Rencontre avec un professeur de cinéma

The Exorcist, un mythe qui trompe la réalité

Culte. C’est le mot idoine pour qualifier The Exorcist, le film de William Friedkin. Tête qui tourne à 360°, insultes blasphématoires… Vous avez forcément vu l’une de ces scènes, tant elles sont mythiques. C’est en partie à cause de ces images effrayantes datant de 1973 que l’exorcisme souffre, aujourd’hui, d’une image biaisée. Le grand public s’est fait son idée du rituel. Entre fantasmes et réalité, Vincent Souladié, professeur d’histoire et d’esthétique du cinéma à l’université Jean Jaurès de Toulouse donne son expertise sur l’impact du long métrage dans la réalité.

« Dans L’Exorciste de Friedkin, on prend la religion comme source de mythe destiné à faire peur au public. Ce qui n’existe pas de façon aussi forte dans les décennies qui précèdent », indique Vincent Souladié. Pour l’époque, c’est assez novateur. Quand le cinéma du XXe siècle effrayait les spectateurs à coup de monstres ou de vampires comme Frankestein et Dracula, William Friedkin fait le pari de bouleverser la foule à travers la religion chrétienne.

Un succès populaire malgré une réception « froide » de l’Église

 

« Le film est un succès phénoménal. C’était équivalent à un blockbuster d’aujourd’hui. Alors qu’à l’époque, les films fantastiques n’avaient pas énormément de succès », explique celui qui enseigne un cours spécifiquement dédié à ce film. Le long-métrage devient un véritable succès populaire grâce, notamment, à sa promotion titanesque. Les religieux catholiques n’y goûteront que très peu, comme le rappelle Vincent Souladié : « Certaines ligues religieuses essaieront de faire interdire le film. Il sera retiré de l’exploitation dans certaines salles ». Certaines scènes peuvent en effet choquer cette frange de la population. Le personnage de Regan exécute, notamment, des gestes obscènes avec un crucifix. De plus, dans le film, la pratique de l’exorcisme n’est absolument pas semblable à la réalité. « Friedkin fait un grand amalgame de figures horrifiques du cinéma. Il pioche dans plusieurs recettes pour imaginer ce que pourrait être un exorcisme à l’écran ».

Malgré ces quelques oppositions, le film sera un véritable un succès. Encore mythique, plus de quarante ans après. L’exorcisme, une pratique qui fait fantasmer les cinéastes ? « Le succès du film L’Exorciste de William Friedkin a lancé une nouvelle vague », estime le professeur. Entre Le Rite, Délivre-nous du mal ou encore L’Exorcisme d’Emily Rose, la liste des films impliquant le rituel religieux est encore longue. Existe-t-il une obsession, un fantasme à propos de l’exorcisme ? « Sans doute », répond l’homme. Il va plus loin : « Les réalisateurs et le public fantasment beaucoup plus sur la possibilité d’avoir une preuve de l’existence du diable et par voie de conséquence, de l’existence de Dieu. Ce qui fait aussi fantasmer, c’est la manifestation démoniaque dans un corps innocent, comme dans le film de Friedkin ».  

Et près d’un demi-siècle plus tard, le film de William Friedkin et la figure de l’exorciste font toujours autant frissonner.

« Friedkin fait un grand amalgame de figures horrifiques du cinéma. Il pioche dans plusieurs recettes pour imaginer ce que pourrait être un exorcisme à l’écran. »

Existe-t-il un film sur l’exorcisme qui s’inspire d’une histoire réelle ?