À Toulouse, deuxième ville étudiante de France, la précarité ne touche pas uniquement les bénéficiaires d’une bourse. De nombreux étudiants, dont les revenus dépassent légèrement les plafonds d’attribution, peinent à joindre les deux bouts. Face à la hausse du coût de la vie, les dispositifs solidaires se multiplient depuis la crise du Covid-19

Crous Saint Sernin ©Eleane Clou
La Ville rose compte 123 000 étudiants. Parmi eux, 32 % perçoivent une bourse du CROUS. Pourtant, selon Julien Regimbeau, président de l’UNEF Toulouse( Union nationale des étudiants de France), environ 24 000 vivent sous le seuil de pauvreté.
Dans certaines épiceries solidaires comme à Toulouse, jusqu’à 70 % des bénéficiaires ne sont pas boursiers d’après la FAGE (Fédération des Associations Générales Etudiantes).
Valentine, 22 ans, étudiante en école de commerce, fait partie de cette catégorie. « Je ne suis pas boursière. Avec mon prêt étudiant, je paie mon loyer et mon école. Mes parents me donnent 70 euros par mois pour vivre. Je fais attention à tout. » raconte-elle en récupérant un panier de fruits et légumes chez Linkee.
Ces étudiants forment ce que les associations appellent la “zone grise” :
- revenus légèrement au-dessus des plafonds
- aucune bourse
- aides limitées à la CAF ou à des dispositifs ponctuels
- précarité malgré un emploi ou un prêt étudiant
Ils ne sont pas officiellement considérés comme prioritaires, mais fréquentent massivement les structures d’aide. « beaucoup restent à la limite : ni assez « pauvres » pour toucher une bourse, ni suffisamment aisés pour s’en sortir. Il faudrait limiter l’effet des seuils et créer plus de paliers. » stéréotype Leonie Chouat Présidente de l’association Générale étudiante Midi Pyrénées.
« 48 % ont déjà renoncé à se nourrir correctement«
La précarité se voit d’abord dans l’assiette. Selon la FAGE, 20 % des étudiants déclarent sauter jusqu’à quatre repas par semaine pour des raisons financières. L’Union étudiante indique que 48 % ont déjà renoncé à se nourrir correctement.
« Entre des tomates bio locales à 5 euros et celles à 0,99 euros du Maroc, la question ne se pose pas », explique Valentine. Marley, 19 ans, confirme « Je vais au moins cher. Je sais qu’il y a plus de sucre, plus de sel, mais je n’ai pas le choix.»
À Toulouse, plusieurs structures répondent à cette urgence :
- Le Rayon 31 : paniers à prix réduits
- Linkee : colis issus d’invendus alimentaires
- Cop1 : aide alimentaire et accompagnement vers les droits, le sport et la culture
- 1 Cabas pour 1 Étudiant : parrainage citoyen individuel
Ces dispositifs, initialement pensés comme complémentaires, deviennent pour certains un soutien régulier.

Quand les aides publiques ne suffisent pas
Le CROUS reste l’acteur central qui lutte contre précarité étudiante : gestion des bourses, logements universitaires, repas à 1 euro ( bientôt pour tous en mai ). À Toulouse, une chambre en résidence universitaire démarre autour de 217 euros hors aides, d’après le Crous.
Mais les critères excluent une partie des étudiants.
« On demande une revalorisation des bourses, qui n’a pas eu lieu depuis 2023 », souligne Julien Regimbeau.
Même pour les bénéficiaires, des retards de versement ont fragilisé des situations déjà précaires.« En septembre il y a eu des retards j’ai reçu ma bourse en octobre au lieu de fin août, sans la bourse, une fois le loyer payé, il ne me restait rien. » témoigne Léo, 20 ans, en licence de droit
Les étudiants de la zone grise, eux, n’ont aucun filet.
« J’ai choisi l’alternance pour pouvoir payer mon loyer«
L’électricité, l’essence et les loyers augmentent. Selon une enquête de la AGEMP, 20 % des étudiants disposent de moins de 100 euros pour vivre après avoir payé leur loyer.
« On a empilé les couettes. C’était trop cher », raconte Clara, 20 ans.
Pour ces étudiants exclus des bourses, la difficulté financière influence directement leurs parcours. Jean, 18 ans, a opté pour l’alternance « J’ai choisi l’alternance pour pouvoir payer mon loyer. J’aurais préféré rester en formation classique. » « Il y a aussi la précarité numérique. Aujourd’hui, un étudiant sans téléphone ou ordinateur ne peut pas suivre ses cours correctement. » explique Leonie Présidente de la AGEMP
Quant à l’accès au sport, à la culture, elle devient secondaire face aux contraintes économiques.
source Linkee
Les dispositifs solidaires se développent à Toulouse. Mais leur fréquentation paradoxalement à ce que l’on pourrait penser, rassemble des étudiants qui ne sont pas reconnus comme précaires par les critères administratifs. Aujourd’hui cet enjeu est sur toute les lèvres des candidats au municipale. « C’est clairement un point important dans les campagnes des candidats, Être étudiant ne doit pas rimer avec survie. Il faut accompagner la jeunesse, c’est un enjeu d’égalité des chances et de sortie des classes sociales. » conclut la présidente de la GAE.
Pour aller plus loin : rapport Linkee : Avoir 20 ans état de la précarité étudiante

