À Toulouse comme ailleurs en France, le phénomène des cigarettes électroniques jetables, appelées « puffs » ne cesse de croître. Prix attractifs, arômes sucrés et emballages colorés séduisent un public de plus en plus jeune. Malgré leur nocivité, les puffs restent la dernière tendance.
Depuis 2020, les puffs, commercialisées d’abord en Europe puis popularisées en France, sont devenues un objet incontournable pour de nombreux adolescents. Pour se concentrer, gérer le stress ou simplement pour le style, certains les utilisent quotidiennement, malgré les graves problèmes de santé qu’elles peuvent entraîner.
Omniprésent chez les jeunes
Assises dans un « vape shop », une boutique de cigarettes électroniques près du Capitole, Emma et Inès, toutes deux en dernière année du secondaire, se retrouvent ici l’après-midi pour parler de tout et de rien avec le gérant. Puff à la main, elles racontent leur histoire.
Emma Lascroux, aujourd’hui âgée de 18 ans, a commencé en 6ème au collège mais avec le temps, elle tente de réduire sa consommation en abandonnant les puffs pour une cigarette électronique rechargeable. Pourtant, les conséquences physiques sont déjà visibles. « Je suis allée à l’hôpital, je crachais du sang », confie-t-elle. Malgré cela, la dépendance reste forte.
À côté d’elle, Inès, 17 ans, évoque une autre réalité, plus silencieuse. « Il y en a qui l’utilisent aussi comme coupe-faim », explique-t-elle. Chez certains jeunes, la cigarette électronique devient un outil pour contrôler leur poids. « Manger, ça fait grossir, et je n’ai pas envie de grossir », ajoute-t-elle.
La cigarette électronique s’est imposée dans leur quotidien, au point de devenir un geste presque ordinaire.

Une consommation qui explose
En 2024, 39 % des jeunes déclarent consommer la puff, selon le FARES ( Fond des Affections Respiratoires ). Le phénomène des cigarettes électroniques jetables ne cesse de se développer. Fraise, framboise ou encore myrtille : les puffs mènent une rude concurrence aux cigarettes, qu’elles soient électroniques ou non. Avec une rentabilité impressionnante en raison de leur coût : entre 10 et 15 euros chez les buralistes, elles deviennent alors un modèle compétitif sur le marché.
D’après l’enquête Espad de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 57 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà expérimenté la cigarette électronique, tandis que 6,2 % indiquent en faire un usage quotidien en 2025 or depuis 2014 une hausse est clairement apparu dans l’utilisation fréquente de ce produit.

Depuis peu, un marché parallèle a vu le jour avec la demande en hausse des cigarettes jetables. Mathis, 23 ans, a commencé à vendre des puffs il y a deux ans.
« Je me suis lancé parce que j’ai vu l’engouement autour des puffs et j’avais besoin d’argent. Je me suis dit : pourquoi pas me lancer dans la vente, étant donné qu’il y a de la demande », explique-t’il.
Selon lui, la majorité de ses clients sont des étudiants. « Après le lycée, je ne vends vraiment pas aux mineurs », assure-t-il. Il reconnaît cependant l’attractivité du produit : « La puff, ça peut se fumer partout sans laisser d’odeur, donc pour les plus jeunes c’est pratique, ça n’attire pas l’attention. »
Depuis l’interdiction des puffs en février 2025, la demande n’a pas disparu. « J’ai beaucoup de clients réguliers, donc ça ne change pas grand-chose. » Malgré les risques sanitaires, il ne compte pas arrêter : « Tant que ça me rapportera de l’argent, je continuerai. »
Une passerelle vers d’autres substances
Pour certains jeunes, la puff ne s’arrête pas au simple vapotage. Elle devient une porte d’entrée vers la cigarette classique. Andy, 20 ans, en a fait l’expérience : « J’ai commencé à fumer après une rupture. Au début, c’était des puffs. Puis je suis passé très vite aux cigarettes. »
S’il dit ne pas ressentir d’effets physiques immédiats, l’impact psychologique est réel: « Quand je ne vais pas bien, je peux fumer quatre cigarettes d’affilée. Et après, je me rends compte que j’ai abusé. »
La puff, souvent perçue comme inoffensive le médecin généraliste Éric Guiu met en garde :
« Ce sont des produits très marketing, pensés pour séduire. Mais inhaler ces substances n’est jamais anodin. Éviter de respirer ce type de produit reste la meilleure protection. »
La cigarette électronique jetable devient alors une passerelle vers d’autres substances nocives. Elle banalise le geste et la dépendance à la nicotine. De plus, elle s’ajoute au 4 500 milliards de mégots jetés dans l’environnement chaque année, un pas de moins pour la planète.


