ans, Jonathan est élèveur de brebis. Conscient des enjeux liés au développement durable, il a toujours refusé de prendre part à l’agriculture conventionnelle, cherchant des solutions alternatives.

Mathias Chevillon

Très impliqué dans le milieu associatif et syndicaliste, Mathias défend une agriculture respectueuse de la nature. En 2010, il reprend la ferme de ses parents dans les Pyrénées, pour y élever son troupeau de brebis.

« Le bio, je n’aurais pas pu faire autre chose »
Julie Gaudillat

C’est dans les Pyrénées ariégeoise, tout au bout d’une route étroite et sinueuse, que nous rejoignons Mathias Chevillon. Le rendez-vous a été donné à 8h30. Pas le temps de traîner, nous partons immédiatement faire le tour des troupeaux, quelques centaines de mètres au-dessus du hameau d’Esbintz.

 

 En chemin, Mathias nous explique que l’ensemble de son bétail est certifié par le label Bio. L’été, les brebis s’en vont vivre en estives dans le massif du Mont Vallier, à quatre heures de marche de la ferme. Dès que le froid de la montagne se fait trop intense, elles retournent pâturer dans les 60 hectares de parcelles de Mathias cultivées sans aucun pesticide : « Je regrette l’agribashing mais je peux aussi être considéré comme agribasheur. Quand j’entends dire, dans les manifestations de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles, ndlr), qu’on ne peut pas faire autrement que de mettre des pesticides à côtés de nos écoles, j’hallucine ! Des solutions existent, la bio en fait partie. Il faut juste remettre son modèle de production en question.»

Un discours qui fait écho à celui de Julie Gaudillat, ancienne journaliste récemment reconvertie en maraîchère bio…

"Comme dans le potager de Papa..."

par Julie Gaudillat

Après une demi-heure de marche dans les sous-bois, les aboiements de Mousse, le patou protégeant le troupeau des prédateurs comme l’ours, nous indique que nous ne sommes plus très loin. Les borders collies et les labris entrent alors en action, sous les consignes autoritaires de Mathias : « Jack à gauche ! », « Némo fait le tour ! »… En un rien de temps, les brebis sont rassemblées et l’on peut alors commencer le décompte.. Scène macabre, ce matin. Mathias découvre le corps inerte d’un avorton, abandonné par sa mère quelques minutes plus tôt. « Je suis super heureux de la vie que je mène. Mais quand tu trouves un avorton comme ça, fait chier quoi ! ».

Une fois le tour des troupeaux achevé, Mathias nous parle de son rapport à la bio. Bien au-delà de la marque de reconnaissance que représente le label, il évoque avant tout une démarche personnelle : « Le cahier des charges ne nous empêche pas de soigner nos animaux. On utilise des thérapeutiques alternatives et certains produits sont autorisés en Bio. Mais dans le cas où un jour, je dois utiliser un produit non-bio pour sauver une bête en train de mourir, je le ferai ! Quitte à ce qu’elle soit déclassée… Si je fais du bio aujourd’hui, c’est parce que j’ai envie de m’inscrire dans la durabilité, de respecter l’environnement formidable dans lequel je vis. »

Une centaine de kilomètres plus au Nord, dans le village de Fontenilles (31), nous retrouvons un autre éleveur de brebis. A 32 ans, Jonathan se veut aussi critique vis-à-vis du label Bio.

"On est au-delà du cahier des charges"

par Jonathan Kirchner

De retour au hameau d’Esbintz, nous nous rendons dans la bergerie, peser les jeunes agneaux. « Le problème, il ne vient pas seulement des agriculteurs conventionnels. Il vient aussi de la méconnaissance des citoyens. Aujourd’hui, les gens ne veulent plus de pesticides mais demandent de la bouffe moins chère. Ils sont complètement déconnectés de la réalité du monde paysan ! ».

Concentré, Mathias note dans son petit carnet le poids qu’indique la balance. « A l’heure où je vous parle, les ventes seules ne suffisent plus à couvrir les charges. Ce sont les aides publiques qui me permettent de bien vivre et de ne pas disparaître. C’est comme ça, je suis en partie dépendant d’une administration. On pourrait croire que je suis mon propre patron, mais en réalité, je me sens parfois coincé ! ».

Après une mauvaise expérience avec la grande distribution, Jonathan a lui fait le choix du circuit court. Ce qui lui permet de s’en sortir, avec malgré tout quelques aides précieuses de l’Etat et de l’Europe…

"Il fallait que mes animaux partent jusqu'à Tulles..."

par Jonathan Kirchner

Ecœuré par le système agricole actuel, Mathias a fait le choix du militantisme. Membre actif du syndicat de la Confédération Paysanne ou encore de CIVAM Bio Ariège (Centre d’initiative pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural), le groupement des agriculteurs biologiques du département, il tente d’aider les paysans à faire des choix en connaissance de causes, au travers de formations : « Promouvoir une agriculture respectueuse de l’environnement, c’est une chose. Mais si on peut le faire en accompagnant les gens de manière à ce qu’ils ne se fassent pas entuber, c’est quand même mieux. »

Entre inquiétudes et optimisme, ces trois agriculteurs espèrent donc que de telles exploitations biologiques et à échelle humaine pourront survivre dans le monde de demain, comme l’exprime Julie.

"Il faudrait peut être s'inquiéter... Prendre le problème à bras le corps"

par Julie Gaudillat

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