Fermé au public depuis 2019 pour d’importants travaux de réhabilitation, le musée des Augustins a rouvert ses portes il y a quelques semaines. Derrière cette réouverture très attendue, une question se pose : est-il possible de rénover un monument historique tout en intégrant les enjeux environnementaux actuels ?
« La réponse est à la fois oui et non, explique Laure Dalon. Oui, parce que ces préoccupations sont aujourd’hui largement partagées. Et non, parce que dans un monument historique, on ne peut pas faire tout ce que l’on ferait dans un bâtiment neuf. »
Certaines améliorations ont pourtant été possibles, notamment sur la performance énergétique du bâtiment. L’exemple le plus parlant se situe à l’angle de la rue de Metz et de la rue Alsace-Lorraine. « Les grandes fenêtres existaient déjà, mais leurs performances énergétiques étaient mauvaises. Les vitrages et les menuiseries ont été entièrement remplacés, ce qui permet aujourd’hui une meilleure étanchéité », développe la directrice.
« Le choix des matériaux est conditionné par la DRAC »
Pour autant, face à son titre de « monument historique », le musée est soumis à des règles strictes. Chaque modification doit être validée par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). « Le choix des matériaux est conditionné par la DRAC. Certaines peintures ou installations ont été décidées il y a plusieurs années et ne peuvent plus être modifiées. On ne peut pas non plus doubler les murs ou isoler comme dans d’autres bâtiments », précise Laure Dalon.
Le rôle de la DRAC
La Direction régionale des affaires culturelles est chargée de piloter les politiques du ministère de la Culture. Elle veille en partie à la protection, la conservation et la restauration des monuments historiques.
Des normes contraignantes pour l’environnement
À ces contraintes architecturales s’ajoutent celles liées à la conservation des œuvres. Dans les musées, la température doit rester comprise entre 18 et 22 degrés, avec une hygrométrie (taux d’humidité) autour de 50 %. « On se rend compte aujourd’hui que ces normes sont très contraignantes d’un point de vue environnemental. Elles commencent à être légèrement assouplies. Pour autant, pour les musées l’essentiel reste d’éviter les variations brutales pour protéger le patrimoine. »
Si concilier protection de l’environnement et du patrimoine reste complexe face aux réglementations nationales, ce critère prend toutefois de plus en plus d’ampleur dans les chantiers actuels.
L’art comme outil de sensibilisation
Au-delà de la rénovation, le musée des Augustins s’interroge : comment l’art peut-il sensibiliser aux enjeux contemporains, tels que l’écologie ? Aujourd’hui, plusieurs salles mettent en avant des thématiques comme la nature ou encore le féminisme.
Le Petit Salon, par exemple, s’ouvre sur le ciel. Ici, les vues classiques de la Campagne romaine par Pierre-Henri de Valenciennes (fin du XVIIIe siècle) dialoguent avec Le Ciel de ma mémoire de Sophie Zénon (2014), vision contemporaine et sensible. Plus loin, le Salon Vert dévoile un ballet de natures mortes et de paysages qui traversent saisons et décennies.
Dans cette même salle, une autre lecture s’impose : celle du genre. La sagesse et l’héroïsme y sont incarnés par des figures masculines glorifiées, quand les femmes sont cantonnées à des postures de vulnérabilité. « Aujourd’hui, nous sommes tellement habitués à ces mises en scène de femmes dénudées que nous n’y prêtons plus garde, observe la directrice. Pourtant, ces représentations façonnent inconsciemment nos imaginaires collectifs. »
Pour aller plus loin
Retrouvez sur nos réseaux sociaux notre vidéo sur le féminisme dans les musées


