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Du déchet à la pièce unique : comment la seconde main lutte contre le gaspillage textile

Rayon des jeans de la friperie KiloStock

Chaque année, des tonnes de vêtements sont jetées alors même que l’industrie textile continue de produire toujours plus. Face à ce gaspillage, friperies et ateliers d’upcycling proposent une autre voie. À Toulouse, ces initiatives montrent qu’une alternative est possible

En France, la filière de collecte est à bout de souffle. Malgré la revalorisation de l’écocontribution versée par les fabricants, passée de 156 à 223 euros la tonne de déchets triés, les recycleurs peinent à maintenir leur modèle économique. La surproduction et l’arrivée massive de l’ultra-fast-fashion « compliquent encore l’équation » estime Maud Hardy, directrice générale de Refashion dans les tribunes de Sud-Ouest.

Prolonger la vie des vêtements

Dans la rue Jacques Cujas du centre-ville de Toulouse, des portants débordent de vestes en jean, de chemises colorées et de robes des années 90. Lucas fouille méthodiquement. « Moi franchement je vais en friperie parce que les vêtements ont plus de caractère. Les usures, le vécu… Et puis c’est des pièces que d’autres gens n’auront pas. ». Derrière cette quête d’originalité, le geste est sumple et permet de racheter un vêtement déjà produit pour éviter qu’il ne finisse à la benne.

Selon l’Institut Français de la Mode (IFM, décembre 2025), près d’un vêtement sur quatre vendu en France passe désormais par les circuits de l’ultra-fast-fashion ou de l’occasion. La seconde main s’impose progressivement dans le paysage.

Gammes de vêtements seconde main au sein de la friperie KiloStock à Toulouse. ©Elijah Laplace

Transformer plutôt que jeter ?

À quelques rues de là, Argile Studio pousse la logique plus loin. Ici, les vêtements ne sont pas seulement revendus mais retravaillés. À l’arrière de la boutique, un atelier de couture transforme des vieux draps, des pièces des années 80 ou 2000, parfois abîmées, en créations uniques. « À mon échelle, je n’ai pas l’impression que ça change grand-chose », confie la fondatrice Marion Lauste. « Mais s’il y avait beaucoup plus de boutiques qui fonctionnaient comme nous, oui, ça changerait les choses. ». Chaque pièce est retouchée, remise à neuf, parfois entièrement recréée. Ses clientes viennent-elles pour l’écologie ? « Pour l’originalité des pièces », répond-elle en souriant. « Quand on parle d’écologie sur les réseaux, on a peu d’interactions. Quand on montre de belles pièces, elles réagissent beaucoup plus. ». L’argument environnemental existe, mais il ne suffit pas à lui seul.

Cependant le mouvement dépasse les boutiques indépendantes. Le marché mondial de l’upcycling était estimé à 8,98 milliards de dollars en 2025. Il pourrait atteindre 19,47 milliards d’ici 2034, avec une croissance annuelle de 8,99 %. L’Asie-Pacifique représente déjà 29,11 % de ce marché.

Vêtements constitués de tissus « deadstock » d’Emma Touati. ©Abdallah Quere

Même dans le semi-luxe, la logique évolue. La créatrice Emma Touati explique en message téléphonique utiliser des tissus « deadstock », des fins de collections destinées à être jetées, pour sa collection Summer 2025. Sauver de la matière déjà produite devient un argument créatif autant qu’écologique.

Un levier suffisant face à l’ampleur du problème ?

Reste une question centrale, ces initiatives peuvent-elles peser face aux volumes produits chaque année ?L’upcycling demeure difficile à industrialiser. Il suppose du temps, de la main-d’œuvre et un changement de modèle économique. « Pour l’instant, ce n’est pas dans le plan politique », estime Marion Lauste, qui évoque la nécessité d’un soutien public pour changer d’échelle. La seconde main ne résoudra pas seule la crise textile. Mais entre revente et transformation, elle propose une alternative concrète, étant de ralentir le cycle, prolonger l’usage, redonner de la valeur à l’existant. Derrière chaque vêtement sauvé, existe une autre idée de la mode qui se dessine, moins jetable, et plus durable.

Production Mondiale de Fibres

Production Mondiale de Fibres

Évolution de 1975 à 2030 (en millions de tonnes métriques)

Production Totale 2019

111 M
millions de tonnes métriques

Projection 2030

146 M
+30% d’augmentation prévue

Fibres Synthétiques

63%
~70 millions mt en 2019

Polyester

52%
~58 millions mt en 2019

Répartition par Type de Fibre en 2019

La production de fibres a plus que doublé au cours des 20 dernières années. Les fibres synthétiques dominent le marché mondial depuis le milieu des années 1990, moment où elles ont dépassé les volumes de coton pour la première fois.

Polyester ~58 millions mt (52%)
Coton ~26 millions mt (23%)
MMCFs ~7 millions mt (6,4%)
Polyamide ~5,6 millions mt (5%)
Autres végétales ~6,5 millions mt (6%)
Laine ~1 million mt (1%)

Chiffres tirés de l’étude « Preferred Fiber & Materials Market » de Textile Exchange de 2020