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Municipales 2026 à Bruguières : quand les habitants oscillent entre attentes et indifférence

Mairie de Bruguières © Tess Beirao


À quelques semaines des élections municipales prévues les 15 et 22 mars, les habitants de Bruguières se font entendre… ou se montrent indifférents. Entre préoccupations concrètes et désintérêt pour la vie politique locale, leurs attentes révèlent autant leurs priorités quotidiennes que leur regard sur la campagne qui s’annonce.

Sur la place de la République, ce matin-là, les passants se font rares. Les commerces ouvrent lentement leurs portes tandis que les terrasses, fraîchement installées, restent encore vides.

Quelques bruguièrois sortent de la poste. C’est le cas de Thierry, 56 ans. Au-dessus de lui, un panneau municipal annonce : « Municipales : 6 février 2026, date limite pour s’inscrire sur les listes électorales. » Une information qui laisse plutôt indifférent ce plombier, originaire de la commune. « Après la démission de Plantade en 2024, j’ai arrêté de m’intéresser à la vie politique de Bruguières. Les élections de cette année, je ne m’y intéresse pas, je n’ai pas d’attente. » Il faut dire que l’ancien maire est resté 23 ans à la tête de la commune, marquant durablement la vie locale. Cette stabilité contraste avec la campagne actuelle, où Arnaud Sigu, actuel maire, se représente face à une liste d’opposition menée par Philippe Bories, qui mise sur le renouveau et la participation citoyenne.

Un désintérêt que Marie-José, elle, ne partage pas. Installée à Bruguières depuis une dizaine d’années et travaillant dans le secteur de la petite enfance, elle suit de près l’actualité municipale. « Il fait bon vivre ici, mais il y a toujours des choses à améliorer. L’enjeu majeur, selon moi, c’est l’augmentation du nombre d’habitants. Il faut absolument que les infrastructures suivent. »
Entre 2022 et aujourd’hui, la commune a en effet gagné entre 300 et 480 habitants, soit une hausse de 5 à 8 % en quelques années. Une progression significative pour une ville de cette taille, qui cristallise des enjeux en matière de logements, d’écoles et d’équipements publics. Une préoccupation que certaines propositions de l’opposition cherchent à intégrer dans leur programme, en lien avec un développement urbain maîtrisé.

« Il y a aussi la question de la sécurité, poursuit-elle. Il y a eu beaucoup de cambriolages, aussi bien chez les commerçants que chez les habitants ces dernières années. J’ai lu qu’Arnaud Sigu voulait installer des caméras de vidéoprotection. Personnellement, ça me rassurerait. »

À quelques pas de là, la base de loisirs accueille, comme chaque matin, les marcheurs et joggeurs les plus matinaux. À côté du lac se trouve le Bascala, salle de spectacle devenue au fil des années un véritable repère culturel pour Bruguières.

Le Bascala à Bruguières © Mairie de Bruguières

Avec une capacité allant de 400 à 1 800 personnes selon la configuration, le lieu accueille de grands événements régionaux et attire un public bien au-delà de la commune. Une fierté locale pour Anne, 35 ans. « On a la chance d’avoir ce genre d’équipement ici. L’été, des gens viennent du monde entier pour des festivals comme Echos et Merveilles. Il ne faut surtout pas que ça se perde. Je ne me suis pas encore plongée dans les programmes des listes, mais la culture comptera beaucoup dans mon choix. »

Pour certains habitants, l’enjeu des municipales n’est pas le changement, mais la préservation de ce qui existe déjà. Sylvie Pelizari, à la tête de l’association Art et Imagination, en est un exemple : « Je ne m’intéresse pas tant que ça aux municipales, mais je suis satisfaite de la place qui est donnée aux associations par l’actuel maire. »

Les commerçants, entre attentes concrètes et désintérêt politique

Derrière la vitrine de sa librairie installée sur la place de la République, Anne-Marie observe Bruguières changer depuis plus de trente ans. Bruguieroise d’origine, elle tient sa boutique depuis 1989 et a vu la commune se transformer au fil des mandats et des chantiers. « Il y a de plus en plus de monde, et c’est une bonne chose », reconnaît-elle. Mais son enthousiasme se heurte à une réalité pratique : le manque de places de parking devant son commerce. « Pour mes clients, c’est compliqué. Le parking de la place de la République n’est pas assez grand et ça freine la fréquentation. »

Anne-Marie regrette aussi les choix d’aménagements opérés lors des travaux de la place en 2017-2018. « Tout est trop bétonné », estime-t-elle. Pour y remédier à sa manière, elle a planté, elle-même, un olivier devant sa boutique. 

Plus loin, en poussant la porte du tabac, du café puis du primeur, le discours change. Ici, pas de revendications particulières. Tous les commerçants rencontrés tiennent le même propos : ils ne s’intéressent pas à la vie politique locale.

Et pour cause, lors des municipales de 2020, plus de la moitié des inscrits ne s’étaient pas déplacés pour voter, avec un taux d’abstention de 55,06 % au premier tour. Cette donnée invite à s’interroger : les préoccupations concrètes exprimées dans les rues de Bruguières (sécurité, parkings, écoles, culture…) suffiront-elles à mobiliser davantage d’électeurs en mars prochain ?

Tess Beirao