6 000 habitants de plus chaque année en moyenne, des bus bondés à toute heure. À Toulouse, la croissance démographique s’accélère, mais les transports en commun peinent à suivre le rythme.
Il est 17 heures quand Marie, 19 ans, attend son bus à Jean Jaurès pour rentrer chez elle après les cours. Après quelques minutes, le bus arrive… Mais il est déjà complet. « Et c’est comme ça tous les jours », soupire l’étudiante. Un quotidien partagé par de nombreux Toulousains. « Quand je suis vraiment pressé, je force un peu, sinon je laisserais passer beaucoup de bus », ajoute un autre usager.
La scène se répète chaque jour aux quatre coins de Toulouse. Et pour cause : la Ville rose ne cesse d’attirer de nouveaux habitants. Avec près de 6 000 personnes supplémentaires par an en moyenne, Toulouse est la commune française qui gagne le plus d’habitants en valeur absolue, selon l’Insee. Résultat : la ville compte désormais plus de 511 000 habitants, et la métropole 832 348 personnes réparties sur 37 communes.
Évolution de la population à Toulouse
Source : Insee
Officiellement, cette explosion démographique s’accompagne d’une transformation des mobilités. La métropole mise sur le vélo avec son ambitieux Réseau Express Vélo (REV) : 370 km de nouvelles pistes cyclables reliant 54 communes, ainsi que sur sa future ligne de métro.
Fréquence ou fréquentation ?
Nicole Ascencio, porte-parole de l’AUTATE – Association des usagers des transports de l’agglomération toulousaine – observe la situation avec inquiétude. Pour elle, « ce qui importe à un usager, ce n’est pas de savoir s’il y aura beaucoup de monde dans le bus quand il monte, mais combien de fois le bus passe devant son arrêt pour avoir une liberté de choix. »
L’association milite pour que l’on mesure le nombre de passages de bus plutôt que le nombre de validations, que Tisséo comptabilise actuellement, ce qui fausserait la réalité selon la porte-parole. « Si vous faites un trajet avec deux bus, vous allez compter deux validations. Il suffit donc de morceler le réseau sans le faire évoluer pour afficher davantage de fréquentation. »
Officiellement, Tisséo affiche pourtant des chiffres record : 200 millions de validations en 2024, soit une hausse de 6,7 % par rapport à 2023. Le métro concentre 110 millions de passages, les bus 69,7 millions (+8,4 %). Mais derrière ces statistiques se cache une réalité plus sombre : les Linéo 1 et 2 transportent respectivement 22 500 et 12 000 passagers par jour, des chiffres comparables à ceux attendus pour une ligne de métro. « Il suffit de morceler le réseau sans le faire évoluer, vous allez avoir plus de fréquentations », explique Nicole Ascencio. Contacté, l’opérateur n’a pas encore répondu.
Répartition des validations Tisséo en 2024 (en millions)
Source : Tisséo, bilan 2024
Un réseau sous tension
« La ligne A a été doublée en nombre de wagons », détaille Nicole Ascencio. Problème : la ligne B, elle, n’a que deux wagons alors que les quais sont prêts pour en accueillir quatre, selon elle. « Et pourtant, les deux lignes ont le même niveau de fréquentation. »
Le potentiel existe donc : acheter du matériel pour doubler la capacité des deux lignes de métro, sans besoin de nouveaux conducteurs puisque tout est automatisé. Pour les bus, en revanche, le problème est double : manque de matériel et manque de chauffeurs.
Des projets qui prennent du retard
Et les grands projets s’enlisent. La troisième ligne de métro ? Elle est désormais attendue pour fin 2028, avec trois ans de retard. Les prolongements des lignes Linéo 2, 3, 7, 9 et 13, initialement prévus entre 2022 et 2025 ? Repoussés à après 2030. Dans une métropole qui gagne des habitants chaque année, ces reports interrogent la capacité du réseau à absorber une croissance qui, elle, ne marque aucune pause.

