Page récit régularisation

Régularisation

Vous avez décidé de vous rendre en préfecture de Haute-Garonne pour régulariser votre situation. Monter un dossier vous a pris trois jours complets. Justificatif de domicile, justificatif de connaissance de la langue française, justificatif de séjour provisoire, photocopies de titre d’identité, photocopie de votre diplôme national… Vos trois derniers jours se sont résumés à des allers et retours entre les classeurs et la photocopieuse. Mais voilà, votre dossier est complet, et vous êtes confiants pour la suite.

Au contraire de ce à quoi vous vous attendiez, le bâtiment n’est pas un édifice austère mais une somptueuse bâtisse de briques rouges, flanquée sur la droite par la cathédrale Sainte-Etienne, sur la gauche par le palais Niel. La secrétaire, à l’accueil, ne daigne même pas vous regarder lorsque vous vous présentez au guichet. Vous lui expliquez que vous venez demander la naturalisation française. Elle ne vous regarde toujours pas, tapotant lentement sur son clavier. Elle a compris dès le premier coup d’oeil la raison de votre venue. « Posez le dossier sur le comptoir, je vous prie. L’administration se réserve un délai de dix-huit mois pour l’étudier. Elle vous convoquera avant la date butoir à un entretien pendant lequel vous devrez justifier de votre motivation à être naturalisé. Avez-vous des questions ? » Des questions ? Non, aucune ne vous vient. Cette femme vous a complètement déstabilisé. De toute façon, pour quelles raisons refuseraient-ils votre demande ? Vous avez fait cinq ans d’études en France, et vous deviendrez bientôt ingénieur aéronautique. Quel serait l’intérêt pour l’Etat de vous renvoyer au Togo ? Non, non, ils ne peuvent pas refuser.

 

Six mois plus tard, vous recevez un ordre de rendez-vous pour votre demande de naturalisation. L’homme a la mine fatiguée, grisâtre, ennuyée. Des cas comme vous, il en voit à longueur de journée. Vous n’êtes pas son premier rendez-vous depuis ce matin, loin de là. Il feuillette rapidement votre dossier, dodelinant du chef, sans autre émotion que de petites approbations gutturales. Puis il vous regarde enfin. « Monsieur…Ahoéfa , c’est ça ? Oui, bon, votre dossier m’a l’air solide. Vous avez réalisé des études d’ingénierie, vous avez vingt-deux ans, vous résidez en France depuis cinq ans sous visa étudiant… Je vois que vous n’avez pas de casier judiciaire. C’est plutôt bon signe. » Il referme le dossier. « Merci. On vous recontactera bientôt. »

Et, effectivement, vous recevez bientôt une lettre estampillée de la préfecture de Haute-Garonne. Dedans, une lettre qui annonce la couleur dès les premières lignes : « Vous avez formulé une demande en vue d’acquérir la nationalité française. Après examen de votre dossier de naturalisation, j’ai décidé, en application de l’article 44 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié, d’ajourner votre demande à deux ans.»

Vous êtes abattu, d’autant que le préfet invoque le motif que vous n’avez pas les ressources économiques suffisantes pour vous garantir une situation pérenne, et cela sans prendre en compte la promesse d’embauche que vous a faite Airbus. Dans l’enveloppe, derrière la lettre du préfet, une Obligation de quitter le territoire français sous trente jours. Vous devez réagir vite.

Les aiguilles tournent faites vite !