Ils veulent apporter des nouvelles idées

Certains ne sont pas encore dans les champs, et ne veulent même pas y aller. D’autres ont déjà leur propre exploitation. Mais indéniablement, ils veulent tous apporter de la nouveauté dans un milieu qui souffre d’une image vieillissante. Etudiants dans un lycée agricole d’Occitanie ou agriculteur en activité, ils se présentent et nous explique leur projet d’avenir.

Jonathan Kirchner

Âgé de 32 ans, Jonathan est élèveur de brebis. Conscient des enjeux liés au développement durable, il a toujours refusé de prendre part à l’agriculture conventionnelle, cherchant des solutions alternatives. 

Victor Baraillé

A 15 ans, Victor est en seconde dans un lycée agricole près de Toulouse. Intéressé depuis toujours par le monde agricole, il est au fait des problématiques actuelles. Son rêve, devenir conseiller agricole.

Charlie Pierre

Elève en Terminale STAV au lycée agricole d’Auzeville, Charlie a 17 ans. Malgré l’orientation qu’il a donné à sa scolarité, il est désormais convaincu de ne pas vouloir s’engager dans l’agriculture. 

« Ouvrir les exploitations pour expliquer »
Victor Baraillé

Près de 500 bêtes sont élevées par Jonathan dans son exploitation. Crédits : Emmanuel Clévenot

Aujourd’hui, les plus jeunes sont encore attirés par le monde paysans.  Néanmoins, ce n’est pas forcément le métier d’agriculteur qui leur vient à l’esprit en premier lieu.

Un phénomène illustré au travers de trois rencontres. Celles de Jonathan Kirchner, Victor Baraillé ou bien encore Charlie Pierre. Johnathan, aujourd’hui éleveur de brebis, ne se prédestinait pas forcément aussi rapidement à travailler dans une exploitation. Victor quant à lui, ne projette toujours simplement pas d’y aller. Il souhaite devenir conseiller agricole.. Enfin, Charlie étudie certes dans un lycée agricole mais a d’ores et déjà pris la décision de faire carrière dans ce domaine.

La cause ? Les dures horaires ou encore l’absence de vacances…

Quoiqu’il en soit, chacun à leur manière, ils ont en tête des solutions pour « changer les choses » dans le secteur agricole. En effet, désormais, il n’est plus nécessaire d’être agriculteur pour faire partie de ce que l’on appelle le monde agricole.. C’est le cas par exemple pour Victor, 15 ans. Il est en seconde dans un lycée agricole près de Toulouse. Intéressé depuis son enfance par l’agriculture, ses parents n’y ont pas faire leur carrière. Désormais, il a un avis très arrêté sur les problèmes actuels que rencontrent les agriculteurs ainsi que les situations « d’agribashing ». Pour lui, c’est assez simple : les consommateurs doivent comprendre à nouveau comment travaillent les agriculteurs. Et ces derniers doivent aussi davantage ouvrir leur portes pour montrer que leur travail se fait en accord avec la nature et non contre ou au détriment de celle-ci. Ce genre de pratique commence à se développer en France, par l’intermédiaire des fermes pédagogiques et par l’accueil de public sur les exploitations. Parmi nos rencontres, Myriam Aray, justement, organise pendant l’été des repas dans les champs afin d’accueillir ses consommateurs.

Grâce à ses stocks, Jonathan peut nourrir ses bêtes durant une saison. L’achat de ces denrées et l’un des plus gros poste de dépenses pour son entreprise. Crédits : Emmanuel Clévenot

C’est pour cette raison que Victor ne souhaite pas être agriculteur mais conseiller agricole.

Ce qu’il ambitionne de faire, c’est de fournir aux agriculteurs un éventail de solutions, notamment sur les questions financières. En tant que conseiller agricole, Victor veut aider les agriculteurs qui souhaitent opérer des transformations dans leurs exploitations sans pour autant savoir comme s’y prendre. Autre problème qu’il faudrait régler selon Victor : « produire nos propres produits au lieu de les importer ». A seulement 15 ans, le jeune lycéen est au fait des préoccupations actuelles sur les traités de libre-échange, tels que le CETA, le TAFTA ou le Mercosur

Si Victor était déjà conseiller agricole, il aurait pu conseiller Jonathan Kirchner qui, lui, travaille dans les champs et met en oeuvre des solutions pour l’environnement, parfois innovantes. Après avoir passé une première partie de sa carrière professionnelle derrière un bureau, Jonathan est retourné sur l’exploitation bio de sa famille. Ses études l’ont formé aux problématiques de développement durable. Une prise de conscience que l’on retrouve dans ses pratiques quotidiennes, notamment à travers l’agro-foresterie. Cette technique de culture agricole consiste à associer les plants destinés aux céréales et au fourrage avec des arbres. Cette association permet de préserver les sols, protéger les cultures du vent et à long terme, de produire du bois de chauffage.

Pour l’instant petits, ces arbres donneront dans quelques années une apparence de forêt au champ de Jonathan. Crédits : Emmanuel Clévenot

Depuis l’année 2019, Jonathan s’est ainsi investi dans ce nouveau projet.

Sur les 80 hectares de terres qu’il possède, une des parcelles a été aménagée.. En pénétrant dans le champ concerné, on est très vite saisi par le travail fourni et l’investissement personnel de Jonathan et son père, encore présent à la ferme. Des bandes de culture de fourrage alternent avec des bandes d’un mètre de rangées d’arbres récemment plantés. Ce genre d’initiative est aujourd’hui soutenue par l’Etat et autres collectivités territoriales, comme l’exprime le jeune éleveur : « Financièrement, l’investissement est soutenu quasiment entièrement par les aides européennes et de l’Etat. » En revanche, l’investissement personnel n’est pas réellement soutenu. En effet, dans les subventions que l’exploitant a perçu, le temps passé à planter les 400 arbrisseaux ainsi qu’à installer leurs protections, autrement dit toute une journée de travail à quinze personnes, n’est « pas pris en compte ».

Mais même lorsqu’ils étudient dans un lycée agricole, tous ne sont plus attirés par le monde de l’agriculture. Comme pour Charlie, lycéen en terminale dans le même établissement que Victor. Selon lui, l’investissement personnel à mettre sur une exploitation est bien trop important. Même si, pour l’heure, il ne sait pas encore quoi faire après son bac STAV (sciences et technologie de l’agronomie et du végétal), il est certain de ne pas suivre les pas de Jonathan dans les champs. Pour les autres, quel que soit leur poste, leur projet, leur âge… tous ces jeunes ont en commun une chose.

Sans vouloir tout changer, ils restent impliqués dans la construction d’un nouveau modèle pour l’agriculture française.

Ils ont choisi d’agir pour la nature

Ils ont fait le choix de quitter la ville

L’engagement d’une vie par la famille

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