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Cérémonie

11 octobre 2020, espace Diagora, Toulouse Labège. L’orchestre de violons vient de se taire, et la cérémonie de se clore. Cet après-midi aura été l’un des plus beaux de votre vie. Le métro vous ramène chez vous. Il y a peu de monde dans la rame. Vous avez envie de hurler votre joie. Vous êtes l’un des trente diplômés de l’École nationale supérieure des ingénieurs en arts chimiques et technologiques de Toulouse. Sans même attendre d’avoir rejoint votre appartement, vous appelez vous parents, restés au Togo. Ils sont fiers de vous, ils vous félicitent. Même à travers le grésillement de la communication, vous percevez leur émotion. L’avenir s’ouvre à vous.

Votre premier réflexe, en rentrant chez vous, est d’appeler votre ancien tuteur de stage à Airbus. Lui aussi est fier de vous. Il vous couvre chaleureusement de félicitations et d’encouragements. Vous mettez le sujet du travail sur la table. Après cinq ans d’études dans une langue inconnue qu’il a fallu apprendre tout en étudiant l’ingénierie, après tout ce travail acharné qui a vous a conduit là, vous ressentez un grand vide qui ne peut être comblé que par cet emploi qu’on vous a promis. Votre interlocuteur, lui, paraît embarrassé. Le visa étudiant qui vous a été accordé pour vos études prendra fin dans deux mois, et il ne peut pas vous embaucher tant que vous n’êtes pas naturalisé. Vous devez régler ce problème.