Une étude publiée fin janvier 2026 dans la revue scientifique européenne The European Journal of Internal Medicine démontre l’efficacité de deux examens préventifs contre les maladies cardiovasculaires développés au CHU de Toulouse. Le Professeur Jean Ferrières est co-auteur de cette enquête et explique l’intérêt de ces diagnostics.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde. Plus de 17 millions de personnes en sont victimes chaque année. De plus, selon la Fédération française de cardiologie, 80 % des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées grâce à une meilleure hygiène de vie et une meilleure prévention.
C’est dans ce contexte qu’une étude publiée fin janvier 2026 dans la revue scientifique européenne The European Journal of Internal Medicine apporte une avancée majeure. L’étude évalue l’efficacité de deux examens réalisés au CHU de Toulouse, capables d’anticiper le risque cardiovasculaire avant l’apparition des premiers symptômes. Pour parvenir à cette conclusion, les cardiologues Jean Ferrières et Antony Matta ont dû analyser les données de plus de 3 000 patients du Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse. Toutes les personnes concernées par ce dispositif ont bénéficié de deux examens préventifs.
“Ne pas attendre l’infarctus pour faire quelque chose”
Une prise de sang pour mesurer la lipoprotéine, une substance qui transporte le cholestérol, et un scanner cardiaque pour détecter la présence de calcium dans les artères. Cela permet de mieux identifier les patients qui nécessitent une prise en charge spécialisée et prioritaire.
“L’objectif est de ne pas attendre qu’un patient arrive à l’infarctus pour faire quelque chose”, explique Jean Ferrières, cardiologue et auteur de l’étude scientifique.
Car la méthode utilisée habituellement en France, appelée “Score 2”, reste perfectible. “En cardiologie, pour prédire l’avenir, on utilise généralement les facteurs de risque dits “classiques”, que sont le tabac, le cholestérol, la pression artérielle ou le diabète”, précise le spécialiste. L’étude montre que de nombreux patients classés à risque “faible” ou “intermédiaire” présentaient en réalité une accumulation significative de calcium dans les artères, révélatrice d’un processus pathologique déjà engagé. À l’inverse, certains profils considérés comme à risque “élevé” ne présentaient pas de marqueurs biologiques ou anatomiques alarmants.
Éviter la surconsommation médicamenteuse
Les résultats de l’étude montrent qu’au contraire, l’utilisation de ces examens complémentaires permet d’affiner les recommandations faites aux patients et d’identifier plus précisément ceux qui nécessitent une prise en charge prioritaire.
“Si on prend les choses en main à 22 ou à 30 ans, on devrait éviter tous les infarctus car on trouve tous les facteurs qui pourraient le provoquer bien avant qu’ils agissent”, argumente Jean Ferrières.
Cette méthode de suivi permet également d’éviter de prescrire trop de médicaments par rapport à la gravité réelle de la situation d’un patient. “Si on ajoutait le score calcique, on pourrait économiser beaucoup de prescriptions de statine”, explique le cardiologue. Et pour preuve, selon l’étude publiée dans The European Journal of Internal Medicine, le taux de prescription est bien moins élevé pour les personnes ayant profité des deux examens médicaux. On passe de 21,6 % à 15,5 %, pour les patients à risque bas ou intermédiaire, de 83,5 % à 35,3 % pour les patients à risque élevé et enfin de 93,2 % à 35,8 % pour les patients considérés à haut risque. “Cela rassure les gens, car ils font davantage attention à leur consommation de médicaments aujourd’hui”, développe l’expert.
Un système qui peine à se démocratiser
Pourtant, ces dispositifs sont peu mis en place en France. “C’est une technique simple, accessible, que tout radiologue peut réaliser. Mais elle peine à se généraliser”, regrette le co-auteur de l’étude.
En cause : le rythme de travail des praticiens et la difficulté à intégrer rapidement les innovations scientifiques dans la pratique quotidienne.
“La recherche avance plus vite que son application sur le terrain. Les cardiologues voient des dizaines de patients par jour, ils n’ont pas toujours le temps d’adapter leurs pratiques aux nouvelles données scientifiques.”


