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Après AZF, un nouveau projet industriel soulève des enjeux environnementaux

Unité de traitement des PFAS sur le site d'ArianeGroup à Toulouse / Crédit photo Lucie Jodot

L’autorisation donnée à ArianeGroup pour traiter des déchets contenant des PFAS sur l’île d’Empalot, à Toulouse, interroge riverains et collectifs locaux. Situé à proximité de la Garonne et d’installations classées Seveso, le site se trouve à quelques centaines de mètres de l’ancien site d’AZF.

Sur l’île d’Empalot, au sud de Toulouse, la Garonne longe un site industriel que les habitants du quartier connaissent de longue date. Ce site est classé Seveso*, un statut qui concerne les installations manipulant des substances dangereuses et qui impose des règles de sécurité renforcées. Il se situe à quelques centaines de mètres de l’ancien site d’AZF. C’est là qu’ArianeGroup, déjà implanté sur les lieux, a été autorisé à installer une unité de traitement de déchets contenant des PFAS, des substances chimiques très persistantes souvent qualifiées de polluants éternels, car elles se dégradent très lentement dans l’environnement.

⚠️ Qu’est-ce que Seveso ?

La directive Seveso est une réglementation européenne qui vise à prévenir les risques d’accidents majeurs impliquant des substances dangereuses. Son nom fait référence à la catastrophe de Seveso en Italie en 1976, où un nuage toxique de dioxine s’est échappé d’une usine chimique.

Elle classe les sites industriels en fonction de leur dangerosité : Seveso seuil bas et Seveso seuil haut, imposant des obligations strictes de prévention, de contrôle et d’information aux riverains.

Cette autorisation a été délivrée par arrêté préfectoral à l’été 2025, sans étude d’impact environnemental approfondie. Elle intervient dans un contexte de multiplication des projets industriels sur ce secteur urbain sensible, situé à proximité immédiate d’habitations, d’équipements publics et du fleuve.

D’après Médiacités, le projet prévoit de traiter jusqu’à 28 tonnes de déchets contenant des PFAS chaque mois. Ces déchets proviennent par exemple de mousses utilisées pour éteindre les incendies, d’eaux usées industrielles ou encore de filtres contaminés. Pour les traiter, l’industriel prévoit d’utiliser des cuves chauffées à très haute température et soumises à une forte pression, afin de dégrader ces substances réputées difficiles à éliminer.

Selon l’arrêté préfectoral, le traitement produira des eaux résiduelles appelées effluents. Ces eaux pourront être rejetées dans le milieu naturel dans des volumes limités et sous contrôle réglementaire. C’est la proximité immédiate de la Garonne qui concentre l’attention locale. Le fleuve borde directement le site industriel avant de traverser des zones densément peuplées et des espaces naturels protégés. Même si les autorités assurent que les seuils réglementaires seront respectés, cette configuration géographique alimente les inquiétudes de certains habitants et collectifs du secteur.

“Ce site n’est pas un site comme les autres”

Pour Jocelyne Sourisseau, présidente du comité de quartier Croix-de-Pierre, le débat ne se limite pas à la seule question des PFAS. “On parle d’un site en pleine ville, déjà classé Seveso, à proximité de logements, d’écoles et du fleuve. Ce n’est pas un site comme les autres”, souligne-t-elle. Après la catastrophe d’AZF en 2001, de nombreux habitants avaient le sentiment que les activités industrielles les plus dangereuses quitteraient progressivement le centre urbain. “Pendant des années, on nous a expliqué que ce type d’industrie n’avait plus vocation à rester ici. Aujourd’hui, on voit revenir des projets à risques, même s’ils sont présentés comme maîtrisés”, poursuit-elle.

Cette inquiétude est renforcée par l’accumulation récente de projets industriels sur l’île d’Empalot. À proximité immédiate de l’unité de traitement des déchets PFAS portée par ArianeGroup, la start-up Ipsophène a également obtenu une autorisation préfectorale pour implanter une usine de production de paracétamol. Cette installation est elle aussi classée Seveso. 

Une zone industrielle encadrée, mais sous surveillance

Aujourd’hui, l’île d’Empalot reste un site industriel classé Seveso seuil haut, le niveau de risque le plus élevé dans la réglementation européenne, en raison des substances dangereuses qui y sont manipulées. Les activités présentes sur le site sont encadrées par un plan de prévention des risques technologiques. Ce document réglementaire fixe des règles strictes pour limiter les risques industriels et protéger les riverains, notamment en matière d’urbanisation et de sécurité.

Les autorités environnementales considèrent que l’impact global des projets autorisés reste limité, tout en identifiant plusieurs points de vigilance. La gestion des effluents, la consommation d’eau, le stockage temporaire des déchets et le risque d’inondation en cas de crue importante de la Garonne figurent parmi les éléments suivis par l’administration.

Pour les habitants du quartier Croix de Pierre, l’attention portée à ces projets s’explique aussi par l’histoire du site. Plus de vingt ans après la catastrophe d’AZF, toute nouvelle activité industrielle à Empalot continue de susciter des interrogations. Les modalités de mise en œuvre de l’unité de traitement des déchets PFAS et de l’usine de paracétamol, ainsi que leur suivi environnemental, doivent encore être précisées dans les prochains mois.