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Réinsertion professionnelle à Toulouse : les Tabliers Solidaires forment des femmes par la cuisine

Judith (seconde de cuisine), Sawsan et Fatoumata (de gauche à droite), toutes les trois membres des Tabliers Solidaires dans la salle où elles prennent leur pause déjeuner. ©Jade David

Une cuisine, des femmes en réinsertion, et un pari : faire de la gastronomie un tremplin vers l’emploi. Depuis 2020, l’association toulousaine Les Tabliers Solidaires forme des femmes éloignées du marché du travail à la restauration, tout en leur fournissant un revenu. Un chantier d’insertion pas tout à fait comme les autres, où l’assiette devient un outil d’émancipation.

Les Tabliers Solidaires, c’est une cuisine associative installée rue du Général Gustave Ferrié à Toulouse, fondée en 2020 par Nathalie Barbazanges. Huit femmes y travaillent en contrat à durée déterminée, 28 heures par semaine, encadrées par une cheffe de cuisine, dont le poste est aujourd’hui vacant, suite à une démission récente. Toutes ont été orientées ici par un conseiller France Travail, dans le cadre d’un dispositif de réinsertion professionnelle

Le principe : cuisiner des produits locaux et de saison pour des entreprises et des particuliers, livrer les commandes et parfois assurer le service si le prestataire l’a prévu. Ce matin-là, au menu : riz pilaf, blanquette de veau à l’ancienne et une rémoulade de chou avec une sauce aux cacahuètes. Pour le dessert des pana cota et un tiramisu, avec des biscuits cuillères faits maison. « On fait tout, de A jusqu’à Z », résume Sawsan, CAP cuisine en poche.

Un tremplin, pas une fin en soi

Ici, personne n’est obligée d’avoir une formation en cuisine pour entrer. « Leur projet, ce n’est pas la cuisine », explique Judith, seconde en cuisine. « Elles en font parce qu’on est un chantier de réinsertion. » Elle en sait quelque chose : France Travail l’avait d’abord orientée vers Emmaüs, où on lui avait simplement dit « Toi, tu vas en cuisine », tout ça sans formation, sans expérience. C’est là qu’elle a appris les bases. Quand elle est arrivée aux Tabliers Solidaires, en insertion comme les autres, la cheffe de l’époque a remarqué son travail. On lui a alors proposé de devenir seconde.

Judith, devant la tablette avec toutes les recettes et les commandes à préparer. ©Jade David

À ses côtés, les sept femmes du collectif ont des parcours et des projets très différents. Houda aime l’ambiance et les horaires : « Ce n’est pas comme dans la restauration normale. C’était dur pour moi de trouver un travail avec des horaires confortables pour m’occuper de mes enfants ». Ici, aux Tabliers Solidaires elle travaille de 8h30 à 15h15, avec une après-midi par semaine et ces week-ends de libres. Elle vise la petite enfance pour l’instant, et peut-être le permis bus plus tard. « J’ai le projet d’être chauffeur de bus, mais ce sont aussi des horaires compliqués, alors j’attends que mes deux filles grandissent et peut-être que là je pourrai me lancer » explique la jeune femme. 

Manel vient du monde des bureaux et ne veut pas rester en cuisine, mais apprécie plusieurs aspects de l’association : « Il y a une bonne ambiance et ce que j’aime vraiment c’est le travail d’équipe, mais je ne suis pas fan de la cuisine. Ce qui pourrait me plaire par contre c’est la pâtisserie, mais les horaires ne m’arrangeraient pas. » Nassima, elle, aime bien le travail d’usine, elle a simplement été redirigée ici par une association voisine, dans le même bâtiment. Ensuite, il y a Fatoumata, elle voulait travailler dans la petite enfance, mais son conseiller France Travail a estimé que ses problèmes de dos l’en empêchaient : elle attend toujours la date de son opération. Flora, discrète, a posé des CV dans plein de boutiques, en enchaînant les refus. Une conseillère a fini par lui indiquer l’association. Elle ne veut pas continuer dans la restauration non plus.

La barrière de la langue, obstacle invisible

Sawsan, elle, a un CAP cuisine et veut travailler en restauration. Mais elle bute sur un obstacle que les diplômes ne règlent pas : « En restauration, il y a des moments de stress où je peux avoir du mal à comprendre les commandes, parce que tout va vite, et je ne comprends pas bien le français. » Najiba, en stage et en CAP cuisine, espère enchaîner avec une formation en pâtisserie, avec le même frein : la barrière de la langue traverse presque tous les témoignages. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles plusieurs femmes ont cherché une structure qui « comprenne ça », selon leurs mots.

Pour les accompagner, l’association met à disposition une assistante sociale chargée de les aider à construire leur projet professionnel. Des ateliers viennent compléter le dispositif : lecture, écriture ou encore yoga. Notamment pendant les périodes creuses, quand les entreprises clientes ferment et que les commandes s’arrêtent. En août, c’est trois semaines de vacances pour tout le monde.

Les Tabliers Solidaires fonctionnent uniquement grâce aux commandes et aux dons. Leur fournisseur de boissons, Le Fourgon, livre des produits consignés. Le reste, c’est du local, du saisonnier, et beaucoup de débrouille. Judith le dit sans détour : « Le but, c’est que tout le monde ressorte en ayant trouvé un travail. »