LES SUPPORTERS, ELEMENTS ESSENTIELS DE L’ECONOMIE

Alors qu’ils sont souvent décriés, notamment les ultras, il apparaît aujourd’hui que les supporters apportent une plus value au football. Sans public ni ambiance, le produit «football» est de moins en moins vendeur. Les clubs réclament leur retour notamment pour des raisons économiques. Alors comment les supporters sont-ils économiquement indispensables ?

IMPORTANCE ECONOMIQUE DES SUPPORTERS

par Christophe Lepetit

Dans le football, la vérité n’est pas seulement sportive, elle est également économique. Avec presque 23 000 supporters de moyenne dans ses stades, la Ligue 1 a bouclé un exercice 2019-2020 en progression dans ce domaine, de quoi donner le sourire à tous les présidents. Sauf que le confinement est passé par là. Les matchs ont alors repris, mais sans spectateurs, sans bruit, sans ambiance. À tel point qu’aujourd’hui de nombreux fans ne prennent plus de plaisir à regarder les matchs. Les audiences des matchs sont d’ailleurs au plus bas alors que dans le même temps, un sport comme la Formule 1, qui a moins besoin de son public pour exister, voit son audimat explosé.

Des spectateurs qui font grimper le prix du produit « football »

La reprise des championnats après le confinement lié à l’épidémie du Covid-19, avec des matchs qui se jouent actuellement à huis clos est là pour le montrer : « L’absence de spectateur dans les stades dégrade très fortement la valeur économique du spectacle sportif et je pense que ce qui a été vendu cher à des diffuseurs c’est un spectacle dans sa globalité » analyse Christophe Lepetit, responsable des études économiques au CDES de Limoges. Des études scientifiques montrent que le public a une influence sur le résultat des matchs, sur le nombre de cartons distribués, sur le nombre de fautes ou de penaltys sifflés, sur la probabilité de marquer son penalty, sur la durée du temps additionnel… (cf Sciences sociales football club de Bastien Drut et Richard Duhautois). Les supporters sont donc parties prenantes de la production du spectacle sportif. Ce constat est partagé par Frédéric Scarbonchi, journaliste et co-auteur du livre suparterre « Aujourd’hui on parle beaucoup du fait que les recettes de la billetterie font du mal aux clubs parce que personne ne touche rien, on se rend compte aussi que le produit football est totalement dévalué par l’absence du supporter. Si aujourd’hui il y a moins d’abonnés sur téléfoot, si les audiences des matchs sont catastrophiques alors qu’on est en période de couvre feu et confinement et que normalement les supporters devraient être devant leurs télés c’est parce qu’il manque quelque chose ». Ce quelque chose dont parle le journaliste ce sont les supporters.

10 à 12% de revenus 

Les supporters ne sont plus autorisés à venir au stade c’est un fait. Ce qui implique que les clubs perdent de l’argent, mais cela n’est pas aussi faramineux comme l’explique Christophe Lepetit « On appelle cela les recettes jours de match qui comprennent la billetterie ainsi que toutes les consommations qui sont effectuées aux buvettes, aux boutiques etc… C’est environ 10-12% des recettes d’un club. C’est assez limité. En France on a cette particularité d’avoir des recettes jour de match qui sont le dernier post de revenu des clubs, très loin derrière les droits télés, qui eux représentent en moyenne 55% de ces parts». Mais il ne faut pas minimiser les pertes. Ce sont des milliers d’euros qui échappent à la trésorerie des clubs à chaque rencontre. A titre de comparaison, pour le rugby, sur 100 euros, ce sont 16 qui sont issus de la billetterie, et 17 en Jeep Elite, le championnat de France de basket.

L’affaire Mediapro vient se greffer aux difficultés actuelles 

Les clubs de football professionnels n’avaient pas besoin de cela. En plus de ne plus recevoir leur part de recette le jour de match, ils ne reçoivent plus leur part de droit TV. Mediapro, qui détient 80% des droits TV de la Ligue 1 et la Ligue 2, n’a pas payé ses 2e et 3e versements. Qu’est ce cela à avoir avec les supporters ? A priori pas grand chose. Pourtant lorsqu’on creuse, on remarque qu’ils ont un rôle dans cette affaire. Si le groupe Mediapro n’arrive pas à payer l’argent qu’il doit à la Ligue de Football Professionnel, c’est car il ne dispose pas des fonds nécessaires. C’est en partie dû au fait que la chaîne créée par le groupe, Telefoot, n’a pas réussi à faire venir les abonnés. Le dirigeant du groupe sino espagnol, Jaume Roures, tablait sur 2,5 millions d’abonnements pour être rentable. Or, à l’heure actuelle, Téléfoot ne compte pas plus de 600 000 abonnés. Une situation qu’explique le journaliste Frédéric Scarbonchi « Si aujourd’hui il y a moins d’abonnés sur téléfoot, si les audiences des matchs sont catastrophiques alors qu’on est en période de couvre feu et confinement et que normalement les supporters devraient être devant leurs télés c’est parce qu’il manque quelque chose». Constat partagé par Alexandre Roux, président du groupe ultra du Toulouse Football Club les Indians « on voit que les gens préfèrent ne pas voir ses matchs à huis-clos et que de cumuler un nouvel abonnement »

C’est le signe que, dans le football, plus que jamais, l’argent est le nerf de la guerre. La vérité du terrain n’y est pas seulement sportive, elle est aussi économique. Peu importe son profil, le supporter fait vivre le stade et représente un acteur à part entière du “football spectacle”. Si on pouvait se douter de l’importance du supporter dans l’engrenage d’un club, le confinement à mis en lumière ce côté essentiel. Et aujourd’hui, club, president, joueurs, public, chaîne de télé et tous les acteurs du football français, attendent impatiemment le retour des supporters.