À Toulouse, entre inflation et budgets serrés, les étudiants arbitrent entre supermarchés et marchés de plein vent. Si le local séduit pour la qualité, son accessibilité reste inégale selon les profils et les habitudes de consommation.
Sous la halle du marché Cristal, les cageots débordent de légumes d’hiver. Choux, poireaux et agrumes s’alignent sur les étals, tandis que les clients déambulent lentement entre les stands. Ici, la clientèle est fidèle, mais vieillissante. « On voit surtout des habitués, beaucoup de retraités », observe un vendeur de fruits et légumes, présent sur le marché depuis plusieurs années. Les jeunes, eux, se font plus rares. « Des étudiants, il y en a, mais beaucoup moins qu’avant. Ils viennent plutôt ponctuellement. »
Selon lui, ce recul s’explique en partie par des habitudes de consommation qui ont évolué. « Les jeunes pensent souvent que le marché, c’est forcément plus cher. Ils n’osent pas toujours venir comparer. » Une perception qui ne correspond pas toujours à la réalité, nuance-t-il. Sur les produits de saison, les prix peuvent rivaliser avec ceux des grandes surfaces. « En fin de marché, on fait aussi des efforts. Certains produits partent moins cher que dans les supermarchés. »
Pour autant, le vendeur reconnaît que le marché demande du temps et une certaine organisation. « Il faut venir le bon jour, au bon moment, savoir ce qu’on achète. Ce n’est pas forcément compatible avec le rythme étudiant. » Un constat qui rejoint les analyses de l’Ademe, selon lesquelles l’accès à une alimentation locale dépend autant du budget que de l’information et des habitudes de consommation.
Face aux étals du marché, la question de l’accessibilité du local se heurte rapidement à celle du quotidien étudiant. Car si la qualité est reconnue, les contraintes de temps et de budget pèsent lourd dans les choix alimentaires.
Supermarché, la solution la plus simple pour beaucoup d’étudiants
Étudiant en licence à Toulouse, Lucas fait ses courses dans un supermarché proche de son logement. « C’est plus simple, tout est au même endroit et les prix sont clairs », explique-t-il. Comme beaucoup d’étudiants, il privilégie la praticité, faute de temps et avec un budget limité.
Pour autant, il reconnaît une différence notable sur la qualité des produits. « Sur les fruits et légumes, le goût n’est pas le même. On sent que ce n’est pas aussi frais. » Une frustration partagée par de nombreux jeunes, qui associent le local à une meilleure qualité, sans toujours pouvoir y accéder.
Lucas dit regarder l’origine des produits, mais rarement la privilégier. « Quand on fait ses courses, on pense d’abord au prix. Le reste passe après. » Un arbitrage qui reflète les difficultés mises en avant par l’Observatoire de la vie étudiante, selon lequel une part significative des étudiants adapte son alimentation en fonction de contraintes financières.
Face à ces contraintes budgétaires, certains étudiants se tournent vers d’autres solutions pour se nourrir à moindre coût.
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Le marché, une alternative possible sous conditions
À l’inverse, Inès, étudiante en master à Toulouse, a fait le choix du marché pour une partie de ses courses. « Je vais souvent au marché, pas forcément par engagement écologique au départ, mais parce que je m’y retrouve financièrement sur certains produits », explique-t-elle. Fruits et légumes de saison, quantités adaptées et discussions avec les vendeurs font partie de ses habitudes.
Pour elle, le marché permet aussi de mieux maîtriser ses achats. « Les produits se conservent plus longtemps, donc au final j’en jette moins. » Une logique économique qui dépasse la simple question du prix affiché. Inès reconnaît toutefois que cette organisation demande du temps. « Il faut savoir quand venir, comparer, parfois attendre la fin du marché. Ce n’est pas évident pour tout le monde. »
Son expérience rejoint les constats de l’Ademe, selon lesquels l’alimentation locale peut être accessible à condition d’adapter ses pratiques : privilégier les produits de saison, acheter en quantités justes et accepter une moindre diversité hors saison.
Cette recherche d’alternatives se traduit aussi par des initiatives individuelles.
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À Toulouse, manger local lorsqu’on est étudiant apparaît donc comme une possibilité inégale. Si les marchés de plein vent offrent des produits de qualité à des prix parfois compétitifs, ils restent davantage fréquentés par une clientèle âgée, plus disponible et habituée à ces circuits. Pour de nombreux étudiants, le supermarché demeure la solution la plus simple, malgré une qualité jugée inférieure.
Entre contraintes budgétaires, manque de temps et méconnaissance des alternatives, l’accès au local repose autant sur les ressources financières que sur les habitudes et l’information. Plus qu’un luxe, le manger local reste ainsi une option conditionnée, accessible à certains, mais encore hors de portée pour beaucoup.


