A Pibrac, la démission de la maire, l’état de la ville, le Cœur de ville et les arbres abattus nourrissent la polémique. Denise Cortijo et Bruno Costes livrent leur vision.
Un mois avant le scrutin municipal, Pibrac s’interroge. La démission de la maire Camille Pouponneau a laissé des traces et le dernier mandat continue de diviser. Entre bilan contesté et promesses d’avenir, Denise Cortijo et Bruno Costes s’adressent aux Pibracais.
Camille Pouponneau, maire démissionnaire
Élue maire à 30 ans en 2020, Camille Pouponneau a finalement jeté l’éponge en octobre 2024 pour se protéger d’un « burn-out sévère ». Quelques mois plus tard, elle publie son livre Maires, le grand gâchis, où elle témoigne de ses difficultés rencontrées.
En 2024, c’est son adjointe, Denise Cortijo, qui prend la relève de la mairie. « La gestion s’est faite naturellement, en toute sérénité, puisqu’on l’avait préparée déjà », affirme cette dernière. Elle n’est pas partie la veille pour le lendemain. On m’a mise en place, moi, après une élection de l’équipe. Chacun savait ce qu’il avait à faire. Mon objectif premier, c’était de continuer cette mouvance pour arriver en fin de mandat sereinement et la tête haute avec un bilan positif. C’est ce qui s’est passé, avec une équipe qui s’est encore plus solidarisée, je dirais. C’était clair aussi au niveau des habitants. On a gardé la même lignée, parce que c’était normal, c’était honnête, puisqu’on a gagné avec un programme, on continue ce programme jusqu’au bout. »
Désormais, Denise Cortijo a officialisé sa candidature à l’élection municipale de 2026 à Pibrac.
Mais pour Bruno Costes, le bilan de cette situation est tout autre : « Mme Pouponneau a été élue sur un malentendu, en faisant des promesses à n’en plus finir, qu’elle n’a pas su tenir et donc elle a démissionné de ses fonctions. Elle s’est mise à dos pas mal de gens. C’est une catastrophe, non seulement elle n’a pas honoré la parole publique, mais en plus elle a engagé un certain nombre de travaux, d’initiatives plus dogmatiques les unes que les autres. Quand on n’est pas capable de se présenter et qu’on n’a pas les compétences pour le faire et les épaules pour le faire on ne se présente pas. Il faut avoir une équipe qui soit solide et une équipe qui accompagne. Quand vous avez des gens qui ne tiennent pas la route il arrive ce qu’il arrive. »
La ville dans un état de « délabrement »
Le double mandat de Mme Pouponneau et Mme Cortijo « ont laissé Pibrac dans une situation d’immobilisme assez catastrophique », affirme Bruno Costes. « J’allais dire que ce mandat c’est peut-être le plus catastrophique de la vie de Pibrac. Les décisions dogmatiques ont conduit à véritablement plomber financièrement la ville et en parallèle, (…) on a abîmé la ville. Aucun des équipements de la ville n’a été entretenus, que ce soit la voirie, les monuments, les équipements sportifs et culturels. La ville se délabre de tous les côtés. La ville est terne, elle n’est pas entretenue, elle est sale, et le résultat c’est que les gens n’ont pas envie de rester. »



Dégradations des lieux publics (salle omnisports et église de Sainte Marie-Madeleine) de Pibrac. /Crédit : Lucie Jodot
Pour Denise Cortijo, ces déclarations sont erronées : « Nous sommes actuellement en train de revoir toutes les toitures des bâtiments publics. Nous avons rénové quelques éléments d’école, notamment les toilettes des enfants, tout ce qui est le bloc sanitaire des enfants à l’école du bois de la Barthe. Nous avons fait des rénovations également, enfin des réparations sur la nouvelle école, Maurice Fonvielle, puisqu’il y avait beaucoup de fuites. Nous rénovons le pavillon mystère pour plus de 40 000 euros. Nous travaillons donc avec les compagnons du Tour de France pour faire ça. »

Projet Coeur de ville
En décembre dernier, le projet Cœur de ville a été au cœur des échanges avec le public lors du premier rendez-vous de campagne de la maire sortante Denise Cortijo, selon La Dépêche. Dans le centre-ville, les Pibracais rencontrés ont partagé des avis controversés.
Pour Denise Cortijo, « Le Coeur de Ville, effectivement, c’est quelque chose qu’il va falloir revoir, puisque ça commence à vieillir, effectivement. Nous sommes en train de réfléchir. Il faut recentraliser des logements en Coeur de Ville. Nous travaillons avec les Bâtiments de France, on ne peut pas faire n’importe quoi. On fait faire des études, oui. Parce qu’il nous faut des logements, oui. Pas que des logements sociaux, de la mixité. Et pas n’importe où et n’importe comment, comme lui il a fait à la sortie de ville à Pibrac, au niveau de l’Aigue 20, notamment. »
Mais pour l’opposition, portée par Bruno Costes, ce projet manque de sens : « On a fait des plans sur la comète. Ce projet est aberrant. On est complètement contre cette densification qui va consacrer à la dénaturation et la perte de l’âme de Pibrac. Les voiries ne sont pas adaptées, les réseaux ne sont pas complètement adaptés, il faut que les infrastructures suivent où on peut avoir des allées-venues sans problème en évitant de rentrer dans une logique d’insécurisation des quartiers. Plus c’est bouché, plus vous avez des gens qui roulent vite et plus vous avez d’insécurité. Au contraire, ce qu’on voudrait faire, c’est préserver le centre-ville, sanctuariser les espaces verts. »
Arbre de 450 ans abattu à cause de champignons
L’automne dernier, la polémique s’est emparée de Pibrac. La raison : un arbre remarquable de 450 ans aurait été abattu par la mairie. Ce chêne-liège est un arbre auprès desquels se recueillent les croyants de Sainte Germaine. La mairie aurait justifié l’abattage de cet arbre par la présence de champignons Amadouvier, signe que l’arbre était malade, voire partiellement mort.
Pour l’opposant municipal, la décision d’abattre cet arbre n’était pas justifiée : « Ce traitement du problème est symptomatique de l’absence de sérieux avec lesquels la ville considère le problème. Cet arbre, c’est le symbole de toute une communauté religieuse. C’est une atteinte à l’âme de Pibrac. Avant de décider, il faut s’assurer d’une expertise qui soit fiable. Quand ils ont coupé l’arbre, on voyait bien que le train était sain. Donc il n’y avait pas du tout de symptômes réels de champignons qui affectaient l’arbre, le tronc n’était pas du tout bouffé, aucune séquelle d’atteinte à la santé de l’arbre. On aurait pu l’élaguer, le consolider ou simplement suivre son évolution. A ce titre-là, si à chaque fois que vous avez un problème, vous coupez les arbres, vous interdisez la forêt de Bouconne. »
Des arguments contestés par Denise Cortijo : « Alors tout d’abord, cet arbre n’avait pas 450 ans. Ensuite, il ne figure pas parmi les arbres remarquables de la ville. Il était remarquable parce qu’il était grand, mais il n’est pas remarquable au titre de l’âge. Si on a abattu un arbre, c’est parce qu’il y avait des raisons, ce n’est pas pour notre plaisir ou parce qu’il gâchait la vue. Il était malade et pourri de l’intérieur et menaçait de tomber. Un arbre de cette taille qui tombe, ça fait des dégâts quand même. J’ai mis tout le monde en sécurité. »
Elle ajoute : « Effectivement, tout le monde vous dira ‘le tronc n’est pas abîmé, on ne voit pas’. Non, non. Effectivement, le tronc n’était pas abîmé. C’était vraiment à l’embranchement des branches. Là, ça pourrissait. Donc, il menaçait. Le tronc serait resté. Il ne se serait pas déraciné. Il aurait cassé au niveau des premières branches. Mais pour un arbre enlevé, on en replante trois. Et il y en a effectivement trois qui sont prévus d’être replantées pour l’automne. »

