Devant l'impossibilité de travailler, un seul recours : le travail au noir

“ Quand les migrants arrivent sur le sol français, aucun n’a le droit de travailler « 

« Vous ne pouvez pas obtenir une autorisation de travailler pendant les six premiers mois de l’enregistrement de votre demande par l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) ». En ce qui concerne le droit au travail des migrants, l’article L5221-5 du code du travail est on ne peut plus clair : les nouveaux arrivants en France n’ont accès à l’emploi qu’à partir de six mois après leur demande. Alors, ne demeure qu’une seule et unique source de revenus : l’ADA (Allocation pour demandeurs d’asile). S’élevant aux alentours de quatre cent euros, cette aide est baissée de moitié dès lors que ses bénéficiaires obtiennent un logement. Pour les familles les plus précaires, il est tout bonnement impossible de se suffire de cette somme, c’est pourquoi de nombreux migrants prennent la décision de travailler au noir.

« A Perpignan, ils ne peuvent travailler que dans les secteurs les plus mal payés et les plus discrets : femme de ménage pour les femmes, restaurants quasi-clandestins pour les hommes »

Trente-huit sans papiers occupant un immeuble appartenant à la ville de Perpignan • © Frédéric Savineau, France 3 Occitanie/Pays Catalan

Maryse Martinez, présidente du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), côtoie tous les jours des migrants cantonnés à ces situations inextricables : « quand ils travaillent au noir, ils encourent un risque pour eux-mêmes mais aussi pour le chef d’entreprise qui les emploie ». Pour certains travailleurs, cette impossibilité de travailler (et donc de subvenir aux besoins de leurs familles) est très mal vécue. « Les pères vivent très mal de ne pas pouvoir travailler. Beaucoup sont suivis par des psychologues, et ils nombreux à connaître des dépressions. Sans le droit de travail, on les conduit directement à la délinquance. Beaucoup se mettent donc au vol », témoigne Anne-Marie Delcamp, membre de l’association RESF (Réseau éducation sans-frontières).

« Il y a un père qui n’est toujours pas régularisé car il avait volé une peluche pour sa fille à Noël. Cela fait sept ans qu’on lui répète : vous ne pouvez pas être régularisé car vous êtes un danger public ».

Maryse Martinez, présidente du MRAP, vient en aide aux familles immigrées pour la recherche d’emploi. Crédit photo : Maryse Martinez

Les différences ethniques jouent un rôle majeur dans la recherche de travail de ces nouveaux arrivants. « Ici, à Perpignan, ce sont principalement des immigrés d’Europe de l’est que l’on retrouve sur les marchés, en particulier sur la place Cassanyes. Pour les Africains c’est bien plus compliqué, car les autorités les repèrent plus vite du fait de leur couleur de peau. C’est d’autant plus compliqué pour eux que ce sont souvent des pères de famille seuls qui quittent leur pays, au risque de mourir durant la traversée en Méditerranée », explique Maryse Martinez.

Les risques du travail au noir

Au-delà de la difficulté de ces emplois au noir et du nombre important d’heures de travail, il existe aussi d’autres risques liés à ce genre de situation. L’exploitation des patrons est par exemple vite arrivée. Nombreux sont les chefs d’entreprise à abuser de la situation de ces travailleurs précaires, en leur retenant une partie de leur paye. Certains payent parfois même à l’aide de chèques en bois.

Une seconde problématique du travail au noir est celle des risques pour la santé. Dans ces métiers difficiles et pénibles, ces derniers ont vite fait de connaître divers problèmes de santé. Si la plupart reçoivent l’AME (Aide médicale d’Etat), cette prestation est loin d’être suffisante pour couvrir les frais d’accidents du travail parfois graves.