Alors que les sécheresses estivales se multiplient, l’attention se porte souvent sur les mois les plus chauds. Pourtant, c’est bien en automne et en hiver que se joue une grande partie de la disponibilité de l’eau pour les saisons suivantes. En Occitanie, Météo-France et le BRGM rappellent que la recharge des nappes phréatiques dépend avant tout de ce qui se passe bien avant l’été.
Comme l’explique Météo-France, l’hiver n’est pas une saison neutre dans le cycle de l’eau. C’est durant cette période que se constitue le stock d’eau qui pourra être mobilisé au printemps et en été. Les températures plus basses limitent l’évaporation, tandis que la végétation, en grande partie en dormance, consomme beaucoup moins d’eau. Résultat : les pluies hivernales ont davantage de chances de s’infiltrer dans les sols. Autre élément déterminant : la neige. Dans les massifs montagneux, notamment les Pyrénées, l’enneigement hivernal joue un rôle de réservoir naturel. La fonte progressive de cette neige alimente ensuite les rivières au printemps et parfois jusqu’en été. « L’eau qui coule en été provient en grande partie de la neige stockée en hiver », rappelle Météo-France. Pour autant, un hiver sec ne condamne pas automatiquement l’été à venir. L’exemple de l’été 2021, particulièrement pluvieux, montre qu’une saison estivale excédentaire en précipitations peut limiter, voire éviter, l’installation d’une sécheresse. L’hiver constitue donc un potentiel, mais ce sont les saisons suivantes qui déterminent son usage réel.
Sous nos pieds, le rôle central des nappes phréatiques
Du côté du BRGM, l’accent est mis sur ce qui se passe dans le sous-sol. En Haute-Garonne et en Occitanie, les principales ressources en eau souterraine sont les nappes alluviales, notamment celles de la Garonne et de ses affluents comme l’Ariège ou le Tarn. Ces nappes sont composées de sable, de graviers et de galets déposés par les cours d’eau au fil du temps. Lorsque la végétation est inactive en automne et en hiver, l’eau de pluie n’est plus absorbée dans les premiers centimètres du sol. Elle peut alors s’infiltrer plus profondément et atteindre les nappes phréatiques. C’est ce mécanisme, lié à une faible évapotranspiration, qui permet leur recharge. Toutes les nappes ne réagissent cependant pas de la même manière. Les nappes dites karstiques, présentes dans les roches calcaires, sont très réactives : leurs niveaux montent rapidement lorsqu’il pleut, mais baissent tout aussi vite en période sèche. À l’inverse, les nappes alluviales de la Garonne amont sont plus lentes à réagir. Un déficit de pluie en décembre peut donc y avoir un impact, mais avec un décalage dans le temps.
Recharge hivernale, indicateurs et incertitudes
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’existe pas de seuil précis permettant de dire si une recharge hivernale est « suffisante ». Le BRGM s’appuie plutôt sur des comparaisons mensuelles, en analysant les niveaux moyens des nappes par rapport aux années précédentes.
Un élément essentiel est le niveau de départ. Une nappe déjà basse à l’automne pourra, malgré une recharge correcte, n’atteindre qu’un niveau moyen en sortie d’hiver. À l’inverse, une nappe bien remplie pourra atteindre des niveaux plus élevés avec les mêmes précipitations. L’analyse se fait donc mois par mois, en observant la dynamique des niveaux dans le temps. Concernant le changement climatique, le BRGM souligne que son impact est aujourd’hui plus net sur les températures que sur les volumes de pluie. Si la hausse des températures allonge la période d’activité de la végétation et donc sa consommation d’eau, aucune tendance claire au raccourcissement durable de la période de recharge n’est encore observée. Les séries de données disponibles, souvent limitées à quelques décennies, invitent à la prudence.
Désimperméabiliser les sols, une piste à manier avec précaution
Parmi les leviers étudiés pour favoriser la recharge des nappes, la désimperméabilisation des sols suscite un intérêt croissant. Le BRGM a notamment participé à des études pour Toulouse Métropole afin d’identifier des zones où l’eau de pluie pourrait être réinfiltrée sans risquer d’endommager les infrastructures souterraines. Mais cette solution n’est pas universelle. Son efficacité dépend fortement de la nature des sols. Sur des terrains argileux, la désimperméabilisation a peu d’effet sur l’infiltration. En revanche, en présence de sables ou de graviers, elle peut contribuer significativement à la recharge des nappes. Un autre enjeu majeur concerne la qualité des sols : réinfiltrer de l’eau dans des zones polluées pourrait dégrader la qualité de l’eau souterraine.
Pour le BRGM comme pour Météo-France, le constat est clair : l’automne et l’hiver sont déterminants. C’est durant ces saisons que se constitue la réserve d’eau souterraine capable d’amortir les sécheresses estivales. Les cours d’eau, eux, réagissent beaucoup plus rapidement aux périodes sèches, sauf lorsqu’ils sont soutenus par des ouvrages comme les barrages. En résumé, face à des étés de plus en plus chauds et secs, la gestion de l’eau ne peut plus se penser uniquement à l’échelle estivale. Elle commence bien plus tôt, lorsque les pluies hivernales et la recharge des nappes dessinent déjà les contours des mois à venir.


