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Les fissures environnementales : entre frayeur et adaptation 

En mars 2024, un immeuble Rue Saint-Rome s'est effondré ne causant aucun blessé. Plusieurs étais ont été placé dans les immeubles toulousains fragiles.

À Toulouse, les fissures sur les bâtiments se multiplient. Sols argileux, sécheresses et chantiers accentuent la fragilité urbaine. Entre évacuations, expertises et rénovations, la ville tente de s’adapter au défi climatique.

Depuis mars 2024 et l’effondrement de l’un immeuble Rue Saint-Rome, Toulouse connaît une recrudescence de fissures sur les bâtiments. La mairie recense plus de 400 signalements, un chiffre multiplié par trois en deux ans. Cent cinquante immeubles du centre-ville sont aujourd’hui considérés comme fragilisés, et vingt évacuations ont eu lieu en 2025, principalement causées par des infiltrations d’eau (60 % des cas) et la fragilité des sols argileux. Ces désordres posent une nouvelle question urbaine : comment adapter la ville rose à la pression grandissante des aléas environnementaux ?

Selon les géotechniciens, la principale cause de ces mouvements réside dans les sols argileux rétractiles, typiques du sud-ouest. En période de sécheresse, ces argiles se contractent. Lors des épisodes humides, elles se regonflent, provoquant des tassements différentiels sous les fondations. Frédéric Orillac, dirigeant de Zen Expertise, explique « ce qui crée les fissures des bâtiments, c’est un tassement différentiel au niveau des terres, dû notamment à la sécheresse. Parce qu’elle a pour effet de faire sur les argiles un gonflement-retrait des terres. Et donc, ça crée des déséquilibres au niveau des fondations. On a de plus en plus d’expertises sur des fissures aux bâtiments, et cela s’accentue avec le dérèglement climatique. »

Ces cycles extrêmes de canicules et pluies intenses endommagent peu à peu le bâti. Certains quartiers toulousains sont de surcroît impactés par d’importants chantiers, notamment ceux de la ligne C du métro, où la création de tunnels a modifié les poches de sable et accentué la fragilité du sous-sol.

Un risque croissant pour les habitants

Zen Expertise précise également les limites du système d’assurance : seules les communes déclarées en catastrophe naturelle par la préfecture peuvent obtenir une prise en charge complète. « Dans les autres cas, les fissures dues à un tassement différentiel ne sont pas couvertes », ajoute-t-il. Pour suivre leur évolution, les experts utilisent des témoins de fissuration, afin de mesurer leur progression avant d’envisager des injections de résine sous les bâtiments, un traitement aujourd’hui de plus en plus courant.

Pour les riverains, la peur s’installe. Charles R., habitant du centre-ville, s’inquiète « En rentrant du travail, j’ai trouvé ma rue bloquée par les pompiers. Ils inspectaient l’immeuble d’en face, jugé instable au niveau des fondations. Tout le monde a été évacué, même le magasin du coin. Moi, dans mon logement, il y a des fissures partout : dans le salon, la salle de bain, la chambre… Je ne sais pas si elles s’aggravent, mais c’est angoissant. »

La difficulté principale pour les locataires et propriétaires est d’évaluer les risques ou de savoir qui doit agir, locataire, propriétaire ou mairie ? Ces fissures peuvent rester superficielles pendant des années… ou s’élargir jusqu’à menacer la structure.

Vers une politique d’adaptation climatique ?

Face à la multiplication des signalements, la municipalité a lancé un plan de sécurisation de 525 000 € et s’appuie sur une cartographie des risques intégrant la nature des sols et les diagnostics d’immeubles. Par ailleurs, depuis 2018, 90 millions d’euros ont été investis dans la rénovation du bâti ancien, notamment dans le centre et les faubourgs.

Mais pour les experts, ces actions restent ponctuelles. « Il faudrait une vraie politique de prévention fondée sur les études de sol et l’entretien des bâtiments », note un ingénieur urbaniste de la ville.

Ces fissures traduisent plus qu’un simple désordre : elles révèlent la vulnérabilité du patrimoine bâti face au changement climatique. Le lien entre sols argileux, sécheresse, infiltration et fragilité des immeubles renvoie à un enjeu plus vaste, celui du logement dégradé. Toulouse, comme d’autres métropoles du Sud, devra conjuguer adaptation climatique et rénovation urbaine.

Comme le résume Frédéric Orillac, « Il va y avoir de plus en plus de bâtiments impactés par la sécheresse. Mais ces fissures se traitent. C’est le dérèglement climatique qui fait ça, donc il faut s’y adapter. »