Ils ont fait le choix de quitter la ville

Une vie bien rangée dans des bureaux. Voilà ce que nos deux agriculteurs ont décidé de quitter pour cultiver la terre. Souvent, il s’agit d’un engagement pour l’environnement et pour « bien manger ». Ces jeunes agriculteurs ont fait un choix qui bouleverse leur vie et leur famille. Pourquoi faire ce choix ? Comment a-t-il été accueilli par leurs proches ? Sont-ils satisfaits de cette révolution personnelle et professionnelle ?

Julie Gaudillat

Après avoir fait des études de journalisme et exercé dans plusieurs médias de presse écrite et radio, elle décide de changer complètement de vie. Désormais maraîchère bio, elle exerce en périphérie de Seysses (31).

 

Ugo Blanco

Céréalier depuis bientôt 20 ans, rien ne destinait Ugo Blanco à devenir agriculteur. Diplômé dans le domaine du commerce, il trouve avec son métier un certain équilibre, au contact de la nature.

 

Samuel Bazerque

Après avoir passé son enfance dans la ferme de ses parents, Samuel est parti vivre une vie de citadin à Nice. En 2017, il décide avec sa femme de revenir sur ses terres natales, exercer le métier de fromager.

« J’aurais trop souffert de l’indifférence de la ville »

C’est une modeste exploitation que nous découvrons ce matin là. A notre arrivée, Julie Gaudillat nous présente les différentes parcelles qu’elle exploite, en compagnie d’une autre agricultrice avec laquelle elle travaille. Des bottes pleine de boue et des heures sur le tracteur, voilà à quoi ressemble aujourd’hui la vie de Julie. Une situation que la jeune agricultrice n’avait pas imaginé initialement. En effet, sa vie semblait plus au moins tracée. Après des études en journalisme à l’université de Dijon, et divers emplois dans le journalisme, elle se voit embauché pour une agence de presse radio du nom de A2PRL.. Un master en poche et un emploi dans une grosse entreprise, une vie qui semble commencer du bon pied.

Julie attrape un thermos et nous tend des verres en plastiques, « Désolé j’ai pas de café, ici c’est thé artisanale ».

Elle l’admet, elle se rend rapidement compte que ce métier pour lequel elle a travaillé pendant des années n’est finalement peut être pas ce qui lui convient le mieux. Rapidement, la monotonie de la tâche et le stresse engendré par son travail la pousse à se poser des questions. Elle sent déjà que ce métier ne lui convient finalement pas et cherche des alternatives. C’est alors qu’elle va faire la découverte du “Woofing”. Cette pratique qui consiste à proposer ses services en tant que bénévoles dans des jardins botaniques ou des fermes. En échange, le bénévole est logé et nourri.  

"Faut le voir comme un mode de vie plutôt que comme un métier"

par Julie Gaudillat

Julie Gaudillart sur son exploitation, photographié par Owen Huchon. Crédits : Emmanuel Clévenot

Pour Julie, ces expériences qu’elle a vécu à travers le woofing lui ont aidé à trouver sa voie alors qu’elle avait l’impression d’être totalement perdue. Pourtant, elle a conscience de se lancer dans un milieu difficile et très exigeant. En plus de cela, elle se voit maintenant proposer un CDI au sein d’A2PRL. Elle doit alors faire le choix entre une vie stable et une vie « incertaine ». Heureusement pour elle, elle a pu compter sur le soutien de ses proches qui ont décidé de la soutenir dans son projet plutôt que de la forcer à conserver son emploi.

Aujourd’hui, la jeune agricultrice est installée depuis presque un an et c’est avec fierté qu’elle nous présente sa modeste exploitation. Elle affirme ne pas avoir de regrets.

" J'avais une perte de sens totale de mon métier"

par Julie Gaudillat

Julie Gaudillart vendant ses produits sur le marché de Muret. Crédits : Emmanuel Clévenot 

Ugo Blanco a eu un parcours similaire. Une vie éloigné de la ferme et un parcours scolaire  qui ne le prédestinait pas du tout à ce métier. C’est sous le porche de sa maison que le céréalier nous acceuille tout sourire. « Un café? » nous propose t-il.

Assis autour de la table du salon, nous interrogeons l’agriculteur sur ce qui l’a motivé à changer radicalement de vie. Après des études dans une école de commerce, Ugo Blanco est victime d’un marché du travail saturé et trouve difficilement un emploi. Il se verra finalement embauché en tant que conducteur de bus, un métier qui, dès le départ, ne l’intéresse pas. Alors, lorsque que l’opportunité pour lui de changer de vie se présente, Ugo n’hésite pas longtemps. Il apprend qu’un homme cherche quelqu’un pour reprendre son exploitation céréalière.  Une chance pour Ugo qui peut commencer une activité avec un terrain et du matériel prêt à l’usage. A 41 ans, Ugo est aujourd’hui installé, avec sa femme et ses enfants, sur sa propre exploitation céréalière depuis 2001.

Malgré le froid, nous décidons de faire un tour de la propriété. Ugo désigne d’un geste la maison où habitait l’ancien maitre des lieux qui transmettra à Ugo son savoir du métier, une nécessité pour lui qui n’a aucune étude ni expérience du milieu. Il apprend alors sur le terrain, “un peu comme à l’ancienne”, précise t-il avec un sourire. Si Ugo est motivé, il sait que le métier n’est pas sans ses difficultés, “Je me suis jeté dedans en sachant que ça allait pas être facile mais avec l’espoir que ça s’améliore”.

"J'avais besoin d'être plus proche de la nature"

par Ugo Blanco

Ugo Blanco, céréalier de 41 ans. Crédits : Owen Huchon 2019

Samuel Bazerque lui est fromager bio dans le village de Castelnau-Durban. A la différence de Julie et d’Ugo, Samuel est né dans une famille d’agriculteur. Petit, le milieu ne semble pas l’intéresser et ses parents s’en sont bien rendus compte, il explique « Mes parents ne m’ont jamais forcé à reprendre la ferme. Ils préféraient que je parte d’abord découvrir autre chose, faire un tour du monde… » N’ayant donc pas la volonté de reprendre la ferme familiale, c’est avec un bac économique en poche qu’il suit une license de géographie, suivi d’un BTS aménagement paysager et pour finir un Bac pro sportif.

Samuel Bazerque comptait en effet devenir animateur sportif. Il enchaîne les petits boulots en tant que surveillant ou jardinier et se retrouve dans un petit appartement en centre-ville de Nice. Et là c’est le déclic. Même s’il il affirme apprécier la ville et ce qu’elle peut lui offrir, il estime que de rester là trop longtemps aurait été impossible, « Quand tu y vis au quotidien, c’est trop usant. Je n’arrivais pas à trouver mon espace ! « 

Samuel Bazerque travaillant sous les yeux de son fils de 2 ans. Crédits : Emmanuel Clévenot 

Samuel fait alors le choix de quitter son petit appartement, direction la campagne afin de rejoindre la ferme où il a grandit. Plus qu’une question de se rapprocher de la nature, c’est une volonté  « J’aurai trop souffert de l’indifférence de la ville. J’aurai craqué au bout de dix ans… » Ce changement radicale a apporté son lot de défis mais Samuel estime être aujourd’hui heureux et satisfait de son choix. « La vie à la campagne, c’est dur mais c’est juste. Revenir ici, c’est revenir aux sources, revivre ce que j’ai vécu quand j’étais petit. Et c’est formidable. »

Aujourd’hui Samuel et sa femme élèvent leur fils de 2 ans, dans la ferme, comme ses parents avant lui.

Ils ont choisi d’agir pour la nature

Ils perpétuent la tradition familiale

Ils veulent apporter de nouvelles idées

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