Garder le lien

 

Ce sont ceux, et surtout celles, qu’on ne voit plus. Battant le pavé, les passants, souvent, ne baissent même plus les yeux sur les sans-abri, peu importe la détresse dans laquelle ils se trouvent. Conséquences directes : le repli sur soi, le sentiment de rejet et d’abandon face à un sort que la plupart n’ont pas souhaité. Pourtant, quelques irréductibles nagent encore à contre-courant en apportant un peu d’aide où on ne l’attend plus, comme un beau pied de nez à une société toujours plus individualiste. Bénévoles et associations entretiennent le mince lien entre les femmes sans-abri et l’extérieur.

Bénévoles & sans-abri, un combat commun

Vendredi 13 octobre, 19 heures. L‘association Coud’Pousse et sa dizaine de bénévoles en gilets fluo se préparent à débuter une maraude dans les rues toulousaines.

Salades de pâtes, fruits secs, cafés, sourires et bonne humeur, outils essentiels pour aller à la rencontre des sans-abri, tout est soigneusement organisé, les rues quadrillées par plusieurs petits groupes . Ce soir-là, beaucoup d’hommes rencontrés, mais aucune femme à l’horizon. Violaine, membre du bureau de Coud’Pousse, confie en croiser très peu « Ce sont surtout des mères de famille, ou des personnes en couples. Les femmes seules la nuit, c’est rarissime. »

Donner un sourire, de son temps pour les autres. Les bénévoles des associations des Restos du Cœur, du Secours Catholique ou Populaire luttent pour améliorer le quotidien des habitants de la rue, en apportant repas, discussions, réconfort. Certaines petites associations tissent aussi un lien privilégié au travers d’autres besoins. Au Camion Douche, qui propose des douches mobiles aux sans-abri, l’ambiance se veut plus détendue. « Il y a quand même des gens ici qu’on voit de manière récurrente, on les connaît par leurs prénoms. Je pense qu’ils apprécient le côté humain de la chose, ce n’est pas juste « une douche et dégagez dans cinq minutes » confie Florence, bénévole depuis 2 ans.

Et même si les bénévoles ne pressent pas leurs visiteurs, la douche ne dure jamais trop longtemps. Un empressement pour ne pas laisser seul dans la pénombre leurs fidèles compagnons à quatre pattes.

« Nos chiens sont comme nos enfants »

Le chien reste aussi le meilleur ami de l’Homme, même pour ceux qui n’ont plus de toit. La plupart des femmes sans-abri en possèdent un. Les chiens sont de tous les déplacements, eux-aussi en permanence sur le qui-vive face aux difficultés de la rue. Mais au-delà de la protection qu’il apporte, une relation de tendresse finit toujours par se nouer, jusqu’à faire passer les besoins des animaux avant celui de sa propriétaire : « Quand on mendie c’est surtout pour trouver à manger à nos chiens. Nous on a à manger parce qu’on fait les poubelles, on va à la fermeture des magasins. Eux, c’est toute notre vie » explique Rousse et Lulu.

Manon, Lulu et Rousse partagent la même complicité avec leurs animaux, mais toutes s’accordent aussi sur les petites galères du quotidien liées au chien : « On ne peut pas prendre les chiens dans les transports, Tisséo nous l’interdit, ça nous fait rater tous nos rendez-vous » enrage Manon. Pour Lulu et Rousse, le plus cruel pour leurs compagnons à quatre pattes reste le froid, et surtout les vols.

La vie des sans-abri est souvent faite de rivalités, certes, mais elle peut aussi être rythmée de rencontres bienveillantes. « Tous les jours on rencontre des gens exceptionnels, qu’on aurait pas rencontré sans être confronté à la rue, raconte Rousse. C’est l’un des bons côtés de cette vie. Comme on n’est pas enfermé dans une routine, on voit de nouveaux visages, on tisse des liens, et on a parfois de belles visites. »

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