Après 11 week-ends de manifestations des Gilets jaunes, les chiffres des blessés ne font que grimper, tant du côté des forces de l’ordre que des manifestants. Yann, lui, a été blessé il y a 7 semaines par un tir de flashball. Il raconte.

Samedi 8 décembre. Toulouse hurle. Dans les rues, plusieurs milliers de personnes ont répondu à l’appel du 4e acte des gilets jaunes. Cela fait 3 week-ends que l’on entend des chants et des cris, tous entamés par la même voix : celle des manifestants venus dénoncer “le mépris de ceux qui nous gouvernent.”

Parmi eux, Yann. Yann est un “révolté” venu prendre part à ce mouvement “fait par et pour le peuple”. Pour lui, participer aux manifestations des Gilets jaunes, c’est participer à un sursaut démocratique sans précédent : “C’est la dernière révolte de cette ampleur. Ce mouvement, c’est un bond de la démocratie comme on en avait pas vu depuis près de 10 ans. ”

Retour sur son accident

Lorsqu’il est au niveau de Compans-Cafarelli, le cortège est éparpillé. Il faut dire que cela fait plusieurs minutes que les forces de l’ordre sont intervenues pour tenter de dissiper le rassemblement. “Les flics étaient en face de nous. Ils nous balançaient des fumigènes, et quand les projectiles tombaient à côté de moi, j’les dégageais du pied.”

Alors que Yann continue de marcher, il sent son tibia se fracturer. Une balle de LBD40 vient de heurter sa jambe. Il s’effondre et des manifestants proches de lui le mettent à l’abri ; des secouristes dépêchés sur place lui prodiguent les premiers soins. Les pompiers prennent ensuite le relais, et l’amènent à l’hôpital, où sa fracture ouverte est finalement prise en charge.

“Après 12 jours d’attelle, les médecins m’ont posé un plâtre, et ma jambe est encore immobilisée.” explique Yann. Ce qui ne l’a pas empêché de participer ce samedi au 11e acte des manifestations. Mais depuis son accident, son constat reste le même, il déplore “une répression de plus en plus autoritaire et violente.”

“Je n’ai pas vu de mes yeux, sur Toulouse, un déferlement de violence aussi important que celui qu’on peut voir passer à la télé, avec des manifestants qui perdent un oeil ou se retrouvent défigurés. Mais ce que je vois, ce sont des violences des deux côtés. Je remarque par moments des officiers de police et de gendarmerie qui chargent, matraque à la main, sans que cette intervention soit justifiée. Y’a déjà une forme de violence latente dans la façon dont les policiers interviennent.”

Des déclarations que les chiffres du week-end dernier ne viennent pas démentir : à Toulouse, des journalistes ont vu des manifestants être touchés par des tirs de projectiles sur les allées Jean-Jaurès. Du côté de Paris, huit blessés ont été dénombrés par la préfecture de police, dont un policier et Jérôme Rodrigues, figure des gilets jaunes, qui a été touché à l’œil. Dans la région de Rouen, une vingtaine de personnes ont été blessées, tandis que sur Lyon, les pompiers ont fait état de quatre blessés légers.