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« J’ai peur que ma licence n’ait servi à rien. » Pour les étudiants toulousains, le stress monte à l’ouverture de Mon Master

La plateforme Mon Master a été lancée en 2023 © Tess Beirao

La plateforme nationale Mon Master ouvre sa phase de candidature aujourd’hui jusqu’au 16 mars. L’an dernier, plus de 50 000 étudiants tentaient leur chance pour trouver une formation. Mais une réalité inquiète les jeunes Toulousains : beaucoup de secteurs sont bouchés et les places se font rares.

Assises sur les marches de la bibliothèque de l’Arsenal, à la Fac du Capitole, Louisa et Prune partagent une inquiétude commune. Toutes deux en troisième année de droit, elles devront passer par Mon Master pour tenter d’accéder à un bac+5. “ Moi, j’aimerais être prise en droit des affaires, mais c’est le plus demandé donc je me prépare à ne pas être prise ”, affirme l’une d’elles. L’autre étudiante complète : “ On va candidater aussi à des masters qui ne nous intéressent pas, comme ceux axés juridique appliqué et contentieux, on n’a pas le choix, il vaut mieux ça que se retrouver sans rien. ”

Leurs candidatures ne sont pas encore finalisées que les jeunes femmes partent déjà avec un certain défaitisme. Et pour cause, dans le domaine du droit, certains masters font preuve d’une sélectivité extrême. Le taux d’admission global est entre 15 % et 35 %, mais certains, comme celui à Bordeaux en Droit pénal et sciences criminelles, possèdent un taux d’admission d’à peine 1 %.

La Bibliothèque de l’Arsenal à Toulouse
© Tess Beirao

À l’université Jean-Jaurès, la peur de l’échec est partagée par les étudiants en psychologie. Niels, 21 ans, a de son côté déjà mis au point un plan B avant même l’annonce des résultats. Il faut dire que les masters de son domaine d’étude sont réputés pour être les plus bouchés : ils reçoivent en moyenne entre 800 et 1 500 candidatures pour une trentaine de places seulement. Dans certains parcours, le taux d’admission descend entre 2 et 5 %. “J’ai décidé de ne pas candidater cette année parce que je sais que je ne serais pas pris au vu de mes notes. Je me renseigne pour faire un service civique ou des stages pour améliorer mon dossier et retenter l’année d’après.Des fois j’ai peur que ma licence n’ait servi à rien. ”

Renoncer avant même d’avoir candidaté

Ce phénomène, Cédric Imbart-Latour, fondateur d’EduPulse, société spécialisée dans l’accompagnement à l’orientation à Toulouse, l’observe beaucoup auprès des étudiants qu’il accompagne. Depuis sept ans, il est témoin de l’évolution des plateformes, d’APB à Parcoursup, et désormais à Mon Master. Selon lui, de plus en plus de jeunes s’autocensurent face à la sélection. « Dans la mesure où on n’a pas la certitude que ça va marcher, on ne le fait pas« , constate-t-il. « Beaucoup de jeunes préfèrent renoncer avant même de déposer un dossier. « Pour l’expert, c’est une erreur stratégique:  » Il faut y aller en se disant que oui, ça a de bonnes chances de ne pas marcher. Mais c’est important d’être présent sur la plateforme. »
Il voit régulièrement des étudiants choisir une année de service civique ou des stages pour renforcer leur candidature. Une démarche qu’il juge pertinente, à condition de ne pas disparaître des radars : « Se représenter l’année suivante en disant j’étais déjà là l’an dernier, mais je veux vraiment intégrer votre formation, c’est une preuve de motivation. »

Cédric Imbart-Latour souligne : « L’accès au bac+5 est plus compliqué qu’avant, mais l’après l’est aussi : savoir rebondir et préparer un plan B fait partie du parcours. »

Après la sélection, le stress continue

Si le stress ne s’arrête pas à l’admission en master c’est parce que l’insertion professionnelle est de plus en plus difficile pour les jeunes diplômés. D’après une étude de l’APEC, 84 % des Bac + 5 jugent leur recherche d’emploi difficile et près de 4 sur 10 mettent plus de six mois à décrocher leur premier poste. Marie-Cécile Vigouroux, sophrologue, intervient dans des établissements d’études supérieures. Elle explique : « Les étudiants sont stressés dès la phase de candidature et cette anxiété se prolonge tout au long de leurs études, par peur de ne pas trouver de débouchés professionnels. Le but, c’est que le stress ne devienne pas un obstacle à la réussite. »

Comme des milliers d’étudiants, Louisa et Prune devront attendre du 3 au 16 juin 2026 les résultats d’admission sur la plateforme Mon Master pour espérer décrocher le précieux sésame.

Tess Beirao