À Toulouse, alors que l’acte X des Gilets jaunes prévu pour samedi se prépare, tandis qu’Emmanuel Macron est en visite aujourd’hui à Francazal, la plupart des vitrines des commerçants de la Ville rose véhiculent un message alarmant. « Commerces en danger », « à vendre » , « pôle emploi immo » : il semblerait qu’à Toulouse, un panneau vaille mieux que mille mots. Explications. 

Depuis hier matin, les inévitables inscriptions saisonnières de démarques, de pourcentages et de soldes affichées sur les vitrines des commerçants ont été rejointes par des panneaux bien moins jubilatoires. Sous l’initiative du « collectif des commerçants en colère 31″, des affiches rouges et blanches ont été placardées sur la plupart des devantures du centre-ville. Sur celles-ci on peut lire la mention « commerces en danger » suivie de « à vendre » , « pôle emploi immo » ainsi que d’un numéro de téléphone qui se trouve être celui de la préfecture de Toulouse. Des slogans évocateurs qui dénoncent la gravité de la situation.

Une mobilisation sans précédent

Hier, nous avons rencontré Isabelle, commerçante depuis plus de 20 ans, issue d’une famille de chausseurs depuis 5 générations et gérante de la boutique de chaussures Mephisto à Toulouse. Très engagée pour défendre les établissements du centre-ville, elle nous a raconté comment – en seulement une nuit – quasiment tous les établissements concernés se sont retrouvés avec un panneau de protestation.

« Jeudi dernier, nous nous sommes rassemblés entre commerçants car nous en avions plus qu’assez. Nous étions à peine 39. Nous avons créé un groupe Facebook pour solliciter le plus de monde possible. Résultat : nous sommes aujourd’hui 1 200 actifs, et la moitié d’entre nous étaient présents à la dernière réunion qui s’est tenue avant-hier », se félicite-t-elle avant de renchérir : « Nous avons fait faire 700 panneaux qui se sont tous écoulés très rapidement. C’est une bonne chose pour nous, cela prouve que notre action a du sens et fonctionne bien. »

« On ne parle pas assez de la peur »

À ce jour, à travers cette campagne d’affichage « choc », les commerçants revendiquent plusieurs choses. D’abord, le respect de leur droit de travail, le droit à la sauvegarde de leurs emplois ainsi que le droit à la sécurité, qui sont tous les trois des droits fondamentaux. Ensuite, ils exigent (selon les termes écrits sur les tracts) un retour immédiat à l’ordre public, la mise en place d’aides individualisées pour les personnes les plus en difficulté ainsi que l’exonération immédiate de certaines charges. 

Une fois de plus, on touche ici du doigt le danger financier et les sinistres matériels causés par les manifestations. À noter d’ailleurs que selon la Fédération des commerçants de Toulouse : certains restaurateurs notamment auraient perdu plus de 70 % de leur chiffre d’affaires. Pourtant, chaque semaine depuis bientôt deux mois et demi, les employés et les patrons des établissements du centre-ville doivent, avant tout, faire face à la peur. 

« Je trouve que l’on ne parle pas assez du stress et de la peur. Les vendeurs sont terrorisés. C’est de pire en pire chaque semaine. Maintenant on se rend à l’évidence : on sait que fatalement, tous les samedis les casseurs vont tout détruire », nous confie Isabelle.

Et ils ne sont pas les seuls à craindre les débordements puisque la fréquentation du centre-ville chute chaque précieux samedi. « L’autre jour, j’ai entendu une cliente dire à son mari : si tu amènes les gosses en ville samedi après-midi, je divorce ! », une plaisanterie qui en dit long. Au fil du temps, Isabelle réalise que la plupart des clients ne veulent plus prendre le risque de sortir pendant les manifestations des Gilets jaunes.

Certaines boutiques affichent même plusieurs panneaux / Crédits : Samantha Sales

À quoi va ressembler la suite ?

Il semblerait que les toulousains vont devoir s’habituer aux affiches rouges et blanches puisqu’elles ne sont pas prêtes de disparaître. Les représentants des commerçants ont rencontré le préfet il y a deux jours et attendent désormais que leurs doléances soient entendues par le président de la République. La visite de ce dernier, aujourd’hui à Francazal, sera sans nul doute l’occasion de régler certains aspects du problème. 

En outre, les commerçants les plus engagés espèrent que d’autres villes suivront l’exemple de Toulouse en accrochant à leur tour un panneau sur leurs vitrines.