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« Chaque binôme est une histoire » : à Toulouse, quand jeunes et aînés vivent sous le même toit

Marie-Philippine Ribereau-Gayon, chargée de mission à l'antenne toulousaine d'Ensemble2générations. 


À Toulouse, l’association Ensemble2générations développe la cohabitation entre étudiants et seniors pour répondre à la crise du logement et à l’isolement des personnes âgées. Elle met en relation des jeunes de 18 à 30 ans et des plus de 60 ans autour d’un principe simple : un loyer modéré contre une présence régulière. Une vingtaine de binômes ont déjà vu le jour, et les demandes ne cessent d’augmenter.

“Depuis deux ans, les demandes sont plus nombreuses de la part des jeunes étudiants. Ce matin, j’ai reçu un jeune homme de 17 ans, en prépa. Il n’est pas boursier. Il n’a que vingt euros d’argent de poche. Ses études ne lui permettent pas de travailler. Je me suis dit qu’il fallait que je l’aide”, affirme Marie-Philippine Ribereau-Gayon, chargée de mission à Ensemble2générations, à l‘antenne de Toulouse

À Toulouse, la cohabitation intergénérationnelle répond à un double besoin. Pour les étudiants, il offre une façon de se loger plus facilement, avec un coût réduit et sans avoir à cumuler plusieurs emplois en parallèle des études. Pour les seniors, il apporte une présence au quotidien, un accompagnement discret qui les rassure et rompt leur solitude.

Dans une métropole attractive où les loyers augmentent et où la population vieillit, ce modèle d’habitat s’impose peu à peu comme une solution concrète. Selon le cabinet Arthur Loyd, Toulouse reste la première des très grandes métropoles françaises en matière d’attractivité. Cette dynamique attire étudiants, jeunes actifs et familles, mais renforce la pression sur le marché du logement. D’après l’Insee, la Haute-Garonne comptera plus de 180 000 habitants de plus de 65 ans en 2030, soit une hausse de 30 % par rapport à 2015. 

(Données du graphique)

C’est dans ce paysage urbain en mutation que s’inscrit l’association Ensemble2générations, en proposant des cohabitations entre jeunes et aînés où chacun trouve sa place.

Un toit pour deux générations

L’association est née, il y a près de vingt ans, après la canicule de 2003. “On a pris conscience que les personnes âgées ne buvaient pas lors des canicules”, rappelle Marie-Philippine Ribereau-Gayon, chargée de mission à l’antenne toulousaine.

La fondatrice cherchait alors un logement pour ses propres enfants, étudiants. Elle constate les difficultés. L’idée s’impose : et si étudiants et seniors vivaient ensemble ?

Depuis 2006, plus de 8 000 binômes ont été créés en France. Le réseau compte aujourd’hui 33 antennes. À Toulouse, l’équipe est réduite. “Je suis la seule salariée. Nous avons deux bénévoles, bientôt trois”, explique la responsable. 

Le principe est simple. Un senior de plus de 60 ans propose une chambre libre à un jeune de 18 à 30 ans. Le jeune paye un loyer modéré. En moyenne 250 euros par mois, tout compris : charges, électricité, wifi. Seulement 10 euros symboliques sont versés de la poche de l’étudiant. Le reste est compensé par sa présence. Il peut aussi bénéficier des APL.

À Toulouse, l’offre de logements à loyers modérés se raréfie.

En échange, il assure une présence régulière. Trois soirées par semaine minimum. “On dit bien à l’étudiant qu’il n’est pas un garde-malade. Il doit réussir ses études”, insiste Marie-Philippine Ribereau-Gayon. Pour elle, l’enjeu est clair : “Je ne veux pas qu’un étudiant travaille à côté. S’il travaille trop, il ne va pas au bout de ses études.”

Côté senior, les bénéfices sont multiples.

“Le fait d’avoir un jeune qui veille, c’est énorme. Il va mieux manger, mieux dormir. Son moral est meilleur.”

La cohabitation soulage aussi les aidants. C’est une des principales raisons pour lesquelles cette initiative est mise en place. En cas de chute ou de problème, quelqu’un est là.

Trouver le bon binôme

Chaque cohabitation commence par un entretien. “On regarde la motivation du jeune. Sa capacité d’adaptation.” Une expérience dans l’aide à la personne peut rassurer, mais ce n’est pas obligatoire.

Dans la métropole toulousaine, la responsable compte de nombreuses réussites. Par exemple, un étudiant italien enseigne à son colocataire malvoyant à cuisiner des pâtes. Ou encore, une jeune fille partage le deuil d’une senior qui vient de perdre son mari. “Ce qui m’a marqué, c’est la complicité qui est née entre ces deux générations. Aujourd’hui, elles s’apprécient énormément”, note Marie-Philippine avec le sourire aux lèvres.

Il y a aussi des échecs. “Une fois, une jeune fille n’a pas suivi le jeu de la cohabitation. Ça a eu un impact sur la santé de la senior.” L’association a veillé à ce qu’une solution soit trouvée pour chacune, avec une solution de relogement pour l’étudiante.

L’an dernier, une vingtaine de binômes ont été créés à Toulouse. L’objectif est d’atteindre 20 en 2026, puis 60 duos d’ici deux ans. La mairie soutient le projet. Depuis 2013, la ville encourage les projets favorisant la mixité d’âges.

Les réticences existent. “Certains ont peur. Peur des vols. Peur de l’inconnu.” Mais sur le terrain, les expériences sont majoritairement positives. Ce n’est pas une solution miracle. Mais un outil concret. “Chaque binôme est une histoire”, sourit Marie-Philippine Ribereau-Gayon. “À deux, c’est une aventure.”

Pour plus d’informations pour trouver un logement avec Ensemble2générations.