Le Capitole, dans lequel se déroulent les conseils municipaux. © Wikimedia Commons
Le Capitole, dans lequel se déroulent les conseils municipaux. © Wikimedia Commons

À Toulouse, l’opposition et la majorité municipale n’arrivent pas à travailler ensemble. Les griefs se multiplient d’un côté comme de l’autre, transformant la plupart des conseils municipaux en règlements de comptes. Le 24 heures a interrogé les élus d’opposition et Jean-Luc Moudenc, pour comprendre les raisons de ce blocage.

“Si je fais le compte depuis le début de ce mandat, je dirais qu’il y a environ un tiers de voeux qui ont été adoptés, sur lesquels on a réussi à dialoguer. Il ne faut pas être caricatural, en tout cas nous on est ouverts, si on ne l’était pas, tous les vœux seraient refusés” déclare Jean-Luc Moudenc au micro du 24 heures. Les vœux c’est quoi ? Lors des conseils municipaux, le maire décide des délibérations qui seront à l’ordre du jour. Une fois que toutes les délibérations ont été votées, chaque groupe peut proposer des vœux. C’est le moment pour l’opposition d’amener des sujets à l’ordre du jour. Depuis la réélection de Jean-Luc Moudenc à l’été 2020, huit vœux proposés par l’opposition ont été adoptés.

Dans le détail, les procès-verbaux des conseils relatent également douze vœux retirés et cinq rejetés. Dans le premier cas, les vœux sont amendés par la majorité, les vidant de leur sens selon l’opposition. C’est la raison pour laquelle les proposeurs se rétractent, pour que les vœux ne soient pas adoptés alors qu’ils ne correspondent plus à leur essence d’origine. Lorsqu’ils sont rejetés, cela signifie simplement que la majorité des votes était contre le vœu. Seulement, petite pirouette sémantique, les vœux adoptés sont qualifiés dans les procès-verbaux de « vœux du Conseil Municipal » (la même formulation pour que pour ceux émanant de la majorité). Difficile donc de savoir qui en est l’origine sans lire – ou écouter – l’intégralité du débat.

Pour autant, cela ne signifie pas que les idées ne sont pas entendues et reprises.On est dans l’opposition politique, lorsqu’il fait des choses qu’on a proposées, il ne faut surtout pas que quelqu’un sache que ça vient de nous. L’exemple, c’est la mutuelle communale, nous avons proposée d’élargir, ils l’ont fait mais n’ont pas voté notre vœu, ils l’ont fait après” explique Agathe Roby, élue du groupe AMC (Alternative Municipaliste Citoyenne).

Marathons trimestriels

Le nombre de conseils municipaux, au nombre de quatre par an – sauf conseil extraordinaire comme ça a été le cas le 8 février pour l’enquête environnementale concernant la troisième ligne de métro – est jugé insuffisant par l’opposition. “Au départ ça s’expliquait, le fait qu’il y en ait quand même moins qu’à l’époque, par le transfert de compétences vers la métropole” concède Isabelle Hardy, qui a été membre de la majorité Cohen entre 2008 et 2014. Elle ajoute : “En revanche, c’est vrai qu’aujourd’hui avoir des conseils municipaux fleuves qui démarrent à 9h et finissent parfois à minuit ça musèle complètement la démocratie.Le même constat est dressé chez tous les élus de l’opposition interrogés par le 24 heures.

L’opposition a peut-être une capacité de travail ou de concentration plus limitée que les élus de la majorité, je ne l’aurais pas cru mais en tout cas ça ne pose aucun problème pour les élus de la majorité” s’étonne Jean-Luc Moudenc. Sur ces deux points, la discussion semble bloquée. Le format semble convenir à la majorité et l’opposition semble s’être résignée. Les conseils municipaux continueront à se dérouler ainsi, comme des “marathons”.

Nouvelle(s) opposition(s)

Depuis juin 2020, l’opposition se sent mal à l’aise au sein du conseil municipal. “Je pense que Jean-Luc Moudenc est beaucoup plus mal à l’aise face aux nouveaux élus parce qu’il ne comprend pas leur mode de fonctionnement” souffle François Piquemal, du groupe AMC. En effet, le renouvellement des élus au conseil municipal, surtout dans l’opposition, a été assez brutal. Exit les politiciens professionnels, survivants du mandat Cohen, place à des personnes étrangères au milieu politique institutionnel – mais par ailleurs souvent engagées dans des associations, ou des mouvements militants. Odile Maurin, Aymeric Deheurles, Agathe Roby… autant de noms étrangers à la salle des Illustres il y a encore quelques mois. Restent bien des habitués, comme le communiste Pierre Lacaze, le socialiste Vincent Gibert ou les écologistes Antoine Maurice et Michèle Bleuse. Seulement, ils ne sont plus majoritaires dans l’opposition.

On a plus la même opposition. On avait, dans le mandat précédent, une opposition socialiste, communiste, radicale de gauche, quelques verts mais pas beaucoup. Aujourd’hui on a une opposition qui est dominée par l’extrême-gauche, par des Insoumis, quelques verts qui sont très très durs” explique Jean-Luc Moudenc au 24 heures. De ce fait, les rapports se sont crispés. Les visages, et donc les habitudes de travail, ont changé. “Je pense qu’avant, il y avait une tradition de ne pas trop en faire au début et davantage de tordre la situation en fin de mandat, alors que nous on fait ça dès le début, on va pas attendre la dernière année pour y aller” développe François Piquemal. Forcément ils sont beaucoup plus agressifs, et nous leur répondons nous aussi, on ne va tout de même pas se taire ! rétorque le maire de Toulouse.

Le durcissement du ton observable du côté de la majorité l’est aussi pour l’opposition. Les saillies de François Piquemal ou d’Odile Maurin, particulièrement taquins lors des conseils, ne restent pas lettres mortes. Certains élus de la majorité, comme Sacha Briand ou Pierre Esplugas (pour ne citer qu’eux), font aussi valoir leurs talents de débatteurs. Parfois, le ton du débat en cache le fond, et les deux camps jouent leur va-tout pour décrédibiliser leurs adversaires politiques

« On tend des pièges, d’un côté comme de l’autre« 

“C’est un jeu purement politicien dans les deux sens, il faut être honnête” déplore Maxime Le Texier, membre du groupe AMC.On “tend des pièges” d’un côté comme de l’autre, pour pousser le camp d’en face à être coincé dans un vote pour ou contre, et utiliser le résultat dans la foulée. C’est un jeu stupide… poursuit-il. Jean-Luc Moudenc reconnaît que le ton s’est durci, et déplore lui aussi l’impossibilité de travailler avec l’opposition comme il peut, selon lui, le faire au conseil métropolitain. Au conseil municipal, “l’opposition toulousaine n’est pas là pour construire, elle est là pour démolir en permanence ce que nous faisons, pour caricaturer, pour déformer, pour désinformer les Toulousains au sujet de ce que nous faisons” déplore l’édile.

Moi qui n’appartiens à aucun parti, qui suis ouvert d’esprit et prêt à bosser avec n’importe qui pourvu que ça aille dans l’intérêt général, je suis un peu déçu qu’il n’y ait pas au moins eu des tentatives” se désole Aymeric Deheurles, élu d’opposition tiré au sort. “Jean-Luc Moudenc qui est très virulent, à juste titre, pour dénoncer toutes les attaques personnelles ou les attaques indignes qui pourraient être faites vis-à-vis de sa majorité ou de lui-même […] a très peu de réactions pour condamner ou mettre de côté de tels propos (venant de la majorité)” abonde Pierre Lacaze.

Je t’aime, moi non plus

La majorité s’améliore sur le plan de la démocratie participative, qui était le cheval de bataille d’Archipel Citoyen en 2020. Les consultations citoyennes se multiplient.Il n’y a jamais eu autant de consultations citoyennes que depuis que je suis aux responsabilités. Simplement, la consultation, elle se fait avec les citoyens et pas avec l’opposition” rétorque Jean-Luc Moudenc. Bien sûr, l’opposition n’est pas exclue de ces consultations, elle est même “bienvenue” pour reprendre les termes du maire. Ce que remet en cause l’opposition, ce sont les méthodes employées par la majorité en terme de démocratie participative. “Pour s’exprimer sur la plateforme “Je participe” il faut quand même se sentir autorisé à le faire, légitime, être au courant. Ce qui n’est pas rien !” s’exclame Caroline Honvault.

Les questions écologiques et de démocratie participative sont devenues des sujets de première importance. La majorité fait des efforts, l’opposition lui reproche de ne pas en faire assez. Schéma classique dans toute assemblée politique, peut-être exacerbé justement par les nouveaux profils intégrés au conseil municipal depuis 2020. Chaque camp tente – avec plus ou moins de réussite – de décrédibiliser l’autre, à grands renforts de coups médiatiques et de déclarations fracassantes à effet boule de neige sur les réseaux sociaux. “Ils se positionnent comme une majorité pragmatique alors que nous serions dogmatiques” déplore Jamal El Arch. “Ce qui me préoccupe, c’est l’avis des Toulousains, pas tellement l’avis de l’opposition” appuie le maire de Toulouse.

Que reste-t-il à la minorité ?

Si le dialogue et la coopération semblent compliqués, l’opposition compte sur le travail de terrain. “On est là pour deux choses : apporter de la contradiction et expliquer que selon nous, il y a des problèmes dans la manière dont Jean-Luc Moudenc gère la ville et en alerter la population” martèle Agathe Roby. De son côté, Antoine Maurice entend se rapprocher des associations et des habitants en plus du cadre institutionnel qui “développe plus de frustration que d’utilité”. En attendant, les conseils municipaux ne semblent pas être sur le point de s’apaiser.

Clara Blondelle et Dorian Lacour

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