L'implantation de la culture latino-américaine à Toulouse

TOULOUSE, VILLE LATINO ?

Si la question peut à première vue sembler étrange, la réalité montre pourtant une réelle implantation de la culture latino dans la ville rose… Depuis les années 70 une importante communauté latino-américaine s’est installée en Occitanie, et particulièrement à Toulouse. C’est à cette époque que beaucoup de dictatures, comme celle de Pinochet au Chili ou de Videla en Argentine ont éclaté. Les migrations sont donc nombreuses, notamment en France. Aujourd’hui, Toulouse compte une forte communauté de latino-américains, et les nombreux évènements organisés, les festivals, soirées à thèmes, bars ou encore restaurants font de Toulouse un lieu propice au développement de cette culture d’un autre continent. Toutes les données sont donc ici réunies pour qu’un latino-américain se sente ici presque comme chez lui, ou qu’un français puisse voyager sur la terre des incas sans pour autant quitter sa ville.

Une culture est un mélange entre de nombreux facteurs qui définissent un groupe de personnes. À Toulouse, de nombreux évènements ou associations latino-américaines ont vus le jour afin de promouvoir une culture grâce au partage de l’art. Pourquoi Toulouse et pas une autre ville ? Tout d’abord parce que Toulouse est une ville proche de l’Espagne. Elle est historiquement proche de la culture espagnole, notamment avec l’occitan. Ici, dans l’hyper-centre tout le monde se connaît, on peut même évoluer facilement dans la ville sans parler français, et seulement grâce à l’espagnol.

GUAYABO COLECTIVO, promoteur de l’art latino-américain

Depuis novembre 2013, Guayabo Colectivo transmet les valeurs de l’art latino-américain dans la ville rose. Cette association artistique permet à l’art urbain, la musique, les projets audiovisuels, la littérature, la danse, les sculptures ou encore les percussions traditionnelles colombiennes d’évoluer à Toulouse. Daniel Virgüez, l’un des fondateurs explique que la transmission et la fusion culturelle entre l’Amérique Latine et l’Europe est très forte et évolue de plus en plus. Son but est de préserver l’écologie, les savoirs ancestraux ou encore les revendications des peuples natifs d’Amérique Latine.

El Guayabo es un árbol, sus raíces están en Latinoamérica pero sus ramas en Toulouse                                   Le Guayabo (goyavier) est un arbre, ses racines sont en Amérique Latine mais ses branches à Toulouse

Daniel Virgüez - Fondateur de Guayabo Colectivo

Des branches, le Guayabo Colectivo en a beaucoup, aider les jeunes artistes latino-américains et français en est une, accompagner les producteurs en organisant des dégustations mi-françaises, mi-latino en est une autre. Mais son projet le plus important, c’est le festival Latino-Graff. Organisé avec le Cisar’t et la Galerie Zunzun, il a vu le jour en 2016. Il permet de promouvoir le street-art latino-américain dans la ville rose, en invitant des experts de l’art urbain venus de toute l’Amérique Latine. Il est d’ailleurs possible de voir certaines de ses œuvres un peu partout dans Toulouse : Au pont de Bonnefoy / près d’Arènes / près de l’école Jean Macé / du côté d’Arnaud Bernard…

De nombreux festivals latinos à Toulouse

Tout au long de l’année, de nombreux événements latinos sont organisés dans la ville rose. Documentaires, concerts, et évènements culturels sont à retrouver au cours de quatre festivals, plus ou moins récents et plus ou moins connus. Tous permettent pourtant de découvrir la culture d’Amérique Latine. Cependant, les festivals ne sont pas le seul moyen de s’immerger dans une autre culture. On la découvre également dans la gastronomie, la musique et la danse, dans les différents bars et restaurants de la ville rose.

UNE GASTRONOMIE TYPIQUE

À Toulouse, de nombreux restaurants et bars ouvrent chaque année leurs portes. Et ceux sur le thème de l’Amérique Latine sont de plus en plus nombreux. Il y en aurait une vingtaine implantés dans le centre de la ville rose. Ces enseignes permettent de redécouvrir la culture latino-américaine au travers de mets et boissons typiques, mais aussi d’une ambiance particulière et propre à l’Amérique Latine. Ici, les commerçants travaillent main dans la main. La rivalité existe mais l’entraide reste très présente afin de préserver cette culture.

Empanadas, Nachos ou encore Lomo Saltado, ces spécialités latino-américaines sont plus savoureuses les unes que les autres. Elles font partie intégrante de la culture et les français les apprécient aussi. Hermes Villamil est le gérant du restaurant Parcero, situé non loin du Capitole. Ce colombien qui a déjà travaillé dans de nombreuses enseignes à choisi d’ouvrir son propre restaurant dans la ville rose. Près de 40% des clients restent des latino-américains vivant dans le sud de la France, et souhaitant retrouver un peu la cuisine traditionnelle de leurs pays. Mais le reste de la clientèle est essentiellement toulousaine. Le partage de la culture latino-américaine est donc réussi.Les plats les plus typiques de chaque pays sont proposés à la carte.

Des dégustations gratuites sont également organisées, et notamment en association avec des français. Le restaurant Parcero a par exemple accueillis une dégustation. Des mets à base de piments français étaient proposés à la dégustation, accompagnés d’empanas y d’arepas. Un bon moyen de fusionner deux cultures grâce à la gastronomie.

Pourtant, cette gastronomie latino-américaine ne se résume pas seulement à la nourriture. Les « tragos » (boissons alcoolisées) les plus populaires d’Amérique Latine se trouvent également à Toulouse. Les bars sont nombreux, et l’un des derniers à avoir ouvert s’appelle El Circo. Ce bar accueillant également une piste de danse et des concerts permet une véritable immersion dans la culture latino. Le gérant, Jordi Yera vient de Barcelone mais est plongé dans cette culture d’un autre continent depuis toujours. Il explique « Ici vous pouvez trouver les cocktails les plus populaires : le Pisco Sour (du Chili et du Pérou), le Fernet-Coca (apprécié par les Argentins), les Mojitos (originaires de Cuba), la Caipirinha (typique du Brésil) mais aussi une sangria maison. ». De nombreuses soirées sont organisées toutes les semaines, afin de s’immerger encore davantage dans cette culture.

Barriga llena, corazón contento / Quand le ventre est plein, le cœur est heureux

Dicton populaire Colombien

LA MUSIQUE AU CŒUR DU CADRE LATINO-AMÉRICAIN

Murs peints de toutes les couleurs, drapeaux des différents pays, cadres avec paysages et cartes du continent, meubles sobres et très simples. Tous ces éléments permettent de se fondre dans le décor et se croire dans les rues souvent colorées de l’Amérique Latine. Pourtant, si la décoration est un élément important à l’implantation de la culture latino, la musique l’est encore plus. Ici, dans les différents bars ou restaurants vous n’écouterez pas de musiques françaises ou encore d’artistes américains. Salsa, Cumbia, Reggaeton, Merengue ou encore Bachata sont ici diffusées. Une immersion qui passe donc par l’utilisation de la langue espagnole, du rythme des percussions et avec des artistes atypiques et inconnus de la plupart des français. La musique n’est donc pas utilisée seulement pour danser, mais plutôt pour créer une véritable ambiance latino.

La danse, une forme d’expression culturelle

En complément de la musique, la danse est une véritable religion en Amérique Latine.  Quelques enseignes pour apprendre des danses typiques ont vues le jour dans la ville rose, et proposent par exemple des cours de Salsa, Reggaeton, Kizomba, Samba, Tango… Ces cours rencontrent beaucoup de succès et plaisent autant aux français qu’aux latino-américains. Les bars latino-américains proposent donc souvent des évènements comme des démonstrations ou cours de danses gratuits. Beaucoup viennent donc passer un moment là-bas, se retrouvent pour parler, boire un verre mais aussi donc pour s’initier à la Salsa par exemple.

Même si Toulouse reste une ville française, avec une forte culture occidentale, elle attire de nombreuses cultures et reçoit par exemple une influence latino-américaine, qui se traduit par son histoire, ses émigrations dans les années 70, mais aussi sa forte proximité avec l’Espagne et son influence occitane. Aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre parler espagnol dans la ville rose ; comme il n’est pas rare de croiser des restaurants, des bars latinos ou de se retrouver au cœur d’une soirée ou d’un cours de salsa. Des évènements toujours plus nombreux permettent d’ailleurs une réelle immersion dans cette culture venue de l’autre bout du monde.

Coraline Mercier