Les Vieux Métiers de Saint-Bertrand

SAINT-BERTRAND-DE-COMMINGES

le village des anciens métiers

En cette saison hivernale, un brouillard épais entoure le village de Saint-Bertrand de Comminges. La pluie s’est elle aussi installée dans les hauteurs. L’air de la montagne est omniprésent dans ce village de pierre divisé en deux. La Ville Haute et le village du bas. En haut, les commerces entourent la Cathédrale Sainte-Marie, déclaré grand site Occitanie. Tandis que dans celui d’en bas, on retrouve la plupart des habitations, les ruines romaines, mais également, les sabots d’Isa.

Le terme de vieux métiers n’est pas adapté, c’est passéiste alors qu’ils sont relativement moderne. C‘est plus des métiers d’artisanat avec leur savoir faire du passé, de nos ancêtres, ils font des objets d’aujourd’hui.

Marie-Claire Uchan

Maire de Saint-Bertrand-de-Comminges

Un métier d'artisanat remis au goût du jour

 

Entre les nombreuses habitations du bas, on peut découvrir une petite boutique. Sur la façade en pierre, des écritures en fer forgé annonce l’endroit où on se trouve. Les sabots d’Isa. Une fois la porte en bois franchie, une odeur de cuivre arrive dans nos narines. Et des couleurs vives attirent le regard dans le fond de la boutique. “J’ai rencontré le fils du sabotier il y a une vingtaine d’année. 

Ça a été le coup de foudre. Après le mariage, je me suis mise à apprendre le métier de ses parents”, explique Isabelle Segonzac-Estrade. C’est ainsi que tout a commencé. Installée depuis 2005 à Saint-Bertrand de Comminges, Isabelle a choisi de se lancer dans le métier de sabotière.

Aujourd’hui, elle ne crée plus de sabots traditionnels, mais des sabots de prêt à porter. “On appelle ça sabots, parce que c’est toujours la semelle de bois et qu’il n’y a pas vraiment dans le vocabulaire français de termes adéquat, il faudrait en inventer un”, dit-elle dans un rire.

Ce métier est passionnant et exaspérant parfois. Mais ça reste passionnant. 

Isabelle Segonzac-Estrade

Sabotière

Entre 3 heures et une journée, c’est le temps que met Isabelle pour créer ses modèles uniques. A la demande ou simple fruit de son imagination, ces sabots attirent. “Lorsque je dois aller à un mariage, je demande toujours à Isabelle de me créer un modèle qui sera assorti à ma robe” a déclaré Marie-Claire Uchan.

sabotiers et sabotières sont immatriculées au Registre du Commerces et des Sociétés en France d’après Infogreffe

En longeant la route principale, ou en traversant un sentier rempli de feuilles mortes menant à des escaliers, nous pouvons atteindre des commerces plus médiévaux et anciens. Pour entrer dans le Haut du village, il faut passer par des arcs de cercle en pierre témoins de l’histoire de Saint-Bertrand. Dans des ruelles étroites et escarpées de nombreuses échoppes et des artisans d’art ont élu domicile depuis plusieurs années. C’est dans l’une d’elles que Patrice Ghione a installé sa forge.  

Une passion qui traverse les époques

Une vieille maison en pierre, qui paraît normal de l’extérieur, attire le regard avec sa sculpture ancienne. Une fois à l’intérieur cette bâtisse révèle des armes en métal dispersé un peu partout dans la boutique. Épées, hallebardes, hâches ou encore couteaux. Et c’est en un jour et demi, que Patrice fabrique une épée.

Ces épées sont sécuritaire, car la lame se casse au niveau de la garde. Elles ont également un son magique. C’est pour ça qu’on commande nos armes auprès de Patrice

Intermittent du spectacle

Dans un autre coin, l’atelier est également accessible. Vieux marteau pilon de 1920, enclume de 1922, soufflet et bien d’autres matériels anciens sont présents. C’est grâce à son apprentissage avec d’anciens forgerons et à leurs outils, qu’il a décidé de rester avec ce matériel-là. Et avec sa retraite qui approche, il ne se voit pas investir dans un nouvel équipement moderne.

D’abord à Muret, il a choisi de déménager à Saint-Bertrand de Comminges il y a 10 ans. Néanmoins, son métier de forgeron n’est qu’une passion et pas son réel métier, car il est conseiller municipal. “Aujourd’hui on ne voit pas dans la rue des personnes se balader avec une épée, donc automatiquement on vend uniquement à des intermittents du spectacle, qui sont un petit nombre en France, donc je ne peux pas en vivre à cause de ça.”

Le métier de forgeron, c’est un métier qui est très passionnant pour une cause bien précise. Car avec un morceau de métal, qu’on peut trouver à la poubelle ou n’importe, où on peut arriver à faire une belle pièce qui peut servir soit pour la construction d’une charpente de maison, comme un clou forgé par exemple ou faire une brochette pour faire cuire la viande. Avec un simple morceau de métal, de n’importe quel type de métal, avec un peu d’idée, on arrivera toujours à faire une belle pièce c’est l’avantage.

Patrice Ghione

Forgeron

entreprises de forgeron sont immatriculées au Registre du Commerce et des Sociétés en France d’après Infogreffe

Le tourisme est important mais pas totalement

Aujourd’hui, l’ère du numérique tue petit à petit le métier de forgeron. Pourtant, ce métier n’est pas seulement de retour avec les médiévales de Saint-Bertrand ou avec d’autres manifestations culturelles. Lors de la sortie d’Avengers Infinity War, on redécouvre ce métier avec Eitri, joué par Peter Dinklage quand celui-ci fabrique à nouveau le marteau du célèbre dieu du tonnerre. Il est également présent dans d’autres films et séries.

Patrice Ghione lui, fait des démonstrations bien réelles le dimanche dans la ville de Saint-Bertrand. Un moyen simple et efficace de montrer aux touristes que le métier de forgeron est encore en vie à l’heure d’aujourd’hui. Ce qui est pratique en sachant que le village se trouve sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. “Les touristes quand ils passent sont passionnés par les vieux métiers. C’est pour ça que j’ai fait cette forge ici à Saint-Bertrand, parce que nous avons à peu près 20 000 visiteurs par an et par saison”, explique Patrice.

Contrairement aux sabots d’Isabelle qui n’a pas besoin du tourisme pour survivre. “Avoir la boutique à Saint-Bertrand, pourrais me permettre d’être tributaire du tourisme mais en même temps je travaille beaucoup par internet depuis plusieurs années. Donc c’est vrai que pour moi l’influence du tourisme est moins importante pour mon activité que pour certains autres magasins du village”, déclare-t-elle.

Justement, de nombreux commerces de vieux métiers se trouvent également à Saint-Bertrand dans le Haut village autour de la Cathédrale.

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Anne-Lyne Cabarrou