« La rue, c’est pas tout rose »

 

L’hiver approche, les températures baissent et le froid se fait dur à supporter. Les maraudes du secours populaire se multiplient, les soupes chaudes réchauffent les corps mais pas les cœurs. Car malgré tout, dans la rue, le froid n’est pas l’ennemi numéro 1 des personnes sans-abri. La violence est la principale cause de décès, et Manon le sait.

« Les gens perdent totalement leurs sens »

Le monde de la rue est un univers à part. Un univers où il faut se faire sa place pour résister. Se retrouver à vivre dehors, du jour au lendemain, est déjà la pire des violences. Pourtant, les sans-abri ne sont pas tous solidaires entre eux et une véritable « guerre des clans » se déroule dans les rues.  Manon nous raconte : « Il faut montrer qu’on a une grande gueule, il faut des fois taper, s’en prendre au plus fort d’une bande pour pouvoir s’en sortir. Sinon tu te fais bouffer. »

Pour certains, ces circonstances sont bien trop difficiles à supporter et se réconfortent dans l’alcool, la drogue… À seulement 19 ans, Manon a déjà les idées bien en place. La jeune fille ne veut pas tomber dans ces pièges-là : « le principal c’est de ne pas tomber dans la drogue ou dans l’alcool sinon t’es foutu. La drogue tu vois la vie en rose comme on dit, mais ce n’est qu’une illusion. Avec L’alcool t’as l’impression de te réchauffer en hiver, mais ce n’est pas le cas, tu gèles et c’est comme ça. »

La première des violences, c’est la rue

Manon, Lulu ou Rousse, toutes relativisent quand on leur parle de la violence liée aux sans-abri. Cependant, pas question de s’attaquer à leurs animaux de compagnie :

Manon nous raconte : « Mon chien a été volé dans une école de police, puis a du participer à des combats de chiens, puis vendu sur le bon coin. Le chien c’est un compagnon, il nous aide pour la garde, mon border collie et mon beauceron nous le rendent bien, et les chats sont là simplement pour la compagnie. Mais malheureusement quand t’es à la rue tes animaux tu les gardes pas longtemps, soit ils meurent à cause du froid soit des connards nous les volent. En été tu ne peux plus lâcher ton chien d’une semelle. Beaucoup de mes animaux n’ont toujours pas été retrouvés. »

 

Cacher sa féminité

"Ne pas être trop pimpante"

par Association Camion-Douche

On ne les voit pas. Celles que l’on appelle « les invisibles de la rue » ne font pas de bruit et il est difficile de les apercevoir au détour des ruelles. Pourtant, les femmes sont bien présentes mais savent qu’elles doivent se faire discrètes pour se protéger.  Être féminine n’est pas un atout dans la rue. Moins tu l’es, plus tu es en sécurité. Se cacher pour éviter les agressions. Camoufler son corps de femme pour ne pas devenir l’objet de mauvaises intentions : c’est leur quotidien. Les associations le savent et peinent à leur venir en aide…

« Il faut montrer qu’on a une grande gueule, il faut des fois taper, s’en prendre au plus fort d’une bande pour pouvoir s’en sortir. Sinon tu te fais bouffer. »

« On t’a jamais appris à dire bonjour connard ? »

« Même dans les associations, il y a des conflits, ils s’entendent pas entre eux. »

Manon, 19 ans

Dans la rue depuis maintenant 2 ans