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Six mois d’interdiction de fumer dans les espaces publics : un bilan contrasté

La cigarette pollue l’environnement : un seul mégot peut contaminer jusqu’à 500 L d’eau. De plus, fumer à proximité des enfants risque d’altérer l’air qu’ils respirent.

Depuis le 1er juillet 2025, fumer à l’extérieur est déjà interdit dans de nombreux espaces publics partout en France. Parcs, plages, abords des écoles ou équipements sportifs sont concernés par cette extension de la loi, pleinement entrée en application. Six mois après sa mise en place, la mesure, pensée pour protéger les plus jeunes et dénormaliser le tabac dans l’espace public, continue de diviser sur le terrain

Une fois cette nouvelle année entamée, fumer à l’extérieur ne relèvera plus seulement du civisme ou du bon sens. La loi élargissant l’interdiction de fumer dans de nombreux espaces publics entre pleinement en application sur l’ensemble du territoire. Parcs, plages, abords des écoles, équipements sportifs ou abris de bus deviennent officiellement des zones sans tabac. Une mesure de santé publique assumée par le gouvernement, qui bouscule néanmoins habitudes, équilibres économiques et perceptions du vivre-ensemble.

Pensée pour limiter le tabagisme passif, notamment chez les plus jeunes, la loi s’inscrit dans la continuité de la loi Evin. Elle intervient alors même que le tabagisme recule en France : en 2024, 25 % des 18-75 ans déclaraient fumer, contre 32 % en 2021. Mais sur le terrain, son application suscite des réactions contrastées.

Tabagisme quotidien en France (2021)
Part des adultes fumant tous les jours – données régionales Santé publique France

Dans la rue, le bon sens avant la contrainte

Chez les passants, l’interdiction ne choque pas toujours, mais elle interroge. Deiodato, croisé en centre-ville, fait la distinction selon les lieux. « Sur les plages, non, ça ne va pas. Il y a des enfants, c’est mauvais », affirme-t-il sans hésiter. Pour les parcs, son avis est plus nuancé : « Ça dépend où tu es placé. Pas devant les enfants, surtout. »

Même son de cloche chez Benoît, vendeur chez Decathlon et non-fumeur. S’il se dit favorable à la mesure, il plaide pour une application mesurée. « C’est une bonne chose pour les personnes fragiles ou malades, mais il faut trouver un compromis entre fumeurs et non-fumeurs », estime-t-il. Pour lui, dans des espaces ouverts, « le bon sens doit primer », davantage que la sanction.

Tous deux reconnaissent toutefois les effets positifs des interdictions passées, notamment dans les lieux fermés. Une évolution acceptée avec le temps, mais qui, en extérieur, touche davantage à la liberté individuelle selon eux

Les buralistes, entre compréhension et colère sourde

Du côté des buralistes, la loi est perçue à travers un prisme plus économique. À Toulouse, Jean, buraliste aux Ponts-Jumeaux, replace la mesure dans un contexte déjà tendu. « On a perdu entre 20 et 50 % de chiffre d’affaires en quelques années. Le vrai problème, ce sont les prix », déplore-t-il. Selon lui, la hausse continue du tabac — dont plus de la moitié du prix relève des taxes — favorise surtout la contrebande et les achats illégaux.

Fumeur lui-même, Jean se dit pourtant en accord avec l’objectif sanitaire. « Même quand je mange, je n’aime pas avoir quelqu’un qui fume à côté de moi. » Mais il met en garde contre une loi mal appliquée : « Si elle n’est pas respectée, elle crée juste du contournement. »

En 2026, l’interdiction de fumer à l’extérieur ne sera donc plus théorique. Entre impératif de santé publique, acceptabilité sociale et fragilité économique de certains commerces, son entrée en vigueur révèle une certitude : la cigarette, même dehors, reste un sujet hautement inflammable.