Mis en place pour aider les consommateurs à faire des choix plus éclairés, le Nutri-Score s’est imposé comme un repère dans les rayons des supermarchés. Mais peut-on réellement assimiler cette notation à la qualité globale d’un aliment ?
« Le Nutri-Score ne prend pas en compte les graisses et les sucres dits cachés », explique Laurence Levert, nutritionniste.Certains ingrédients particulièrement délétères pour la santé, comme l’huile de palme, ou les huiles hydrogénées, ne sont pas distingués dans le calcul. Le Nutri-Score ne renseigne pas non plus sur la provenance des matières premières, ni sur le caractère local. « Ça ne permet pas de dire si les produits sont d’origine locale », souligne la nutritionniste. Pour autant, Laurence Levert ne rejette pas totalement le dispositif. Selon elle, le Nutri-Score peut être utile en première intention. Surtout pour les personnes qui ne savent pas lire une étiquette nutritionnelle ou qui découvrent les bases de l’équilibre alimentaire. « Ça permet déjà de faire un tri. Il ne faut pas tout jeter à la poubelle », précise-t-elle. Pour les consommateurs, le nutri-score reste tout de même important dans leur sélection de produits.
Un outil pratique… mais à manier avec précaution
Dans les rayons, le Nutri-Score guide déjà certains choix. Caddie en main, Josie se penche pour attraper deux briques de sauce tomate et en glisse une dans son panier. « Je fais attention au Nutri-Score, je privilégie les produits A ou B », explique-t-elle. Un peu plus loin, Kasia, mère d’une petite fille, ajoute : « Je choisis plutôt un produit avec un bon Nutri-Score si j’ai le choix. En plus, je veux lui donner des produits de meilleure qualité ».
Le Nutri-Score reste un repère pratique pour comparer rapidement les produits. Mais la nutritionniste rappelle qu’il ne faut pas se limiter à cette seule étiquette. « Il n’est pas fiable à 100 %. S’il y a un Nutri-Score, ce n’est pas un produit brut », précise Laurence Levert. Les produits transformés contiennent souvent une longue liste d’ingrédients, et il est difficile de savoir ce que l’on consomme réellement.
L’exemple de l’huile d’olive illustre bien ces limites. Longtemps classée avec un Nutri-Score défavorable, elle reste pourtant reconnue pour ses bienfaits sur la santé lorsqu’elle est de bonne qualité. « On ne va pas consommer un litre d’huile d’olive par jour », rappelle la nutritionniste, appelant à plus de cohérence dans l’interprétation des notes. Même constat pour certains fromages comme le Roquefort, dont le Nutri-Score peut surprendre. »Bien sûr que je suis surprise. C’est un produit gras, mais c’est aussi un produit de qualité, surtout lorsqu’il est fabriqué en France et labellisé. »
« Un outil injuste pour les produits de terroir«
Du côté des producteurs, le Nutri-Score cristallise de nombreuses critiques. Jérôme Faramond, de l’association des éleveurs de roquefort, dénonce « un outilavant tout pensé pour des produits transformés, voire ultra-transformés« , et peu adapté à des produits simples comme les fromages AOP. « Le Roquefort, c’est du lait, du sel, un savoir-faire. Il n’a rien à cacher », insiste-t-il. Selon lui, le Nutri-Score réduit l’évaluation d’un aliment à des critères quantitatifs sel et matières grasses sans prendre en compte la qualité du produit, le mode de fabrication ou les quantités réellement consommées. « Nous sommes notés sur 100 grammes, alors qu’un consommateur mange en moyenne 15 grammes de Roquefort. Sur 100 grammes, oui, c’est trop. Mais sur une portion normale, est-ce que c’est excessif ? Non », explique-t-il.
La filière déplore également une forme d’injustice structurelle. Là où les industriels peuvent modifier leurs recettes pour améliorer leur note, les producteurs AOP sont contraints par un cahier des charges strict. « Nous n’allons pas écrémer notre lait, ni ajouter des conservateurs pour satisfaire au Nutri-Score. Nos valeurs sont au-dessus de ça », affirme Jérôme Faramond. Plus largement, il regrette que le Nutri-Score soit souvent associé, dans le discours public, à la notion de produit “sain”. “Dire qu’un produit bien noté est sain, c’est sous-entendre qu’un produit mal noté ne l’est pas. Et là, nous ne sommes pas d’accord. Le Roquefort n’est pas un produit malsain », tranche-t-il. Sans remettre en cause les enjeux de santé publique, le représentant de la filière appelle à davantage de pédagogie. « La nutrition, ce n’est pas qu’un logo. C’est une éducation, une culture alimentaire. Un repas équilibré peut contenir du Roquefort sans aucune difficulté », conclut-il.


