Entre 4 800 et 6 000 personnes vivent sans domicile fixe à Toulouse. Face à la saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence et au manque de places, associations et collectivités tentent de répondre à une crise qui ne cesse de s’aggraver. Entre réalité du terrain et insuffisance des moyens, la Ville rose peine à endiguer la montée de l’exclusion.
Les derniers recensements font état d’une situation préoccupante. D’après les associations et la mairie de Toulouse, entre 4 800 et 5 400 personnes seraient en situation d’hébergement précaire dans la métropole, selon le recensement de 2023. Le nombre pourrait même dépasser les 6 000, estime Francis Bornet des Restos du cœur.
Répartition des personnes sans-abri à Toulouse
Saturation des dispositifs d’urgence
Le 115, numéro d’urgence pour l’hébergement, croule sous les demandes. Selon les remontées de janvier 2024, près de 1 500 personnes ont contacté le 115 sans obtenir de place, malgré les températures négatives.
« La ville fait face à une crise exponentielle. Les critères de prise en charge sont sélectifs : une famille avec un enfant de trois ans n’est plus prioritaire », dénonce Thomas Couderette à la DDM.
La préfecture a activé le dispositif hivernal début janvier, mais pour les associations, ces mesures restent insuffisantes face à une crise permanente.
Associations en première ligne
Pour pallier l’insuffisance des dispositifs publics, les associations multiplient les initiatives. Le Secours Catholique organise des maraudes quatre soirs par semaine, privilégiant l’écoute et l’accompagnement personnalisé des personnes rencontrées.
Le Secours populaire accueille 20 à 30 personnes chaque lundi matin, tandis que les Restos du cœur sont passés de 300 à 450 repas distribués quotidiennement. D’autres structures comme Main Tendue 31, la Société de Saint-Vincent-de-Paul ou Utopia 56 complètent ce maillage associatif essentiel.
La précarité touche aussi les étudiants
La grande précarité ne se limite pas aux personnes sans domicile. Au rayon 31, une autre réalité se dessine, plus silencieuse. Lyssia, étudiante toulousaine, y fait ses courses depuis un an. « Au début, je n’arrivais plus à tout payer : le loyer, les charges, la nourriture… C’est une amie qui m’a suggéré de monter un dossier pour pouvoir venir ici. »
Le concept de l’épicerie solidaire permet aux personnes éligibles d’accéder à des produits alimentaires à prix réduit, sur dossier. Pour Lyssia, l’impact est immédiat : « C’est un stress en moins dans le mois. On ne réalise pas à quel point la question des courses peut peser sur le moral. » Un soulagement partagé par un nombre croissant d’étudiants. « Il y a de plus en plus de demandes de la part d’étudiants pour pouvoir faire leurs courses ici », constate-t-elle.
Face à cet afflux, Lyssia plaide pour une multiplication des structures : « Le concept est vraiment bien. Il faudrait que d’autres épiceries de ce type ouvrent à Toulouse. » Un souhait qui fait écho aux alertes des associations sur la précarité étudiante, phénomène amplifié par la hausse des loyers et du coût de la vie dans la métropole.
Solutions durables recherchées
La métropole expérimente le Plan logement d’abord, qui vise à orienter les personnes sans domicile vers un logement durable avec un accompagnement social. Mais les résultats peinent face à l’ampleur de la crise et au manque de places pérennes.
Plusieurs structures d’accueil existent : l’Espace social du Grand-Ramier, le Centre d’Hébergement Bonnefoy, des douches et laveries solidaires. Un guide multilingue recense les lieux d’aide. Mais ces dispositifs saturés ne suffisent plus face à une précarité qui touche tous les profils : familles monoparentales, mineurs isolés, travailleurs dormant dans leur voiture.
Face à l’urgence, un rassemblement d’associations a eu lieu en janvier 2024 près du métro Compans-Caffarelli pour réclamer davantage de places d’hébergement. Alors que la Fondation Abbé Pierre estime à 300 000 le nombre de SDF en France, Toulouse concentre


