À Toulouse, épiceries solidaires et supermarchés donnent une seconde vie aux produits alimentaires. Entre lutte contre le gaspillage et aide aux étudiants précaires.
« Grâce à l’épicerie, je peux manger équilibré sans me ruiner. » Mathis, 19 ans, étudiant en science politique à l’Université Jean Jaurès, fait ses courses chaque semaine au Rayon 31, l’épicerie solidaire installée sur le campus de l’Université Toulouse Capitole. Pour 10 à 30 % du prix habituel, il remplit son panier de produits qui auraient pu finir à la poubelle. « Sans ça, mon budget de 120 euros par mois ne suffirait pas. »
Selon l’Ademe (Agence de la transition écologique), près de 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année en France. Un paradoxe quand, d’après une étude de la Fage de janvier 2024, près de 20 % des étudiants ne mangent pas à leur faim et sautent plus de trois repas par semaine. L’Ademe précise que la distribution représente 14 % du gaspillage alimentaire.
La récupération
Gérée par la Banque Alimentaire de Toulouse, cette épicerie sociale propose deux antennes : l’une à l’université Toulouse Capitole depuis 2022, l’autre à Blagnac. Elle accueille environ une centaine d’étudiants par semaine, sous condition de ressources. Les denrées proviennent de surstocks, de problèmes d’étiquetage ou de dates de péremption courtes récupérées auprès de la grande distribution et des industriels.
L’accès à l’épicerie se fait après constitution d’un dossier et validation selon les revenus. Les étudiants peuvent ensuite faire leurs courses comme dans un supermarché classique, en payant entre 10 et 30 % du prix habituel.
Le gaspillage alimentaire en France
Sources : Ademe 2024, Fage 2024
Les supermarchés dans la boucle
À Arnaud Bernard, le Carrefour City travaille avec l’application Too Good To Go. « En fin de journée, on prépare des paniers surprise avec les produits proches de la date limite », explique Zakaria, caissier. « Ce qui ne part pas, on le donne aux associations locales. » Une pratique encouragée par la loi qui impose aux distributeurs de réduire leur gaspillage.
Le gaspillage alimentaire représente 15,3 millions de tonnes équivalent CO2 en France, soit environ 3 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Chaque produit sauvé préserve eau, énergie et ressources agricoles.
« Ça m’a ouvert les yeux. Maintenant, je prends les dates courtes, je cuisine mes restes. C’est devenu un réflexe. »
Le Rayon 31 ne règle pas tout. À Toulouse, 44 464 étudiants sont boursiers, et tous ne bénéficient pas d’une aide alimentaire. Mais ces initiatives montrent qu’il est possible de concilier lutte contre le gaspillage et solidarité.
Clarence Dubois


