LE FOOTIX

Le footix, figure terrorisante, monstrueuse et repoussante, est devenu un symbole largement ancré dans la paysage du ballon rond. L’expression, née de la mascotte de la Coupe du Monde 1998, est désormais la pire insulte que l’on puisse dire à un fan de ballon rond. Taxer quelqu’un de footix, c’est l’attaquer dans son intégrité, c’est remettre en cause à la fois sa passion, ses connaissances, et son authenticité. C’est affirmer que son amour pour le foot n’est que superficiel et illégitime.

Le footix peut prendre bien des visages, la notion a connu beaucoup d’évolutions depuis son apparition en 1998. A cause du nombre de significations qui existe derrière ce mot, on est désormais tous le footix de quelqu’un. Il s’agit donc de poser un cadre. On évoquera ici ceux qui “consomment” du football, d’une manière ou d’une autre, et se revendiquent un intérêt pour ce sport. Le footix comme allégorie du “mauvais fan de foot”, l’antithèse de celui qui pense, connaît, et aime vraiment le football, est une figure incontournable du lexique footballistique.

Le footix, ce supporter volage

La principale critique faite au footix est sa volatilité. On reproche à ce dernier d’aimer un club en fonction des résultats, d’offrir son cœur à plusieurs, et ainsi d’être un faux passionné, opportuniste. On pourrait d’abord se pencher sur cette éthique sacrée qu’est l’idée qu’on doit jurer fidélité qu’à un seul club, ce qui vient ensuite poser l’inévitable question : pourquoi nous identifions-nous à un club en particulier ? Le football s’offre comme un sport dans lequel les supporters affirment avec force, à travers l’affrontement et la compétition, leur identité nationale ou locale. Il réveille dans la compétition de vieilles traditions, d’anciens ancrages auxquels on s’accroche.

Supporter dépasse donc largement l’engagement sportif. Et c’est cet “hors sportif”, historique et symbolique, que le footix ignore, voire insulte, en vagabondant dans son attrait pour différents clubs. En d’autres termes, l’identification classique et authentique à un club ne fait finalement appel à aucun mécanisme purement footballistique. Si on se met à suivre un club pour son jeu, sa philosophie sportive, devient-on irrémédiablement un footix ? Peut-on aimer un club sans avoir de filiation directe avec le territoire de ce dernier ? Peut-on reprocher à un fan à distance de s’être affranchi des mécanismes habituels qui font l’amour d’un club (et particulièrement les attaches locales) pour s’être arrêté sur des critères qui seraient purement sportifs ?

Quid de celui qui se reconnaît dans les préceptes de jeu de Cruyff et Guardiola et ressent beaucoup plus d’émotions dans leur éthique de jeu, et finit par développer une réelle affection pour le club ? Certes, il aura fait le choix de ne pas s’identifier à une région qui n’est pas relié à son passé, et il est impensable pour certains supporters qu’un fan de football du Nord de la France puisse s’identifier de manière profonde et durable au FC Barcelone, sans avoir mis un pied en Catalogne. Mais le débat est ouvert : peut-on reprocher à quelqu’un de s’identifier à son ressenti ? À sa passion et à son support émotionnel ?

Etre supporter sans être extrême

par Vincent, abonné au TFC

Le footix à la recherche des émotions

Quant au footix originel, l’arriviste de 98, à quoi s’est-il réellement identifié ? Il semble que ce soit l’extraordinaire effervescence collective qui l’ait séduit, l’ébullition des sentiments autour d’une passion commune. Le footix est d’ailleurs souvent associé au supporter de l’équipe nationale, dont la passion pour le ballon ne se réveille que lors des trêves internationales.
Le footix, en tempérant son attrait pour le ballon, en n’en regardant pas souvent, ne sauvegarde-t-il pas la magie qu’il provoque ? Le footix, à travers le foot, recherche plus des émotions.

On critique souvent ces fans de la première heure pour la relative fraîcheur de leur attrait pour le football, d’une passion trop jeune pour être sérieuse. De fait, ils sont devenus, pour une partie de la culture du football populaire, des traîtres, symboles du spectateur passif, heureux soumis aux dynamiques du football business. Ces néo-fans n’auraient donc supposément pas connu la culture du stade, la ferveur d’une tribune, la chaleur d’un virage. On en voudrait presque au footix de ne pas avoir connu le football plus tôt, de découvrir si tardivement des sensations qui habitent les “vrais supporters” depuis leur plus jeune âge.

Aujourd’hui, le sobriquet « footix » est tellement utilisé à tort et à travers qu’il permet désormais de désigner tout et n’importe quoi. Véritable argument d’autorité, il met fin à toute forme de débat et devient l’insulte la plus dramatique pour l’amateur de ballon.