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L’alcool à Toulouse : culture festive ou problème de santé banalisé

Photo prise 19/02/2025 / @Lucile Leon

En Occitanie, 11 % des adultes consomment de l’alcool tous les jours, contre 8 % au niveau national. À Toulouse, cette consommation s’inscrit dans une culture festive assumée, Si elle n’est pas un problème en soi, elle peut rapidement devenir un facteur de risque, notamment lorsqu’elle est excessive, régulière et banalisé

Avec plus de 300 bars répartis dans la ville, l’alcool devient rapidement un élément central dans la vie sociale. Toulouse compte plus de 100 000 étudiants, les excès peuvent être fréquents mais l’objectif n’est pas de diaboliser la consommation, mais de mieux la comprendre avant de parler de dérive.

Pour une Dr addictologue ayant souhaité garder l’anonymat, la consommation d’alcool s’inscrit dans une réalité sociale globale. « C’est un problème qui existe dans toute la société. On ne va pas empêcher les gens de faire la fête. La question, c’est comment bien faire la fête. » Elle souligne qu’une légère baisse de la consommation d’alcool a été observée récemment à Toulouse, notamment chez certains jeunes plus sensibilisés aux risques. Mais cette évolution reste relative. «Cette baisse ne veut pas dire que les risques disparaissent. D’autres substances prennent aussi de la place, et elles sont tout aussi préoccupantes. »

Luna constate que l’alcool reste central, mais qu’il s’inscrit désormais dans un contexte plus large de consommation de substances. « L’enjeu aujourd’hui, c’est la prévention et l’accompagnement », résume-t-elle.

Une banalisation ancrée dans la culture 

@Lucile Leon

Dans la région, 15% des accidents de la route impliquent de l’alcool, et 25% des accidents mortels sont liés à l’alcool.

“15 ou 20 verres”

Pour Steffen, étudiant, l’alcool est indissociable de cette sociabilité. « À Toulouse, c’est une ville étudiante, donc c’est logique de sortir tous les week-ends. Personnellement, je bois chaque week-end, pas forcément pour être ivre, mais c’est toujours présent. » Il reconnaît toutefois certains excès. « Il m’est arrivé de faire plusieurs black-out. En soirée, ça peut monter jusqu’à 15 ou 20 verres. »

La culture locale joue aussi un rôle. Le rugby, véritable institution incarnée notamment par le Stade Toulousain, entretient la tradition de la « troisième mi-temps qui est importante aussi» selon Steffen. 

Dans les bars du centre-ville, cette culture festive se traduit par des volumes importants. Près de la Place Jean-Jaurès, Loïc, barman, observe cette réalité chaque semaine. « À partir du jeudi, on peut vendre jusqu’à 100 litres de bière par soir. Dans le sud, la consommation est forte. »

Mais il évoque aussi l’envers du décor. « À force de boire avec les clients, j’ai commencé à consommer plus, puis le soir seul. C’est là que j’ai réalisé que ça pouvait devenir un problème. »

Dans les boîtes de nuit, les chiffres sont tout aussi parlants. Lilian, barman à l’UrbanLab, explique : « On peut vendre jusqu’à 200 bouteilles d’alcool fort en une soirée. Et les gens ont souvent déjà bu avant d’arriver. »

@Lucile Leon

Des conséquences bien réelles

Pour Éric, ancien ambulancier urgentistes, les effets de cette consommation sont visibles sur le terrain. « Pendant plusieurs années, entre 30 et 40 % des interventions concernaient des situations liées à l’alcool : accidents, comas éthyliques, coups et blessures… »

À Toulouse, comme ailleurs en France, l’alcool reste profondément lié à la vie sociale. Mais cette normalisation peut aussi masquer ses risques.

Si certains indicateurs montrent une légère évolution des comportements, la consommation reste élevée, et les professionnels alertent sur l’émergence d’autres substances tout aussi préoccupantes.