Longtemps perçue comme une alternative écologique à la fast fashion, la seconde main fait aujourd’hui face à une réalité bien moins vertueuse. Surcharge des bornes de collecte, baisse de la qualité des vêtements et explosion des coûts de tri.

Chaque année, plus de 900 tonnes de vêtements sont collectées via des bornes textiles. En 2025, les apports volontaires ont augmenté de 23 %, entraînant une saturation rapide des points de collecte. “On reçoit de plus en plus de vêtements, mais leur qualité se dégrade fortement”, constate Anaïs Pelamourgues. Une surconsommation textile devenue structurelle. En dix ans, la quantité de vêtements mise sur le marché a doublé, passant d’environ 500 000 tonnes à près d’un million de tonnes par an.
Cette surproduction se reflète directement dans les friperies. De nombreux vêtements sont trop abîmés pour être remis en rayon, malgré leur passage par les circuits de la seconde main. Contrairement aux idées reçues, le phénomène ne concerne pas uniquement la fast fashion étrangère. “ Des marques françaises, y compris des marques de distributeurs, participent aussi à cette baisse générale de qualité”, souligne-t-elle.
Flux des textiles en France – 2024
Polyester, mauvais tri et filière sous pression
Au cœur du problème se trouve le polyester. “C’est une matière extrêmement problématique, car elle ne se recycle pas”, explique la gérante de la boutique. Si une bouteille plastique peut être transformée en polaire, l’inverse n’est pas possible. Les vêtements en polyester finissent donc majoritairement incinérés ou utilisés comme combustible dans des cimenteries. Une solution présentée comme “vertueuse”, mais qui représente un coût très élevé pour les structures de tri. À l’inverse, des matières comme le coton, le lin ou la laine restent bien plus facilement recyclables. Pourtant, elles sont de moins en moins présentes dans les flux collectés.
À cela s’ajoutent des pratiques de tri problématiques. De nombreux vêtements arrivent sales, humides ou en très mauvais état, rendant leur traitement plus long et plus cher. “On demande simplement que les textiles soient propres et placés dans un sac fermé, quel que soit leur état”, rappelle-t-elle. Face à cette surcharge, les acteurs du tri se retrouvent en bout de chaîne, sans réel pouvoir sur la production. “On ne va pas transformer de mauvais textiles en or”, tranche-t-elle.
