Ahoéfa n’est pas seul …

L’un des moments forts de la réalisation du webdocumentaire, fut la séance de phoning avec l’association la Cimade. Deux fois par semaine, les lundi et jeudi, durant trois heures, l’équipe se mobilise et appelle des personnes à la recherche de réponses sur leur situation. La Cimade porte conseil et oriente sur les démarches à suivre. Parmi le large panel observé par notre équipe, voici quelques appels assez marquants et riches de sens :

Au bout du fil, une voix très douce ainsi qu’une modeste maitrise du français : « Bonjour, j’ai besoin d’être française ». Cette jeune fille était pleine d’innocence et loin des préoccupations des filles de son âge. « J’ai 14 ans et je suis Palestinienne, je suis venue en France en passant par l’Égypte avec ma mère et ma soeur. » Elle dispose du statut de réfugié, et séjourne dans l’hexagone depuis maintenant six ans. En face de moi, Bernard, bénévole de la Cimade, fouille dans ses dossiers. Elle insiste « Il faut que je sois française moi ». Il est trop tôt pour obtenir la nationalité.

À son âge, elle doit faire une demande par anticipation à la préfecture. Plus la conversation continue, plus Bernard comprend qu’elle ne pourra jamais réussir à monter ce dossier seule. « À 14 ans, comment voulez-vous qu’elle fasse ? » Me dira-t-il après l’appel. La jeune fille est finalement conviée à venir à la Cimade pour monter le dossier de nationalité par anticipation.
Fin de l’appel.

Cet appel nous a fait prendre conscience de la situation de certains. À 14 ans, très peu d’adolescents se soucient de problèmes liés à leurs nationalités. Une petite leçon de vie à retenir pour sûr. Bernard le dira « Ces enfants, qui appellent très jeune, ils font preuves d’une maturité exceptionnelle, même après des années ici je suis toujours bluffé ».

Bernard décroche de nouveau le téléphone.

À l’autre bout, une femme, inquiète pour sa mère : « Ma maman, elle est venue en touriste, je veux lui faire ses papiers ». Bernard comprend vite, elle souhaite mettre sa mère en situation régulière. Cette femme algérienne de 70 ans est entrée en France avec un visa touriste il y a six mois. Or, un visa touriste n’est normalement valable que 90 jours. Sa technique, le faire renouveler tous les deux mois. « Une situation inconfortable qu’il est préférable d’éviter » selon Bernard. « Mettons les choses au point, il vous faut un titre de séjour et non pas un visa touriste » explique-t-il. Pour l’obtenir, elle doit se rendre au consulat de France en Algérie. Une fois obtenue, elle devra revenir tous les ans au consulat pour faire renouveler ce titre de séjour.

Il est important de noter que le titre de séjour visiteur qu’il va lui être délivré n’offre pas le droit au travail. Pour cette dame de 70 ans, ce n’est pas un problème, mais la même situation pour une personne plus jeune peut s’avérer problématique.
Finalement, la situation semble plus claire. Reste pourtant un problème et pas des moindres. En 2020, il y a la Covid-19 et les déplacements entre pays, ce n’est pas facile. Heureusement, la situation sanitaire a laissé place à certains assouplissements vis-à-vis de ce genre de situation.
Fin de l’appel.

Ce cas illustre un point récurrent des séances de phoning. Comme le confie Bernard : « Le plus dur c’est de leur faire comprendre comment fonctionne la machine, qu’ils fassent la différence entre visa et titre de séjour, ainsi qu’entre toutes les lois et démarches à faire ». La. Barrière de la langue n’arrange pas le tout. Pour un seul cas, l’appel peut durer près d’une heure ne serait-ce que pour la simple compréhension de termes « basique ». « C’est un travail de patiente, mais lorsque qu’on devient bénévole, on sait à quoi s’attendre, on est prêt et ça nous plaît. »

« Je suis Togolais, j’ai obtenu un diplôme, un master 1 au Togo. Depuis 2007 je suis en France, et je me servais de mon contrat d’études pour résider, même si je faisais des petits boulots. Mon contrat, il expire en 2021 et je viens faire un changement de statut entre étudiant et salarié. Comment je fois faire ? » Son diplôme est Togolais, et il n’a pas fini ses études, il va donc devoir se rendre sur le site de la Haute-Garonne et demander une demande exceptionnelle de séjour. En revanche pour changer de statut, cela risque d’être plus compliqué.

Ne pouvant changer de statut et avec un contrat d’études qui arrive à terme, sa situation irrégulière arrive à grands pas. Comme le lui conseille Bernard, la promesse d’embauche peut être utile dans l’obtention du titre de séjour ainsi que du changement de statut.
Fin de l’appel.

Avec ce type de cas, on remarque la différence dans l’obtention des diplômes selon les pays. En France, son diplôme du Togo ne vaut rien. Cela aurait pu être différent s’il était allé au bout de ses études, un master 2. Avec cela, il aurait pu potentiellement prétendre au changement de statut en France. Or là, la situation s’annonce plus complexe et ses années d’études passées ne lui ouvriront aucune porte en France.

(N.B. : comme le souhaite la Cimade, les personnes concernées doivent rester anonymes lors de la diffusion du webdocumentaire.)

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