À Toulouse, circuler à vélo reste un défi quotidien. Malgré la multiplication des pistes cyclables et des zones dédiées, la cohabitation avec les automobilistes demeure difficile. Entre actions de sensibilisation et restrictions de circulation, la place du vélo dans la ville reste encore fragile.
Au coeur du trafic matinal Toulousain, le bruit des moteurs se mêle au cliquetis des pédales. Marie, cycliste aguerrie, pédale à côté d’un bus lancé à vive allure. “On est côté à côté des voitures. C’est bien quand c’est plus sur le trottoir, plus loin des routes », confie-t-elle crispée sur son guidon. À quelques mètres, Julien, automobiliste, ralentit derrière un vélo qui s’insère dans la circulation. “Devant chez moi, c’est une zone partagée pour les cyclistes. On ne peut pas passer en voiture, les routes ne sont pas adaptées”, soupire-t-il. Son voisin Thomas renchérit, “Toulouse a été développée pour la voiture. Sur certains endroits, ça devient un peu dangereux pour les vélos”.
Au milieu de cette tension quotidienne, Boris Kozlow, président de l’association Deux Pieds Deux Roues, pointe les SAS vélo. Ces zones devant les feux destinées à sécuriser les cyclistes, trop souvent occupés par des voitures. “Ça permet d’être vu et d’éviter des accidents mortels. Mais c’est très mal respecté.” Les stationnements sur pistes cyclables transforment aussi ces aménagements en pièges. “Pour une livraison ou pour acheter son pain, on se gare sur la bande cyclable. Et ça a conduit à des accidents mortels à Toulouse ces dernières années”, rappelle-t-il.
Une pression ressentie sur la route
Chaque jour, la cohabitation se joue à quelques dizaines de centimètres. Pauline, se souvient d’une matinée sur une rue étroite du centre “Un conducteur m’a frôlée pour gagner quelques secondes. J’ai vraiment eu peur.” Pour Boris Kozlow, ces tensions viennent aussi d’incompréhensions “Beaucoup d’automobilistes ignorent par exemple que certains panneaux permettent aux cyclistes de passer au rouge pour se décaler et gagner en sécurité.” Les cyclistes, eux, choisissent parfois la chaussée plutôt que des aménagements discontinus ou inconfortables.
Accidents de cyclistes impliquant des voitures à Toulouse
Réduire la dépendance à la voiture pour apaiser les conflits
Pour Sylvain Mitchell, chargé de mission mobilités chez Tisséo Collectivités, la cohabitation vélo-voiture ne peut pas être pensée isolément. Moins de dépendance automobile signifie moins de conflits d’usage. “En offrant des transports bien maillés métro, tram, bus ,on propose aux Toulousains de ne pas dépendre de la voiture et de l’accidentalité qu’elle génère.” Mais au-delà de l’offre de transport, l’autorité organisatrice agit directement sur la cohabitation quotidienne entre cyclistes et automobilistes.
Tisseo agit sur un plan préventif. Les entreprises et les employeurs publics sont les principaux concernés dans le plan de mobilité. Au cœur de ces démarches, il y a la sécurité routière. Formations au code de la rue, remise en selle pour cyclistes urbains débutants, ateliers de prévention avec simulateurs de conduite ou lunettes d’alcoolémie. Tout un arsenal pédagogique est déployé en entreprise avec des acteurs spécialisés. “On encourage une conduite plus responsable et l’évitement des comportements à risque”, résume-t-il. Cette logique s’étend aussi à la cohabitation bus-vélo, particulièrement sensible en ville dense. Un guide récemment diffusé détaille les règles de circulation dans les couloirs bus.
Les conducteurs de bus sont eux-mêmes formés à la perception des cyclistes. “On leur montre ce que ça fait d’être frôlé quand on est à vélo, comment est la route vue du guidon. Se mettre dans la peau des cyclistes permet de mieux comprendre leurs comportements.” Pour Sylvain Mitchell, ces actions concrètes illustrent une vision plus large “Encourager les alternatives à la voiture, mais aussi prévenir les conflits d’usage et l’accidentalité qui en découle. Une ville plus apaisée, qui fait plus de place aux modes actifs et aux transports en commun.”
Un réseau cyclable encore incomplet
Malgré les progrès, Boris Kozlow juge le réseau cyclable toulousain encore insuffisant. Les nouveaux axes du Réseau Express Vélo sont parfois trop étroits ou discontinus. “On ne peut pas imaginer faire 1 km et devoir descendre du vélo sur 100 mètres. C’est malheureusement un peu ce qui se passe.”
Les zones partagées, souvent pointées par les automobilistes, ne sont pas selon lui les plus dangereuses. “Ce n’est pas confortable, surtout avec des véhicules lourds, mais les vrais points noirs restent les carrefours et ronds-points.” Certaines ruptures urbaines, échangeurs, périphériques, ponts, demeurent des obstacles majeurs. “On avait proposé des améliorations, mais elles n’ont pas été traitées. Ça reste inconfortable, voire dangereux pour certains usagers.”

