Deux hectares de friche au cœur du quartier des Pradettes cristallisent les tensions entre un collectif d’habitants qui rêve de ferme urbaine et une mairie qui planifie 210 logements supplémentaires.
Grillages, panneau interdisant l’accès, herbes hautes. Le terrain de Bordeblanche, deux hectares au cœur du quartier des Pradettes, attend son sort depuis cinq ans. D’un côté, l’association N.A.T.U.R.E.S qui milite depuis 2020 pour y installer une ferme urbaine, un jardin pédagogique et des espaces partagés. De l’autre, la mairie de Toulouse qui a voté la vente du terrain à des promoteurs pour y construire 210 logements supplémentaires.
Un projet citoyen primé
L’histoire démarre en 2019 lors des budgets participatifs de la ville. Les habitants proposent trois projets complémentaires : un jardin partagé, un jardin pédagogique et une ferme urbaine. Le collectif des associations des Pradettes, qui regroupe plus de 30 associations du quartier, fusionne ces idées en un seul projet. « On avait fait du porte-à-porte auprès de 150 foyers autour du terrain. 98 % des réponses étaient favorables », explique Philippe Le Bailleur, cofondateur de N.A.T.U.R.E.S.
L’association obtient fin 2020 un délai de 15 mois pour monter le dossier. En parallèle, un jardin pédagogique expérimental voit le jour. De novembre 2021 à juin 2022, toutes les écoles du quartier y participent. « Le bilan était très positif, mais la mairie nous a demandé de rendre le terrain », regrette Philippe Le Bailleur.
En 2021, le projet remporte le concours régional « Ma solution pour le climat » et décroche une subvention de 150 000 euros, toujours disponible. Il est également labellisé par la Commission européenne comme ambassadeur du climat. Mais en avril 2022, après avoir présenté un dossier complet, les élus refusent le projet. L’association proposait pourtant un bail rural et une période d’essai de trois ans pour ne pas engager la ville sur le long terme.
Des logements plutôt qu’une ferme
Annette Laigneau, adjointe au maire en charge de l’urbanisme, défend la position de la mairie. Le projet initial de 2008 prévoyait 750 logements à Bordeblanche. « La nouvelle mandature de 2014 a réduit le projet à 270 puis à 187 logements aujourd’hui sur la friche », précise l’élue. À ce jour, 500 logements ont déjà été construits sur une partie du secteur.
La mairie met en avant les aménagements verts réalisés dans le quartier : le réaménagement du Grand Parc de la Mounède, les parcs Ferdinand de Lesseps et de la Violette, cinq nouvelles aires de jeux. 56 % de pleine terre sont par ailleurs prévus sur le site de Bordeblanche selon la municipalité, qui souligne « le besoin urgent de logements sur Toulouse ».
Un blocage qui dure
Le collectif n’a pas désarmé. En 2024, un cabinet environnemental missionné par l’association découvre sur le terrain une plante protégée. L’information est transmise à l’Office français de la biodiversité. Résultat : la mairie est contrainte de commander une étude environnementale sur quatre saisons avant de pouvoir poursuivre. Les travaux, qui devaient démarrer en juin 2024, sont bloqués depuis près de deux ans.
Un recours déposé par le collectif contre l’aménagement du secteur a été jugé fin décembre 2025 par le tribunal administratif, mais le terrain reste pour l’instant en suspens. La vente aux promoteurs n’est qu’une promesse conditionnée à l’obtention des permis de construire.
« Dans le quartier, il y a déjà 70 logements construits ici, ils en prévoient 210 autres sur ce qui reste. Ça fait 600 logements supplémentaires dans la même zone », s’inquiète Philippe Le Bailleur. Le collectif pointe aussi les problèmes de circulation et de stationnement que cette densification pourrait aggraver dans un quartier où le métro se trouve à 20 minutes à pied et où les bus ne sont pas performants.
Pendant ce temps, le terrain reste présenté par la mairie comme « espace vert de fraîcheur » pendant l’été. « Tant que ce n’est pas vendu et construit, tout est possible », affirme Philippe Le Bailleur, qui continue de mobiliser. L’association a organisé en février 2025 une déambulation à vélo dans le quartier pour sensibiliser aux enjeux. Les prochaines élections municipales pourraient redistribuer les cartes de ce dossier qui divise.


