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Transformer les « pipis sauvages » en ressource : le pari réussi des uritrottoirs toulousains

Uritrottoir situé à côté de la place Arnaud Bernard. Crédit : Baptiste PETIT

Depuis 2019, Toulouse expérimente une solution innovante pour lutter contre les « pipis sauvages » qui souillent ses quartiers festifs : les uritrottoirs. Ces urinoirs secs écologiques, reconnaissables à leur couleur rouge vif et leur couronne végétale, transforment une nuisance urbaine en ressource valorisable.

Dans le quartier animé de la place Saint-Pierre, comme au port de la Daurade ou près de la place Belfort, ces dispositifs d’un nouveau genre sont devenus familiers aux noctambules toulousains. Pourtant, derrière leur apparence de simples jardinières urbaines se cache une technologie qui révolutionne la gestion des espaces publics tout en s’inscrivant dans une démarche d’économie circulaire.

17 Uritrottoirs installés
30 m³ D’urine collectée par an
0 Litre d’eau potable utilisé

Toulouse Métropole a progressivement étoffé son parc d’uritrottoirs depuis l’installation des quatre premiers exemplaires en novembre 2019. Après un premier lot expérimental qui a coûté 25 000 euros à la collectivité, la métropole a renouvelé sa confiance dans ce dispositif en commandant plusieurs lots supplémentaires. Aujourd’hui, ce sont 17 uritrottoirs qui maillent les zones festives de la ville, faisant de Toulouse l’une des métropoles françaises les plus équipées dans ce domaine.

Le principe de l’uritrottoir : Ces urinoirs secs ne nécessitent aucun raccordement au réseau d’assainissement. L’urine est collectée dans un réservoir contenant de la paille ou d’autres matières sèches qui neutralisent les odeurs d’ammoniac. Une fois plein, le contenu est collecté par Les Alchimistes Occiterra, puis valorisé en engrais par l’entreprise Toopi Organics, basée en Occitanie.

Toulouse face aux autres métropoles françaises

Comment Toulouse se positionne-t-elle par rapport aux autres villes pionnières dans l’adoption de cette solution ? Notre comparaison révèle que la Ville Rose fait désormais partie du peloton de tête des métropoles engagées dans cette démarche.

Toulouse dépasse désormais Paris (environ 4-5 uritrottoirs opérationnels après les polémiques de 2018) et se rapproche de Nantes, ville pionnière où les designers Victor Massip et Laurent Lebot de l’agence Faltazi ont conçu ce mobilier urbain innovant. Nantes compte une douzaine d’installations et affiche un taux de satisfaction élevé auprès des riverains.

Cartographie des uritrottoirs toulousains

Les uritrottoirs sont stratégiquement positionnés dans les zones où les incivilités urinaires sont les plus fréquentes, généralement à proximité des quartiers festifs et des bars. Voici la carte recensant les principaux emplacements connus :

Carte des 17 Uritrottoirs de Toulouse

Carte des 17 Uritrottoirs de Toulouse

Un bilan environnemental positif

Au-delà de l’amélioration de la propreté urbaine, les uritrottoirs de Toulouse s’inscrivent dans une logique d’économie circulaire vertueuse. Les 30 mètres cubes d’urine collectés annuellement sont transformés en amendement naturel riche en azote, évitant ainsi le recours à des engrais chimiques. Cette valorisation crée également des emplois locaux et réduit la consommation d’eau potable nécessaire au nettoyage des rues.

Les dispositifs sont équipés de sondes connectées développées par BH Environnement, permettant de contrôler à distance le niveau de remplissage et d’optimiser les tournées de collecte. Cette technologie réduit les déplacements inutiles et améliore l’efficacité opérationnelle du service.

Des résultats encourageants mais perfectibles

Si l’acceptation du dispositif est globalement positive, notamment chez les étudiants et les riverains excédés par les nuisances olfactives, certains professionnels de la nuit restent sceptiques. Des serveurs de la place Saint-Pierre interrogés en 2019 doutaient que leurs clients, souvent alcoolisés, pensent à utiliser ces équipements discrets en cas d’urgence pressante.

La question de l’égalité d’accès demeure également sensible. Conçus initialement pour les hommes, ces équipements soulèvent des interrogations légitimes sur l’absence de solutions adaptées aux femmes. Toulouse Métropole a conscience de cette limite et explore des alternatives inclusives, comme le modèle MIXT développé par Faltazi qui propose des cabines séparées pour les deux sexes.