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« On tient grâce à la solidarité » : à Toulouse, des enfants vont à l’école sans avoir de toit 

©Ilona Esposito Vente solidaire organisée par les enseignants et parents d’élèves devant l’école maternelle et primaire Elsa Triolet pour venir en aide à la fille de 3 ans.

À Toulouse, la crise du logement frappe aussi les plus jeunes. Pour des enfants qui dorment parfois à la rue, enseignants et associations tentent de préserver un semblant de normalité. L’école devient alors un refuge même si elle ne peut remplacer un toit.

En France, au moins 2 200 enfants dorment à la rue, selon le 7ᵉ baromètre annuel publié jeudi 28 août par Unicef Franceet la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Ce chiffre a augmenté de 30 % au cours des trois dernières années. Dans plusieurs quartiers, la multiplication des tentes rend cette réalité visible. Derrière ces statistiques se cachent des élèves qui arrivent en classe fatigués, parfois marqués par des traumatismes.

Enfants sans solution d’hébergement à la rentrée scolaire – France

Source : Baromètre UNICEF France / Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) — données officielles

AnnéeEnfants à la ruedont < 3 ansÉvolution vs 2020
2020927Référence
2022~1 660 +79 %
20231 990 +115 %
20242 043467 +120 %
20252 159503 +133 %

Chiffres mesurés une nuit d’août avant la rentrée scolaire, via les demandes non pourvues au 115. Données sous-estimées : familles ne rappelant plus le 115, mineurs non accompagnés et personnes en squats/bidonvilles non comptabilisés.

« La famille s’est retrouvée à la rue du jour au lendemain »

Dans le quartier de Basso Cambo, au sud-ouest de la ville, une école maternelle et élémentaire accueille plusieurs enfants concernés par cette situation. En ce début d’année, l’une des élèves a dormi plusieurs nuits à la gare avec sa mère. Expulsée de l’hôtel faute d’aide après les trois ans de l’enfant, la famille s’est retrouvée à la rue du jour au lendemain. « Pendant la sieste, elle faisait souvent des cauchemars. Elle était tétanisée pendant les exercices de sécurité », raconte Nina enseignante de moyenne section.

Dans une autre classe, Stéphanie Rey, enseignante de CE1, se souvient de Fabio et Bleddar, deux frères albanais de 8 et 7 ans vivant avec leur famille au bord de la route. Sans papiers, leurs parents ne bénéficiaient d’aucune aide. « Ils arrivaient sans avoir mangé. Je leur donnais des compotes le matin. Le plus jeune s’endormait sur la table », raconte-t-elle. Malgré la barrière de la langue, l’école représentait pour eux un espace de sécurité. « Pour certaines sorties, j’allais les chercher directement sur leur campement pour qu’ils ne les ratent pas. » Selon l’enseignante, l’association Pas Sans Toit 31 apporte un soutien matériel et logistique aux familles en urgence.

Des ventes de gâteaux sont organisées devant l’établissement

Face à ces situations, les équipes éducatives tentent de combler les manques. Des ventes de gâteaux sont organisées devant l’établissement, qui compte une centaine d’élèves. Les parents répondent présents. « Ça me touche vraiment de voir ça. Bien sûr qu’on participe », confie une mère d’élève. La directrice de l’école Sonia Legrand souligne cette solidarité : « Nous tenons grâce à l’entraide. On a réussi à financer quelques nuits d’hôtel, mais savoir que ce ne sera pas durable est très difficile. »

Contactée dans le cadre de cet article, l’association Pas Sans Toit 31 n’a pas répondu à nos sollicitations dans les délais de publication. À l’échelle de l’école, la mobilisation reste constante mais limitée. Les enseignants alertent les services sociaux et les collectivités, souvent sans solution immédiate. L’école devient un refuge temporaire. Pour ces enfants, apprendre commence parfois par une urgence plus simple. Savoir où dormir le soir.