Récit 9 Acceptation emploi illégal

     Acceptation emploi     illégal

 

Votre manque de moyens financiers a fortement pesé sur votre décision. Vous avez accepté l’emploi illégal qui s’offrait à vous. C’est un délit. Ça peut vous coûter très cher. Mais vous avez besoin de ressources pour survivre clandestinement en France, et vous n’avez pu vous résoudre à voler et à frauder.

Le premier jour de travail se passe bien. La plupart de vos collègues sont dans la même situation que vous : des clandestins qui travaillent pour manger à la fin du mois. Certains font actuellement les démarches pour légaliser leur situation en France, d’autres, écrasés par le poids de l’administratif, ont baissé les bras.

Pendant la pause déjeuner, vous discutez avec de vos collègues, un Érythréen qui vit en France depuis six ans sans le moindre visa, et qui travaille ici depuis presque trois ans. « Quand tu entends quelqu’un crier “contrôle !”, tu détales immédiatement, sans poser de questions, vous informe-t-il. La semaine dernière, un gars s’est fait choper parce qu’il n’avait pas entendu le signalement avec son casque anti-bruit. Il est en taule, maintenant, et il attend le prochain vol qui le ramènera dans son pays. » Les inspections du travail se font rarement à l’improviste, sauf dans le BTP, où le travail illégal est monnaie courante, vous apprend-il. 

 

Vous n’avez pas le temps de lui poser d’autres questions. La cloche a sonné, c’est l’heure de vous remettre au travail. Le lendemain, votre collègue est introuvable. Vous posez des questions autour de vous, mais personne n’a de réponse à vous donner ; certains ne parlent même pas un mot de français. Le jour suivant, il est toujours introuvable, et le jour encore après il ne donne pas plus de signes. « Je pense qu’il s’est fait serrer, vous dit un autre collègue avec le ton le plus détaché qui puisse exister. T’apprendras que, quand on est clando, il vaut mieux pas s’attacher à d’autres personnes. »

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