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Tour Occitanie : un projet discret dans la campagne municipale

Tour Occitanie (Compagnie de Phalsbourg – Studio Libeskind – Luxigon)

À l’approche des élections municipales, la tour Occitanie refait surface dans le débat public toulousain. Projet emblématique pour les uns, symbole d’un urbanisme dépassé pour les autres, le gratte-ciel cristallise pourtant un étrange silence politique. Tandis que les candidats esquivent le sujet, les opposants dénoncent un projet écologiquement coûteux.

Annoncée en 2017, la tour Occitanie devait incarner la modernité urbaine de Toulouse. Neuf ans plus tard, le projet de gratte-ciel de 150 mètres, prévu à proximité de la gare Matabiau, reste à l’arrêt mais pas abandonné. Une situation floue qui, selon ses opposants, arrange bien les responsables politiques en pleine séquence préélectorale. “La meilleure tactique, pour le maire sortant et le promoteur, c’est de ne pas en parler pendant la campagne”, affirme Richard Mebaoudj, président de l’association Non au gratte-ciel de Toulouse Collectif pour un urbanisme citoyen. Selon lui, le projet reste pourtant d’actualité, avec un chantier annoncé par le promoteur à l’horizon 2026.

Un projet jugé écologiquement et socialement anachronique

Si la tour Occitanie n’est plus au cœur de l’actualité médiatique, elle demeure un point de crispation pour les opposants, qui dénoncent un projet écologiquement anachronique et socialement limité. “C’est 80 000 tonnes d’acier, de béton et de verre, un immense îlot de chaleur en plein centre ”, souligne Richard Mebaoudj, rappelant que Toulouse bat régulièrement des records de température. Arnaud Rivière, porte-parole d’Archipel Citoyen, complète cette critique en soulignant l’absence d’intérêt écologique et social du projet. “Nous n’avons jamais soutenu cette tour. Écologiquement, il n’y avait pas d’intérêt à construire une tour de cette hauteur avec si peu de végétation. Socialement, il y avait très peu de logements sociaux. Dans une ville qui a besoin d’espaces verts et de logements accessibles” explique t-il.

”Par rapport aux 80 000 tonnes de béton et à la bande arborée en spirale sur le bâtiment, rien ne va absorber toutes les émissions. Plus la tour est haute, plus la végétation est exposée au vent et plus elle a du mal à tenir”, complète Arnaud Rivière. Selon lui, ce projet illustre un manque criant de consultation citoyenne ”Ce n’est pas forcément un manque de transparence, mais les Toulousains n’ont jamais été impliqués dans un chantier qui va marquer durablement le paysage de la ville. Et pourtant, c’est un projet privé, réalisé avec l’aval de la mairie. On peut comprendre que ça puisse choquer les habitants”.

Un sujet largement évité dans la campagne municipale

Malgré ces critiques, le sujet reste largement absent des discours de campagne. À ce stade, une seule liste aborde publiquement le dossier : Demain Toulouse, conduite par François Piquemal, qui qualifie la tour Occitanie de “ projet anachronique”. D’autres listes, comme Vivre mieux, se disent opposées au gratte-ciel en privé, mais sans prise de position publique claire. “C’est un projet dont beaucoup de Toulousains pensent qu’il est abandonné, simplement parce qu’on n’en parle plus et qu’ils ne voient rien se construire”, constate Richard Mebaoudj. Une situation qu’il juge préoccupante pour un dossier qui engage durablement l’aménagement urbain et environnemental de la ville.