Selon un sondage de l’institut Promise Consulting, 30% des Français seraient contre l’utilisation des lanceurs de balles de défense. Mais comment interpréter ce chiffre dans le contexte actuel ? Explications.

« Dans un contexte de forte médiatisation des blessés par LBD et en particulier de la blessure du « gilet jaune » Jérôme Rodriguez le week-end dernier, l’opinion publique n’a pas basculé dans la demande d’une interdiction pure et simple. » Voilà ce que constate Promise Consulting, institut spécialisé dans les études marketing et de consommation, au moment d’expliquer que 30% des Français seraient contre l’utilisation du lanceur de balle de défense, sur un échantillon représentatif de 1001 personnes, représentatif de la population. Un chiffre qui a une résonance particulière, alors que l’Hexagone est le théâtre de vifs mouvements de contestations et de l’émergence du phénomène des Gilets Jaunes.



Changer les munitions de LBD, une solution viable ?

Pour Yann, un Toulousain blessé au tibia le 8 décembre dernier par un tir de LBD, ce pourcentage est inquiétant. « Honnêtement, ça m’étonne. 30 %, c’est trop peu. Les gens ne se rendent pas comptent. Après, il faut relativiser. Dans les manifestations, la grande majorité des gens sont contre l’utilisation de ces armes. Il faut faire attention à la représentation du sondage. » Au-delà d’une interdiction pure et dure, 40 % des Français restant favorables à l’utilisation du LBD préconiseraient un changement législatif. Mais comment peut-on caractériser ce changement ? « Si on n’interdit pas totalement le LBD, Il faudrait un changement de la munition utilisée, poursuit Yann. À l’heure actuelle, c’est trop dangereux. Ce n’est pas normal que des gens soient carrément mutilés. »  Un changement qui passerait donc par les fournisseurs de munitions de LBD, alors que l’actuel fabricant français serait dans la tourmente.


« Avant le phénomène des gilets jaunes, je ne pense pas que 30 % des Français étaient contre le LBD »

Aujourd’hui, il est naturel qu’une partie des Français s’oppose à l’utilisation des LBD. Dans un pays qui défend les droits de l’homme, la blessure de civils, qui exercent leur droit de manifester, surprend et choque par-dessus tout. Un sentiment partagé par Pierre, policier à Lyon. « Je comprends tout à fait que des Français soient contre. C’est humain et si cela m’arrivait, je serais également contre. Néanmoins, il faut comprendre que la situation est plus complexe que cela. Il y a des consignes claires. C’est une arme non-létale, après c’est toujours difficile lorsque l’on est dans une marée humaine avec des gens en mouvement. Quoiqu’il en soit, de mon point de vu, l’utilisation du flashball est justifiée. »

Quant aux chiffres donnés par le sondage, l’avis du policier rejoint celui évoqué plus haut. Le climat actuel oblige à relativiser les chiffres. « Il faudrait reposer la question lorsque le climat sera apaisé. Aujourd’hui, il y a une contestation populaire. Attendons de voir et regardons les résultats après. Par ailleurs, avant le phénomène des gilets jaunes, je ne pense pas que 30% des Français étaient contre l’utilisation du LBD. » Alors que la méfiance envers les policiers ne cesse de grimper au fil des actes, plusieurs solutions doivent être envisagées pour recréer un lien de confiance entre la population et les forces de l’ordre. L’utilisation des caméras de la part des policiers pourrait en être une. « À Lyon, on doit utiliser des caméras lorsqu’on utilise ses armes. C’est une garantie en plus pour tout le monde. » Cependant, cette mesure divise.




Quoiqu’il en soit, il est peu probable que la méfiance des Français au sujet des lanceurs de balle de défense ne se dissipe. Les prochaines manifestations devraient au pire, décupler cette volonté d’interdire le LBD, ou au mieux la stabiliser. Pour rappel, après plusieurs mois de contestations, 4 personnes auraient été gravement blessés à l’oeil selon Christophe Castaner. Pour un collectif de manifestants, ils seraient au nombre de 17.

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