Tandis que la question agricole domine les discussions autour du Mercosur, l’urgence environnementale semble une nouvelle fois reléguée à l’arrière-plan, malgré les alertes répétées des associations environnementales et de défense des droits humains
Depuis plusieurs heures ce mercredi matin une centaine d’agriculteurs sont installés sur le rond-point menant à l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Comme depuis plusieurs mois, l’opposition aux accords du Mercosur fait partie des revendications majeures des agriculteurs présents sur place. « C’est un poids de plus qui nous tombe sur la tête », désespère Vincent Arbusti, porte-parole de la Coordination Rurale du Gers. On évoque, ici et là, la concurrence déloyale, l’avenir compromis des producteurs locaux. « Au lieu de donner aux agriculteurs les moyens de produire, on va chercher la nourriture en Amérique du Sud », s’insurge-t-il. Mais si la colère des agriculteurs monopolise aujourd’hui l’attention médiatique, elle relègue au second plan un autre volet majeur de l’accord : ses conséquences environnementales à long terme.
Quand l’écologie passe au second plan
Pourtant, l’impact sur le climat et la biodiversité est sans appel. Le 9 janvier 2026, un groupement de 40 associations environnementales et de défense des droits humains a signé une lettre ouverte au président de la République, dans laquelle elles expriment leur profond désaccord avec ce traité. Ils dénoncent une décision critique « en matière agricole, mais aussi pour le climat, les droits humains des peuples autochtones, la déforestation, la biodiversité et le bien-être animal ». De l’autre côté de l’Atlantique, l’impact sur la déforestation et la pression mise sur les territoires autochtones inquiète particulièrement. Des pesticides, pourtant interdits en Europe, pourraient également être exportés à plus grande échelle en Amérique du Sud et auraient des conséquences directes sur la santé des habitants.
« Nos dirigeants ne s’intéressent pas à la transition écologique »
« Quand on parle de Mercosur, on oublie de parler des impacts dramatiques qu’auront les échanges commerciaux. Les producteurs étrangers, en plus des coûts environnementaux liés à la production, doivent intégrer le transport dans leurs coûts énergétiques. Et on sait que le transport produit une grande part dans l’émission des gaz à effet de serre », explique Thierry Botuli, président de l’association Transition Climat, qui sensibilise les jeunes aux enjeux climatiques. « Des deals comme ça, où les enjeux climatiques sont totalement ignorés, malheureusement, on en a l’habitude. Cela donne l’impression que nos dirigeants ne s’intéressent pas à la transition écologique », ajoute-t-il.
34 % de production de CO₂ en plus
Les institutions sont pourtant bien au courant des risques climatiques qu’engendrent cet accord commercial. Un rapport de la commission Ambec, remis au Premier Ministre en septembre 2020, démontrait déjà les conséquences possibles. Ce dernier indique notamment que les émissions de dioxyde de carbone liées aux échanges commerciaux entre l’Union européenne et le Mercosur augmenteraient de 34 % si il venait à être adopté.
Le traité devrait pourtant bel et bien entrer en vigueur dans les mois à venir. Le texte sera officiellement signé samedi 17 janvier par la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, à Asuncion au Paraguay. La France, elle, a voté contre, mais davantage pour répondre à la colère des agriculteurs que pour préserver les écosystèmes des menaces que fait peser le traité sur la planète.


