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Du CBD aux vêtements : le chanvre, allié de la transition écologique ?

© Depositphotos

Longtemps réduit à son association avec le cannabis, le chanvre industriel revient aujourd’hui sur le devant de la scène. Légal, peu gourmand en ressources et entièrement valorisable, il séduit autant le secteur de la santé que ceux du textile ou du bâtiment.

De nos jours, les flacons de CBD se sont installés sur les étagères des pharmacies. Une présence qui s’explique par une demande croissante des clients. Stéphanie R., pharmacienne à Toulouse, ne s’en étonne pas : « Le chanvre industriel est une plante totalement égale et non psychotrope, utilisée depuis des siècles. Il contient très peu de THC, donc aucun effet euphorisant. » En revanche, la plante concentre de nombreuses propriétés bénéfiques pour la santé.

En effet, les graines de chanvre sont riches en protéines complètes, en fibres et en acides gras essentiels. Elles sont aujourd’hui utilisées dans l’alimentation ou sous forme de compléments. La plante contient également des cannabinoïdes non psychotropes, comme le CBD, qui interagissent avec le système endocannabinoïde, impliqué dans la régulation du stress, de la douleur et du sommeil.

Le chanvre se distingue par sa croissance rapide et sa culture peu exigeante en eau ou en intrants chimiques. L’ensemble de la plante peut être valorisé, ce qui en fait une ressource cohérente dans une logique de durabilité. Des qualités biologiques qui expliquent pourquoi elle suscite aujourd’hui un intérêt bien au-delà du secteur de la santé.

La matière idéale pour des vêtements éco-responsables ?

Dans le vêtement, le chanvre reste encore marginal. Pourtant, ses qualités techniques sont connues de longue date. « C’est une fibre thermorégulatrice », explique Alain Grangeant, fondateur du site Naturellement Chanvre. Autre atout majeur : sa résistance. Des tests comparatifs montrent que la fibre de chanvre est plus solide à la traction que le coton ou le jute. Elle résiste bien à l’usure, même si, comme toute fibre naturelle, elle finit par s’abîmer avec le temps. « Ce n’est pas un tissu jetable », résume Alain Grangeant, qui défend une approche durable du vêtement, loin de la fast fashion.

Mais certaines propriétés restent encore peu connues du grand public. Le chanvre limite le développement des bactéries, ce qui en fait un textile naturellement hygiénique. Il ne contient pas de fibres synthétiques irritantes. Il est donc particulièrement apprécié par les personnes allergiques ou à la peau sensible.

Cette tolérance explique aussi pourquoi le chanvre suscite l’intérêt de personnes souffrant de douleurs chroniques, même si Alain Grangeant reste prudent sur ces usages. « Il n’y a pas d’études médicales, mais on reçoit de nombreux témoignages. » Une approche empirique, issue de retours clients, plus que de promesses thérapeutiques.

Si la fibre séduit, sa production pose en revanche question. Aujourd’hui, il n’existe quasiment plus de filature de chanvre textile en Europe. La majorité des vêtements en chanvre disponibles sur le marché sont fabriqués en Chine, faute d’infrastructures locales. « Le chanvre est cultivé en Europe, mais on ne sait plus le transformer », regrette le fondateur, présent dans le secteur depuis plus de vingt ans.

Résultat : des coûts en hausse, une filière fragile et un paradoxe persistant. Le chanvre coche de nombreuses cases environnementales, mais peine à s’imposer dans le textile faute de soutien industriel et politique. « On parle beaucoup d’écologie, mais la réalité économique ne suit pas toujours », constate-t-il.

Un matériau d’avenir pour construire autrement ?

Au-delà du textile, le chanvre trouve aujourd’hui une application concrète dans le bâtiment, un secteur particulièrement émetteur de CO2. Utilisé sous forme de béton de chanvre, un mélange de chènevotte, de chaux et d’eau, il sert principalement à l’isolation des murs et des cloisons.

Ce matériau présente des propriétés intéressantes : il régule naturellement l’humidité et améliore le confort intérieur, été comme hiver. Léger et respirant, le béton de chanvre limite les besoins en chauffage et en climatisation. 

Autre avantage : son bilan environnemental. Le chanvre capte du carbone durant sa croissance. Du carbone qui reste ensuite stocké dans les murs. Contrairement aux matériaux conventionnels, très énergivores à produire, le chanvre s’inscrit dans une logique de construction plus sobre et locale. Encore peu répandu, il séduit néanmoins de plus en plus d’artisans et de collectivités en quête d’alternatives durables.

Tess Beirao