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[Municipales 2026] Launaguet : quand le quotidien dicte les bulletins de vote

Poste de Launaguet, au carrefour de la rue commerçantes, avec la plupart des commerces fermés. ©Jade David

Dans cette commune de 9 000 habitants aux portes de Toulouse, les élections municipales suscitent des attentes aussi pragmatiques que variées. Entre préoccupations budgétaires et quête de transparence, les Launaguétois s’apprêtent à voter différemment : avec leurs convictions… et leur porte-monnaie.

Derrière le comptoir de sa boutique, Murielle observe, écoute, discute. Cela fait 26 ans que la fleuriste est installée à Launaguet, 26 ans qu’elle voit défiler les clients, les conversations, les préoccupations. « Les gens vont voter avec leur porte-monnaie, désormais », lâche-t-elle sans détour. Ce constat, elle le tire de centaines d’échanges quotidiens, de cette position privilégiée qui fait d’elle, comme de Laurent au tabac-presse, un baromètre de l’humeur locale.

La formule traduit une réalité que même les plus idéalistes ne peuvent ignorer. « On a eu de très grosses augmentations au niveau des fonciers. Les autres années, c’était des augmentations de 250 euros, ce qui est énorme », explique Murielle. Le calcul est simple : 25 euros de plus par mois, puis 50 sur deux années consécutives. « La conviction des gens, c’est de faire des économies. Les Français veulent savoir où passe leur fric. »

Franck, habitant de Launaguet, va dans le même sens avec une nuance importante. « Le problème, c’est que c’est bien de savoir où vont les impôts », affirme-t-il. Ce qu’il réclame, ce n’est pas forcément moins d’impôts, mais plus de transparence. Sa référence ? Un maire des années 80 dans son village d’origine en Ariège. « Quand une réunion de la mairie arrivait, il y avait le budget et il y avait des chiffres ». Cette lisibilité des dépenses publiques, c’est ce qui manque aujourd’hui selon lui : « Pour moi, un maire doit être près de ses habitants et essayer d’être clair financièrement parlant. »

La proximité avant tout

Au-delà des questions budgétaires, c’est la notion de proximité qui revient comme un leitmotiv. « En principe, le maire, est censé être proche de ses habitants », insiste Franck. « Quand on a une liste électorale qui se présente, on s’en fout de la couleur politique. Ce qu’il faut axer le plus, c’est ce que vaut la personne humainement ». Cette exigence témoigne d’un besoin de réassurance face à un État perçu comme lointain.

Pour Pascal, les attentes se cristallisent autour des infrastructures. « S’occuper de toutes les infrastructures, et faire en sorte que les activités, les écoles puissent avoir ce qui est nécessaire », résume-t-il. Pourtant, Pascal refuse le vote utilitariste. « Je ne vote pas avec le porte-monnaie. Je reste toujours du côté de l’idéologie », revendique-t-il, même s’il reconnaît la complexité de l’équation.

Laurent, gérant du tabac-presse, voit les choses différemment. « Les gens votent avec leur porte-monnaie. Mais je pense plus maintenant qu’il y a une quinzaine d’années. Ils votent plus pour un parti que pour le candidat maire et son programme ».

En tant que commerçant, Laurent a des revendications spécifiques : la sécurité, et surtout « dynamiser le centre du village, parce qu’on est le seul commerce quasiment. À part un fleuriste et une épicerie, il n’y a plus de boulangerie, plus de boucherie. » Cette désertification n’inquiète pas Pascal, mieux loti. « À 800 mètres de chez moi j’ai la boulangerie, le supermarché, l’épicerie, je peux le faire à vélo. Je ne me sens pas concerné. »

Commune de Launaguet


Toulouse Métropole, alliée ou rivale ?

L’appartenance à Toulouse Métropole ajoute une complexité. « Je ne fais pas de distinction entre les deux, justement parce qu’on fait partie de la métropole de Toulouse. Je regarde ce qui se passe sur Toulouse, mais je m’intéresse aussi à ce qui se passe chez moi », explique Pascal. Murielle observe une évolution : « On s’est toujours intéressés aux élections de Toulouse. Maintenant, on s’intéresse également aux élections de notre ville. »

Laurent attend du futur maire qu’il gère correctement les budgets. « Que l’argent des impôts soit utilisé à bon escient pour les écoles, le social et les infrastructures », énumère-t-il. Puis il élargit sa réflexion. « On est dans un monde de capitalisme pur. La seule chose qui dirige le monde aujourd’hui, c’est l’argent. Je vote à droite. Mais si on veut que ça change, il faudrait un reset complet du mindset de l’être humain. Mais ça, c’est impossible. »

Franck partage cette désillusion en pointant les écarts de revenus entre élus et citoyens. « Il faut un maire qui soit près de ses citoyens, qui n’éclate pas le budget et qui ait un salaire normal. Pas comme les députés là-haut. » Cette colère rejaillit sur les attentes vis-à-vis des élus locaux : ils doivent incarner la sobriété et la gestion en bon père de famille.

L’ombre du désengagement

Reste la question de la participation. Aux dernières élections municipales, en plein Covid, plus de 60 % d’abstention. Franck y voit un problème de fond : « Est-ce que ça ne dépend pas des candidats qui se présente ? Si aucun candidat ne t’intéresse, tu vas voter pour qui ? Ils ne disent pas, on va faire ça, ça, ça. On ne sait pas où on va. »

Pascal n’est guère plus optimiste. « Totalement », répond-il quand on lui demande si cela peut se reproduire. « Aujourd’hui, la population ne se sent plus du tout concernée par le scrutin. Parce qu’ils estiment que quoi qu’il vote, il n’y aura pas de solution. » Un constat amer. « La problématique restera toujours la même. On verra ce qu’ils tiennent. »

Murielle veut croire à un sursaut. « Je pense qu’il y a beaucoup plus de gens qui s’y intéressent, comparé à il y a 6 ans, parce qu’il y a eu ces gros scandales financiers », estime-t-elle. « Les gens font fonctionner leur foyer. Donc, ils vont regarder comment le foyer de la commune va fonctionner. » Dans son commerce, elle observe les signes de cet intérêt renouvelé. « Les gens me parlent. « Alors, il y a combien de listes à Launaguet cette année ? » »

À Launaguet, ville de gauche depuis 40 ans, le départ de Michel Rougé après deux mandats marque la fin d’une époque. Marie-Claude Farcy reprend le flambeau du Parti Socialiste, face à Georges Deneuville et Pascal Renard. « Voter avec son porte-monnaie, ça fait également partie des convictions », défend Murielle. « La conviction de vouloir faire bouffer ses enfants et de vouloir finir le mois pas trop ric-rac. »