Conseil municipal extraordinaire. « La commedia dell’arte » déplore l’opposition

Ce mardi 8 février 2022 dans la salle des Illustres de la mairie de Toulouse se tenait un conseil municipal extraordinaire. À l’ordre du jour, initialement, l’enquête commandée par Tisséo au sujet de l’impact de la troisième ligne de métro sur l’environnement. Enfin c’est ce qui était prévu…

Il est 9 heures 30 et la tension est déjà palpable dans la salle des Illustres. L’espace presse est rempli, tout le monde sait que ce conseil risque d’être haut en couleur et pour cause, le sujet du jour est brûlant. Des associations écologistes comme les Faiseurs de Ville, 2 Pieds 2 Roues ou encore le Sicoval (NDLR. communauté d’agglomération haut-garonnaises) ont produit des contre-expertises montrant les biais et failles de cette enquête. Le contre-argument avancé par la majorité est de juger les associations n’allant pas dans leur sens comme étant le simple prolongement de la pensée de l’opposition. Majorité comme minorité le savent, cela risque d’être une tribune politique plus qu’un débat sur le fond.

Vient le temps des liminaires. Pour faire simple : ce sont les propos introductifs auxquels chaque groupe de l’opposition a droit. Ils ne portent pas forcément sur l’ordre du jour mais visent plutôt à pointer du doigt d’autres problématiques et à interpeller la majorité. La fenêtre de tir est fine puisque Jean-Luc Moudenc a réduit les conseils municipaux au minimum légal : quatre par an. Les hostilités commencent. François Piquemal sort de sa besace un cadeau à l’intention du maire : « L’écologie pour les nuls ». Le ton est donné, chaque membre de l’opposition dédicace le livre et il est transmis à son destinataire. « Je n’ai pas attendu que vous soyez au conseil municipal pour prendre des initiatives » renvoie le maire après avoir énuméré toutes les mesure écologistes mises en place et qui, il tient à le préciser, placent Toulouse première ville de France dans plusieurs domaines.

« Lorsque votre famille est au pouvoir, la désinformation est permanente »

Antoine Maurice, tête de liste d’Archipel citoyen en 2020, dit quelques mots sur la situation des animateurs.trices des CLAE toulousains, des mineurs isolés menacés d’expulsion, et clôture en regrettant que ces sujets ne soient pas à l’ordre du jour. Pierre Lacaze, élu communiste, invective la majorité sur la gestion de la grève des agents municipaux. « Je suis très interrogatif sur le mépris que vous avez eu » clôture-t-il en pointant du doigt la lenteur des négociations avec les syndicats. « Vous avez tendance à réécrire l’Histoire, on dirait que c’est un tradition politique. Lorsque votre famille est au pouvoir, la désinformation est permanente » assène le maire, visiblement en pleine forme.

Une demi-heure après le début du conseil extraordinaire, le ton est plus que donné. Peu de fond, mais beaucoup de forme, voilà comment pourraient se résumer les 5 heures qui ont suivi. Dans une joute verbale à faire pâlir les député.e.s de l’Assemblée nationale, l’opposition et la majorité se rendent coup pour coup. Une phrase assassine en remplace une autre. La stratégie du camp Moudenc semble évidente : inonder l’opposition de questions (sur le « plan d’urgence », le manque de clarté quant au souhait des élu.e.s d’une troisième ligne…) et échanger les rôles – sur la forme – pour se retrouver dans la position de celui qui questionne. « C’est vous qui avez porté ce projet et vous êtes avancés sur les financements de partenaire en promettant aux Toulousains que la dette ne bougerait pas et les impôts non plus. J’espère que vous n’êtes pas sérieux quand vous nous demandez de vous fournir des réponses quant au financement » a martelé Vincent Gibert, élu socialiste, visiblement outré par ce retournement de situation. En face, l’opposition a semblée parfois décousue dans son propos, ne sachant que répondre aux attaques de la majorité. Les invectives ad hominem se sont multipliées, et le refus de répondre de plusieurs membres de l’opposition (Antoine Maurice, Agathe Roby…) ont entrainé l’ire du maire, qui enchainait les « On vous donne la parole et vous ne souhaitez pas répondre ?«  Notons par ailleurs que plusieurs opposant.e.s ont passé leur conseil la main levée, souhaitant répondre, mais eux n’étaient pas interrogés.

« Vous crachez à la gueule de toutes les associations »

Plusieurs fois, l’opposition s’est vue reprochée le manque d’implication et de propositions concrètes dans ce projet. Jean-Luc Moudenc a d’ailleurs dénoncé un débat politicien tenu par la minorité. Des paroles qui ont poussé à bout l’opposition. « Vous crachez à la gueule de toutes les associations, il n’est pas possible de continuer une mascarade comme ça ! Si vous voulez travailler avec nous, nous sommes là ! » a éructé Aymeric Deheurles, élu Archipel tiré au sort et qui supporte difficilement ces manœuvres politiciennes. La majorité s’est alors indignée devant tant de grossièreté, et ce dernier a été rappelé à l’ordre par Jean-Luc Moudenc.

L’impact écologique de la troisième ligne, dont l’enquête de Tisséo assure une neutralité carbone d’ici 2027, était tout de même au centre des débats. Là encore, personne n’a réellement tiré son épingle du jeu. Agathe Roby, Hélène Cabanes, Maxime Le Texier et Michèle Bleuse sont intervenu.e.s pour dénoncer les manquements de cette enquête. Non-respect de la Charte de l’arbre, extraction des déblais, impact carbone qui serait diminué par les méthodes de calcul utilisé dans l’enquête de Tisséo, sont autant de points sur lesquels l’opposition a demandé des réponses. Du côté de la majorité, qui elle pourtant dispose d’experts et d’équipes en charge de l’affaire, aucune réponse concrète n’a été donnée. Pour ne prendre que cet exemple, Hélènes Cabanes a demandé quel serait le pourcentage de déblais extraits par voies fluviale et ferroviaire pour limiter l’impact carbone d’extractions routières. La réponse se résumait à un « nous verrons avec l’avancée du projet ». Plusieurs élus de l’opposition ont dénoncé une mise en scène, « une pièce de théâtre », « une parodie » ou même « la commedia dell’arte ».

Le conseil, devenu conglomérat d’esprits usés par cinq heures de pugilat verbal, a ensuite mis la délibération au vote. Sans surprise, elle a été adoptée. La quasi-intégralité de l’opposition a voté contre, Vincent Gibert s’est abstenu, et la majorité l’a emporté. Un peu sonnée, l’opposition a dénoncé une instrumentalisation de ce conseil municipal. « Ils voulaient simplement nous faire dire que nous étions contre la troisième ligne » déplorait Caroline Honvault, encore choquée.

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