Vie clandestine

 

Pour des raisons qui vous sont propres, vous avez décidé d’éviter la machine administrative et de mener une vie clandestine en France. Enfin, pour le moment, il ne s’agit pas vraiment d’une vie clandestine puisque votre votre visa étudiant reste valable pendant un mois et demi encore. Mais ça le sera bientôt.

 

Bientôt, aussi, votre emploi étudiant devra s’arrêter, et vous ne savez pas comment vous ferez pour payer votre loyer et vos achats alimentaires. Bientôt, vous recevrez dans votre boîte aux lettres une Obligation de quitter le territoire français. Bientôt, vous devrez vous cacher en permanence pour rester en France. « T’inquiète pas, vous dit un ami. L’OQTF, ça sert juste à faire flipper. Ce papier, il vaut rien tant que tu te fais pas choper. Mais fais gaffe à pas te faire contrôler et à rester toujours dans le cadre de la loi. Vivre clandestinement en France, c’est pas considéré comme un délit, mais la moindre infraction et c’est fini pour toi. »

 

Oui, il est bien gentil, votre ami, mais comment vivre clandestinement tout en restant dans le cadre de la loi ? Vous avez besoin de vous nourrir, d’avoir un toit sur la tête, de vous déplacer en métro. Vous pouvez voler ou frauder, bien sûr, mais alors vous sortez du cadre de la loi. Et, dans le cas contraire, il vous faudra un salaire pour payer tout ça, mais pas de possibilité de trouver un emploi légal. Vous êtes pris au piège.

Ces soucis vous tourmentent de plus en plus. Vous auriez presque envie d’arrêter cette situation sur-le-champ et de retourner voir vos parents au Togo. Un soir, vous rencontrez un ami dans un petit pub proche de la station de métro Esquirol. Vous discutez en prenant quelques verres, et le sujet de votre vie clandestine est mis sur la table. Il compatit et se dit prêt à vous aider. Il ne peut malheureusement pas vous prêter d’argent, mais il connaît quelqu’un qui pourrait vous trouver un travail dans le bâtiment. « C’est non déclaré, je te préviens, mais ça pourra résoudre pas mal de tes problèmes financiers quand tu seras clandestin. Il y a plein de gars dans la même situation que toi, là-bas. Même pas besoin d’avoir fait d’études particulières. Il suffit d’avoir un peu de force et de suivre les ordres du contremaître, rien de plus. » 

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